SurGainsbourg ou Gainsbarre, on nous raconte toujours les mĂȘmes histoires: la destruction de ses toiles, sa rencontre avec Boris Vian, France Gall, Brigitte Bardot, Jane Birkin, sa version
Viennela nuit sonne lâheure. Les jours sâen vont je demeure. Les mains dans les mains restons face Ă face. Tandis que sous. Le pont de nos bras passe. Des Ă©ternels regards lâonde si lasse. Vienne la nuit sonne lâheure. Les jours sâen vont je demeure. Lâamour sâen va comme cette eau courante.
ChansonsthĂšmes de l'Ă©tĂ© . ACCUEIL CITĂ DES LOISIRS ACCUEIL ANTRE DU DRAGON. LES CHANSONS THĂMATIQUES ĂTĂ 1990 et ĂTĂ 1991 AU ROYAUME DU ROY ARTHUR Au Royaume du Roy Arthur On vit tous en paix On n's'ennuie jamais Aspirants et Chevaliers Vivent ensemble en unitĂ© Merlin, le grand magicien AidĂ© de son
Lestextes publiĂ©s n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation. Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. Voici un choix de poĂ©sies pour la GS, le CP et le CE1 Beaucoup peuvent ĂȘtre proposĂ©es au cycle 3. Voir aussi les catĂ©gories "poĂ©sies pour Cycle 3 et collĂšge" et "Lettera amorosa pour la classe".
Musiques Les envies du Monde. Nougaro, Arcade Fire, Fleet Foxes. Le mois de mai en chansons. Chansons, concerts, disques et festivals. Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose
Parolesde la chanson On Met Les Voiles par Alonzo Kore, Alonz', yeah Mamé Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici
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ΔŃŃДЎ Îč ÎșŃ ĐŸĐ±Đ”Îœ ĐżĐžÎŸá ááглаá. nja0q7. LES DIFFERENTS TYPES DE CHANTS DE MARINS ET LEURS CARACTERISTIQUES MUSICALES. On a rĂ©cupĂ©rĂ© notamment sur WikipĂ©dia ci-aprĂšs les principaux types de chants de marins et quelques caractĂ©ristiques musicales quâon a pu identifier en Ă©tudiant les partitions, ou transcrivant certains chants en lâabsence de partitions. Du point de vue rythme et tempo vitesse, elles sont trĂšs variĂ©es du fait de la diversitĂ© de leur fonction qui va de la complainte plutĂŽt mĂ©lancolique au chant de travail au rythme trĂšs marquĂ© souvent proche de la marche, lente ou rapide. On notera cependant trĂšs souvent des rythmes Ă deux temps et quatre temps simples marche, mais aussi beaucoup de rythmes Ă deux temps composĂ©s 6/8 par exemple, ce qui autorisait pour ces derniers, la chanson Ă ĂȘtre interprĂ©tĂ©e aussi bien en chant de travail quâen chant de dĂ©tente ou Ă danser Ă trois temps type valse. LES CHANTS DE TRAVAIL chants Ă hisser Pour rythmer la montĂ©e des voiles hissĂ©es Ă la force des bras par un jeu de cordes sur poulie, ce qui demandait un trĂšs gros effort. Pour faciliter le travail, il devait ĂȘtre coordonnĂ©, menĂ© en cadence et par Ă -coups. Le chant fournit cette coordination et permet de donner le coup de rein nĂ©cessaire pour hisser ou Ă©tarquer tendre la voile Par exemple pour hisser une voile enverguĂ©e la voile est fixĂ©e Ă une lourde vergue horizontale, la voile se dĂ©ploie au fur et Ă mesure que la vergue est hissĂ©e le long du mĂąt. Avant mĂȘme que lâancre ne soit arrachĂ©e au fond, on hissait le grand foc. Ce sont des chants bien rythmĂ©s qui vont imprimer aux matelots une cadence qui leur permettra de dĂ©cupler leur force. Ce chant se prĂ©sente sous forme dâalternance de solo et de chĆur. Le soliste, ou meneur calibre lâeffort par le rythme de la chanson, le chĆur, qui reprĂ©sente les matelots la bordĂ©e hale en reprenant le refrain. Le rythme est un deux temps composĂ© qui se transformera aisĂ©ment en valse arrivĂ© au port le pont dâMorlaix, Jean François de Nantes,âŠ. chants Ă virer. Pour le dĂ©part Virer, remonter lâancre Ă lâaide du guindeau, sorte de treuil horizontal manĆuvrĂ© par plusieurs lâancre veut dire remonter lâancre. La faire descendre se dit mouiller. Pour remonter lâencre on se servait dâun engin appelĂ© cabestan, une sorte de gros treuil, autour duquel se mettait la bordĂ©e et le faisait tourner. Les marins devaient marcher en cadence, pour le faire tourner rĂ©guliĂšrement et Ă©viter tout Ă -coup. Il peut se rapprocher de certains chants Ă dĂ©haler. Le rythme est souvent celui dâun deux temps simple, ou composĂ©, ou quatre temps le corsaire le grand coureur, trois marins de Groix,âŠ, marches rapides ou lentes. chants Ă pomper Pour rythmer le travail sur la pompe chargĂ©e dâĂ©vacuer lâeau de mer embarquĂ©e au cours de la traversĂ©e. Souvent les chants Ă pomper sont aussi des chants Ă virer, Encore et hop et vire » Chant Ă virer/pomperâŠ. chants Ă nager Ă ramer Pour rythmer et coordonner le mouvement des rames. RythmĂ©es par les mouvements des avirons, elles sont souvent lentes, ce qui sâaccommode de paroles plutĂŽt tristes, souvent un rythme Ă quatre temps! chants Ă dĂ©haler Pour remonter le cours dâune riviĂšre jusquâau port. Pour faire rentrer les bateaux au port il fallait trĂšs souvent les tirer les haler. Deux rythmes de chants â ceux de marche lourde et lente oĂč lâeffort doit ĂȘtre constant quand les haleurs marchaient pour mettre le bateau Ă port. -autre solution, les haleurs dĂ©halent, câest-Ă -dire tirent sur le cordage, en restant immobiles. Ce chant est proche du chant Ă hisser donc plus rythmĂ©, lâeffort se produisant alors par Ă -coups. Un soliste donne le rythme et le tempo Rythme Ă deux temps simples et quatre temps chants de cabestan Pour rythmer la marche de lâĂ©quipe chargĂ©e de tourner le cabestan, treuil Ă axe vertical actionnĂ© par des barres rĂ©parties autour du tambour central, que les matelots poussaient en marchant par groupes de trois ou quatre sur chaque barre . Virer lâancre au cabestan sâeffectue sur un rythme de marche assez rapide, et les chansons correspondantes sont dâun caractĂšre plus joyeux chants de guindeau, Pour rythmer la traction exercĂ©e sur le guindeau. le guindeau Ă©tait un treuil Ă axe horizontal actionnĂ© par un systĂšme de balancier, les marins poussaient alternativement sur lâune ou lâautre des bringuebales. Le guindeau est un treuil horizontal maniĂ© Ă lâaide dâune sorte de levier que les marins manient en tirant en cadence. Il sert Ă remonter lâancre et le travail au guindeau peut durer plusieurs heures. Le rythme sert Ă rĂ©gler la position du levier comme une sorte de balancier. Le tempo est lent, mais trĂšs saccadĂ©. Le rythme se dĂ©compose en deux ou quatre temps bien marquĂ©s roulez jeunes gens roulez, mais on trouve aussi du temps composĂ©s Hardi les gars LES CHANTS DE DETENTE chants de gaillard dâavant Le gaillard dâavant est la partie du bateau oĂč se reposait lâĂ©quipage. Les officiers avaient leurs cabines Ă lâarriĂšre du bateau. Chant du gaillard dâavant chanson Ă rĂȘver. Le gaillard dâavant est une sorte de place publique sur les grands vaisseaux Ă voile dâautrefois. Etant donnĂ© les risques dâincendie, il Ă©tait interdit de fumer ailleurs que sur le pont supĂ©rieur. On venait y allumer sa pipe au pout de mĂšche gardĂ© par un factionnaire. On y Ă©changeait les derniers potins du bord, on y racontait de bonnes histoires et, bien sĂ»r, on y chantait. Chant de repos des marins lorsque le vent bien Ă©tabli ne nĂ©cessite aucune activitĂ© particuliĂšre si ce nâest celle des hommes de veille. Ce sont des mĂ©lopĂ©es qui sont instrumentalisĂ©s. Ils ne sont pas caractĂ©risĂ©s par des tempo et rythmes spĂ©cifiques complaintes La Gwerz en breton. Le marin Ă©voque la rudesse de son travail, le village quâil a quittĂ©, sa bien aimĂ©e quâil y a laissĂ©. La mĂ©lodie est lente et mĂ©lancolique souvent dans les tonalitĂ©s mineures, sur des rythmes Ă deux temps ou quatre temps du style ballade. chants Ă danser Certaines pĂ©riodes dâinactivitĂ© manque de vent, etc. Ă©taient propices aux querelles. Une des solutions pour occuper les marins consistait Ă les faire danser. On retrouve beaucoup de rythmes Ă trois temps valse et polka chansons des ports quand les marins chantent dans les cafĂ©s des ports..mais aussi des chansons pour louer la beautĂ© dâun port âŠou sâen moquer. La musique est trĂšs variĂ©e, depuis la chanson mĂ©lancolique Ă danser ou fredonner souvent un trois temps, ou deux temps composĂ©s jusquâĂ la chanson Ă boire souvent du deux temps
1La carriĂšre et lâĆuvre de Michel Sardou sont indissociables de lâimage mĂ©diatique qui sâest cristallisĂ©e autour de ses opinions politiques, rĂ©elles ou supposĂ©es. Alors que ses plus grands succĂšs â Les Bals populaires, Le France, La Maladie dâamour, Les Lacs du Connemara â semblent souvent consensuels, ses chansons ont souvent Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©es de maniĂšre politique, que lâartiste y consente ou non. Son Ćuvre et sa carriĂšre en ont Ă©tĂ© modifiĂ©es au point que Michel Sardou occupe Ă plus dâun titre une place unique dans le domaine de la chanson. Il nâest pas seulement lâun des artistes français de sa gĂ©nĂ©ration qui a vendu le plus dâalbum et le plus de billets. Il est aussi lâun des rares Ă ĂȘtre toujours perçu comme un homme de droite, quelles que soient les opinions fluctuantes quâil professe dans les mĂ©dias. Le seul enfin Ă avoir suscitĂ© des manifestations publiques hostiles de la part de militants gauchistes. Un bref rappel historique, mettant en rapport ces Ă©vĂ©nements avec la carriĂšre artistique et mĂ©diatique de Michel Sardou, nous semble donc nĂ©cessaire pour Ă©voquer les principaux virages idĂ©ologiques qui ont jalonnĂ© quarante annĂ©es de carriĂšre. Nous nous interrogerons ensuite sur les chansons elles-mĂȘmes. Analyser les idĂ©es quâelles vĂ©hiculent ne vise pas Ă les Ă©valuer, mais Ă comprendre comment elles rĂ©ussissent Ă fidĂ©liser un public de droite tout en continuant Ă produire du consensus. Les Ćuvres, parfois ambigĂŒes et souvent complexes, tĂ©moignent certes de convictions concernant la place de la France dans le monde et sa politique intĂ©rieure. Mais elles laissent Ă©galement percevoir un imaginaire personnel, forgĂ© entre autres choses par des discours idĂ©ologiques. Câest pourquoi des chansons qui semblent peu militantes seront Ă©galement Ă©tudiĂ©es, en particulier dans la derniĂšre partie de cette Ă©tude, consacrĂ©e Ă lâĂ©vocation des mĆurs et des instituions. 1. La carriĂšre de Michel Sardou, la politique et les mĂ©dias 2Les premiĂšres annĂ©es de la carriĂšre de Michel Sardou se placent sous le signe de lâapprentissage et de la soumission Ă la mode. Courant le cachet et prenant des cours de chant, il enregistre chez Barclay entre 1965 et 1967 des chansons qui tentent de profiter de la mode des hippies. Michel Fugain, qui Ă©crit ses premiĂšres musiques, nâa pas alors plus de cĂ©lĂ©britĂ© ni de personnalitĂ© que son interprĂšte. Les orchestrations folks â guitares, tambourins et harmonica â sont trĂšs datĂ©es. MĂȘme lorsque Michel Sardou rencontre Jacques Revaux, compositeur qui lâaccompagnera pendant presque toute sa carriĂšre Ă partir de 1967, le style musical ne change pas radicalement. Si la voix est dĂ©jĂ agrĂ©able, les nasalisations et les accentuations brutales, qui rappellent respectivement Antoine ou Nino Ferrer, relĂšvent parfois du pastiche. Michel Sardou, toutefois, Ă©crit dĂ©jĂ ses textes, qui sont en lĂ©ger dĂ©calage avec lâhorizon dâattente associĂ© Ă ces musiques. Il utilise les clichĂ©s associĂ©s aux beatniks et, sans ĂȘtre ouvertement parodique, reprend Ă son compte les moqueries liĂ©es Ă leur virilitĂ©. Le Madras ou Les Filles dâaujourdâhui proposent ainsi une critique des jeunes dans le vent » et peu virils, mais accompagnĂ©e dâune musique destinĂ©e Ă les sĂ©duire. Les Beatniks dĂ©crit une vie de bohĂšme Ă lâAmĂ©ricaine, qui nâa par ailleurs rien dâengageant mais exerce sans doute une certaine sĂ©duction sur un Michel Sardou rĂ©cemment mariĂ© Moi quand je les regarde Du haut de mes vingt ans Jâai parfois le cafard De vivre prudemment Mais quand ils sont partis En traĂźnant leurs savates Je continue ma vie Et renoue ma cravate. 3Les hippies existent alors politiquement en tant quâopposants Ă la guerre du Vietnam, une guerre que la France a perdue. En 1967, la premiĂšre version des Ricains â accompagnĂ©e dâune seule guitare, de chĆurs et dâharmonica â passe relativement inaperçue, mais est dĂ©conseillĂ©e » aux programmateurs de la radio nationale, ce qui suffit Ă Eddy Barclay pour se sĂ©parer de Michel Sardou. La chanson, pro amĂ©ricaine, nâa rien pour plaire ni aux gaullistes, ni aux communistes. Si jâavais un frĂšre au Vietnam, titre pacifiste et Ă©lĂ©giaque qui prĂ©tend que la guerre nâest quâun malentendu », nâa pas non plus de quoi satisfaire les deux camps, et le titre est vite oubliĂ©. 4Le premier succĂšs dâestime paru en France est enregistrĂ© en 1968 chez Trema, label naissant dont Jacques Revaux, principal compositeur de lâartiste, est lâun des fondateurs. America, America et Monsieur le PrĂ©sident de France font de Michel Sardou un chanteur Ă contre-courant. Trente mille disques vendus, ce nâest quâun succĂšs relatif pour celui qui va devenir une vedette en quelques mois au cours de lâannĂ©e 1970. Les succĂšs, en effet, sâenchaĂźnent. Les deux premiers, Les Bals populaires et Jâhabite en France, sont gentiment cocardiers. Les deux titres mĂȘlent percussions lourdes, cuivres clinquants et accordĂ©on, pour faire danser les foules. Il sâagit aussi de les faire trĂ©pigner et dâorganiser des chorus, les paroles reprises par le public Ă©tant prĂ©cĂ©dĂ©es de longues syllabes Ă©tendues et de silence qui prĂ©parent un dĂ©foulement collectif. Tout aussi consensuelle et efficace est la critique des institutions, prĂ©sente en 1971 dans Le Rire du sergent, qui ressuscite le comique troupier. La politique reste prĂ©sente, mais elle sâefface derriĂšre les chansons dâamour Ă succĂšs. En effet, malgrĂ© ses dĂ©nonciations de la sociĂ©tĂ© moderne abĂȘtissante Zombie Dupont et castratrice Les Villes de grande solitude, Interdit aux bĂ©bĂ©s, ses messages adressĂ©s aux chrĂ©tiens et aux institutions catholiques Tu es Pierre, Le CurĂ©, et sa critique persistante du militarisme La Marche en avant, on ne retient de lâalbum de 1973 que Les Vieux MariĂ©s, et surtout La Maladie dâamour. Le premier titre est un grand succĂšs, mais il est totalement Ă©clipsĂ© par le second, vĂ©ritable tube de lâĂ©tĂ©, et mĂȘme de lâannĂ©e 1973, qui vient rajouter plus dâun million dâalbums aux quatre dĂ©jĂ vendus par lâartiste entre 1970 et 1972. Je veux lâĂ©pouser pour un soir, slow de lâĂ©tĂ© 1974, est un succĂšs de moindre envergure, mais atteint quand mĂȘme les premiĂšres places des hit-parades. Cette rĂ©ussite permet Ă Michel Sardou de rester Ă la mode, de remplir rĂ©guliĂšrement lâOlympia, et dâenregistrer frĂ©quemment des albums, ce qui nâest pas accordĂ© Ă tout le monde. Lâartiste sâexprime de plus en plus souvent dans les mĂ©dias. Il affirme ĂȘtre une vedette populaire, et non un chanteur engagĂ©, ce que la critique idĂ©ologique, trĂšs prĂ©sente Ă lâĂ©poque, associe Ă un conservatisme. 5Je vais tâaimer, paru en 1975 sur lâalbum La Vieille, confirme le talent de lâinterprĂšte pour les chansons dâamour. Mais lâĂ©vĂ©nement inattendu est le succĂšs du France, chanson consacrĂ©e au bateau devenu symbole dâun dĂ©clin national. Le titre, disque de platine, crĂ©e une polĂ©mique qui masque les chansons les plus violentes Le Temps des colonies, Jâaccuse et Je suis pour, qui rĂ©clame la peine pour un assassin dâenfant, vont ĂȘtre dĂ©couverts au fil de lâexploitation des 45 tours, suscitant des rĂ©actions de plus en plus violentes. La Manif, titre qui nâa pas Ă©tĂ© publiĂ© sur lâalbum, est une chanson particuliĂšrement virulente. Elle nâa pas eu de retentissement spectaculaire mais, malgrĂ© son absence de passage en radio, elle a Ă©tĂ© largement diffusĂ©e, car elle se trouve sur la face B du 45 tours consacrĂ© Ă Je vais tâaimer. 6Les rĂ©actions dâindignation publique ne se produiront quâĂ partir de lâannĂ©e 1976. La sortie du Temps des colonies, prĂ©vue pour mars, est annulĂ©e le texte, qui donne la parole Ă un colon, a Ă©tĂ© pris au premier degrĂ© par un programmateur de radio. Le chauvinisme bon enfant des Bals Populaires et de Jâhabite en France engendre des soupçons de nationalisme lorsque Michel Sardou interprĂšte La Marseillaise le 14 juillet devant plus de cent mille spectateurs, auxquels sâajoutent les camĂ©ras de FR3. Le titre sera repris la mĂȘme annĂ©e dans une compilation de ses Ćuvres, rĂ©orchestrĂ©es en version symphonique. Ă cela sâajoute, en octobre, une polĂ©mique liĂ©e Ă la diffusion de Je suis pour, favorable Ă la peine de mort. 7Le public est au rendez-vous et les salles sont plus que pleines. Mais lors dâune tournĂ©e en Belgique, au dĂ©but de lâannĂ©e suivante, des manifestations hostiles accompagnent ses concerts. Heurts entre les manifestants des comitĂ©s anti-Sardou » et les forces de lâordre, alertes Ă la bombe et autres manifestations de violence incitent le chanteur Ă interrompre sa tournĂ©e. DĂšs lors, la rĂ©ception de son Ćuvre va devenir pour lâartiste une prĂ©occupation majeure. Pour transformer son image dâartiste idĂ©ologue et rĂ©actionnaire, il modifie lâensemble de son Ćuvre et les discours mĂ©diatiques qui lâaccompagnent. Tout commence par deux mois de silence, rompu par une interview donnĂ©e au Matin de Paris, publiĂ©e le 17 mai. Michel Sardou se dĂ©fend tour Ă tour dâĂȘtre sexiste, colonialiste, nationaliste, et mĂȘme de droite, affirmant quâil est prĂȘt Ă voter socialiste aux prochaines Ă©lections, pour voir changer le personnel politique au pouvoir, et parce que ras le bol, tout simplement ». Mais il ne se fait pas beaucoup dâillusions, et reviendra vite Ă ses convictions premiĂšres. 8DĂšs lors, sa carriĂšre va reprendre avec autant voire davantage de succĂšs, mais des apparitions mĂ©diatiques et des discours de nature diffĂ©rente. Le contexte politique change souvent, entre 1977 et 2007, et le monde du spectacle Ă©volue aussi grandement. Michel Sardou, quelles que soient ses activitĂ©s, ne perd pas une occasion de cultiver une image de contestataire dĂ©goĂ»tĂ© de la politique, mais sans plus aller jusquâĂ la provocation. Il se positionne relativement peu par rapport aux dĂ©bats nationaux des annĂ©es 80. Sa seule participation publique Ă une manifestation concerne la dĂ©fense de lâĂ©cole privĂ©e en 1984, et il dira par la suite avoir changĂ© dâopinion, dĂ©fendant moins lâĂ©cole privĂ©e que la libertĂ© de choix des parents. La crĂ©ation des radios libres est pour lui lâoccasion dâune courte carriĂšre dâanimateur. Il confirme Ă la fois son statut de vedette, suffisamment reconnue pour pouvoir prĂ©senter les disques des autres, et sa capacitĂ© Ă attirer un public de droite, puisquâil officie sur RMC. Il aime Ă Ă©voquer ses amis du show-business â Bedos, puis Coluche, lui servant souvent Ă prouver quâil nâest pas politiquement sectaire. Il se dĂ©fend volontiers des accusations de machisme en comparant ses prestations scĂ©niques Ă celles de Bernard Lavilliers, qui joue bien davantage que lui de son aspect machiste. 9Lâargument est dâautant plus pertinent que les performances de Michel Sardou Ă©voluent lentement vers une forme dâĂ©pure dont rendent compte les nombreuses vidĂ©os enregistrĂ©es en public depuis le dĂ©but des annĂ©es 80. AprĂšs avoir essayĂ© tous les dĂ©guisements des annĂ©es 70, du col pelle-Ă -tarte au blouson de cuir, en passant par le costume Ă paillettes, et mĂȘme quelques apparitions torse nu, Michel Sardou privilĂ©gie de plus en plus la sobriĂ©tĂ© prĂŽnĂ©e par son dĂ©funt pĂšre. Costume, et parfois cravate, accompagnent une rarĂ©faction progressive des gestes, qui donne aux rares mouvements de bras une grande expressivitĂ©. Si lâinterprĂšte marche de plus en plus, ce nâest quâen raison de lâagrandissement de la scĂšne, car les salles de spectacle offertes aux artistes sont de plus en plus grandes, et le public de Michel Sardou remplit rĂ©guliĂšrement le palais des sports de Bercy. Si la mauvaise humeur apparente du chanteur reste un clichĂ© journalistique, les chroniqueurs, au fil du temps, se rĂ©jouissent de le voir sourire entre les chansons ou sur ses affiches, puis de lâentendre communiquer avec ses musiciens, quâil met toujours en Ă©vidence Ă un moment ou Ă un autre du concert. En 1998, il va jusquâĂ plaisanter avec le public aux sujet des trente-cinq heures. Mais la discrĂ©tion reste le maĂźtre mot de son interprĂ©tation. Il laisse Ă la musique le soin de transporter le public. Si ses chansons, comme le remarquaient les auteurs de Faut-il brĂ»ler Michel Sardou ?, accordent volontiers une place croissante Ă la musique, ses concerts obĂ©issent Ă la mĂȘme logique les derniĂšres Ćuvres jouĂ©es devant le public offrent de larges plages musicales, souvent inspirĂ©es du rock progressif, galvanisant la salle grĂące Ă des airs Ă danser Les Bals populaires, La Java de Broadway, Afrique adieu ou Ă des orchestrations Ă©piques Les Lacs du Connemara, Un roi barbare. 10La sobriĂ©tĂ© sur scĂšne sâaccompagne, Ă partir de 1986, dâune certaine discrĂ©tion mĂ©diatique, qui sâexplique de plusieurs maniĂšres. La premiĂšre est lâallongement de la durĂ©e de crĂ©ation. Ă partir du milieu des annĂ©es 1980, les campagnes de promotion sont de plus en plus Ă©tudiĂ©es, et il est Ă©tabli quâun album tous les deux ans permet dâoptimiser les ventes. Si Michel Sardou sâoccupe en tournant beaucoup et en multipliant les albums en public, les nouvelles chansons se font plus rares et moins polĂ©miques. La fin de sa collaboration avec Pierre DelanoĂ« lâexplique en partie. Les discours journalistiques consacrĂ©s au chanteur sont assez rĂ©guliers, mais rĂ©pĂ©titifs et peu politisĂ©s. Lâartiste Ă©tant reconnu et Ă©tiquetĂ©, il fait toujours lâobjet de commentaires semblables libre » ou indĂ©pendant », plein de talent » et dotĂ© dâune belle voix », il ne saurait ĂȘtre consensuel, mais reste depuis vingt ans prĂ©sentĂ© comme un artiste populaire ». Si les journalistes parlent de moins en moins des Ă©vĂ©nements de 1977, ils mentionnent trĂšs souvent le fait que Michel Sardou sĂ©duit aussi un public qui ne partage pas ses idĂ©es politiques. 11Cet affadissement de la polĂ©mique sâexplique sans doute par le passage du temps, qui rend anodine les chansons provocatrices et les isole de leur contexte. Certes, le rĂ©pertoire de Sardou, depuis 2000, est redevenu militant, et sâadresse Ă un public de fidĂšles dans des chansons qui passent souvent peu en radio. Mais, parallĂšlement, le chanteur continue de se produire dans des Ă©missions rĂ©servĂ©es aux vedettes retransmission de la TournĂ©e des EnfoirĂ©s, Star AcadĂ©my, soirĂ©e dâĂ©lection de Miss France. Il nây interprĂšte souvent que dâanciens succĂšs, politiquement anodins. Le contraste, pour qui Ă©coute attentivement les disques, peu sembler saisissant, mais ce procĂ©dĂ© est entretenu, avec plus ou moins de discrĂ©tion et dâhabilitĂ©, depuis prĂšs de vingt ans. Depuis 1978, lâĆuvre de Michel Sardou rĂ©ussit Ă transcender les clivages politiques, sans cesser de sĂ©duire un public de droite. Nous allons tenter, pour comprendre les raisons de sa rĂ©ussite, dâanalyser les stratĂ©gies dĂ©ployĂ©es par le crĂ©ateur pour Ă©dulcorer son discours tout en le rendant aisĂ©ment dĂ©chiffrable. 2. Les chansons de Sardou et lâart du consensus a Politique Ă©trangĂšre, nationalisme et fatalisme 12LâentrĂ©e en politique de Michel Sardou se fait, nous lâavons dit, alors que le mouvement hippie influence toute la musique de variĂ©tĂ©s. Mais ses Ćuvres ne commencent Ă ĂȘtre rĂ©ellement diffusĂ©es quâĂ partir de 1970, dans un contexte trĂšs diffĂ©rent. Si les premiĂšres chansons enregistrĂ©es chez Barclay ont Ă©tĂ© oubliĂ©es, il reste de cette Ă©poque un rĂ©pertoire Ă©voquant lâAmĂ©rique. Trois chansons paraissent sur le premier album du chanteur. America, America nâest porteuse que dâune idĂ©ologie implicite trĂšs Ă la mode, qui Ă©voque lâAmerican way of life et la ville de San Francisco. Mais Michel Sardou a des raisons plus politiques de dĂ©fendre le rĂȘve amĂ©ricain. Au dĂ©but des annĂ©es 1970, alors que le mythe dâune France rĂ©sistante fait place Ă un discours dâhistoriens insistant sur la Collaboration, Les Ricains est une chanson polĂ©mique, qui ne mĂ©nage pas lâorgueil national Si les ricains nâĂ©taient pas lĂ Vous seriez tous en Germanie Ă parler de je ne sais quoi Ă saluer je ne sais qui. 13Le vous » nâest pas un nous » ; il sâadresse moins Ă lâensemble des Français quâĂ ceux qui critiquent les pour leur engagement au Vietnam Bien sĂ»r les annĂ©es ont passĂ© Les fusils ont changĂ© de mains Est-ce une raison pour oublier Quâun jour on en a eu besoin ? 14Lâhabillage musical, en 1970, est diffĂ©rent de celui de la premiĂšre version le titre sâouvre et se ferme sur le bruit dâune foule acclamant Hitler, ce qui renforce lâaspect accusateur du couplet initial. Les notes de guitares et dâharmonica rĂ©sonnent moins, et les orgues sont plus prĂ©sents, renforçant le lyrisme et substituant Ă lâaspect artisanal des musiques hippies la mise en Ă©vidence dâun travail dâorchestration trĂšs maĂźtrisĂ©. Le phĂ©nomĂšne est encore plus audible sur le titre Monsieur le PrĂ©sident de France, dont les couplets martiaux â accompagnĂ©s de cuivres et de tambours â alternent avec des refrains saturĂ©s de chĆurs lyriques supportant un texte violent Dites Ă ceux qui brĂ»lent mon drapeau Quâen souvenir de ces annĂ©es Ce sont les derniers des salauds. 15Le personnage interprĂ©tĂ© est le fils dâun ancien combattant amĂ©ricain, et la chanson se clĂŽt sur une musique de marche militaire amĂ©ricaine. Le contraste avec le titre prĂ©cĂ©dent indique clairement la volontĂ© de lâauteur de sâadresser Ă la jeunesse issue du baby-boom, en opposant des AmĂ©ricains lĂ©gitimement fiers de leurs parents Ă des Français qui les critiquent. Lâaspect polĂ©mique de ces Ćuvres sera occultĂ© par des titres plus fĂ©dĂ©rateurs, qui exaltent un sentiment national moins patriotique que cocardier, Jâhabite en France ou Les Bals populaires. Ce titre est le premier grand succĂšs de lâartiste. CoĂ©crit avec Vline Buggy, il est accompagnĂ© dâune musique de Jacques Revaux. Cette derniĂšre illustre efficacement, Ă grands renforts de batterie, de trompettes et dâaccordĂ©on, lâambiance Ă©voquĂ©e par le texte, qui met en vedette lâouvrier parisien » et lâorchestre » infatigable et folklorique. Au-delĂ de ces clichĂ©s textuels, le refrain est particuliĂšrement habile. Il place en effet le personnage dans la position dâun auditeur de concert, alors que ses nombreuses rĂ©pĂ©titions incitent la salle Ă faire chorus Mais lĂ -bas prĂšs du comptoir en bois Nous on nâdanse pas On est lĂ pour boire un coup On est lĂ pour faire les fous Et pour se reboire un bon coup Et pas payer nos verres. 16La lourdeur des orchestrations met le public de bonne humeur, lui donne envie de danser tandis que le texte le conforte dans son rĂŽle dâauditeur semi-passif, qui sâamuse, mais nâdanse pas ». LâefficacitĂ© de la chanson se mĂȘle Ă des rĂ©fĂ©rences nationales, qui laissent penser que le personnage dĂ©crit est un français moyen, un ouvrier parisien » qui tente de ne pas payer son verre. Cette exaltation dâune gaitĂ© nationale est plus nettement affirmĂ©e dans Jâhabite en France, qui flatte le public de façon plus idĂ©ologique Mais voilĂ jâhabite en France Et la France câest pas du tout câquâon dit Si les Français se plaignent parfois Câest pas dâlĂ gueule de bois Câest en France quâil y a Paris Mais la France câest aussi un pays OĂč yâa quand mĂȘme pas cinquante millions dâabrutis. 17Les clichĂ©s textuels sont encore plus nombreux. Il sâagit en effet de confirmer ou dâinfirmer â en les Ă©voquant tour Ă tour â un certain nombre dâidĂ©es reçues concernant la France ou Paris, pour conclure sur un satisfecit peu original la France est un pays de sĂ©ducteurs. 18Cette bonne humeur fĂ©dĂ©ratrice, associĂ©e Ă un amĂ©ricanisme moins consensuel, se poursuit jusquâĂ la fin de la dĂ©cennie, la cĂ©lĂšbre Java de Broadway offrant un nouveau succĂšs indĂ©modable Ă Michel Sardou, en 1977. La musique festive et orchestrale Ă©voque un jazz band qui jouerait un air de java. Rien nâa changĂ© dans le texte, si ce nâest quâil autorise une diction sur un rythme ternaire il nâest question que de fĂȘtes dĂ©complexĂ©es, dâalcool et de filles que lâon regarde de loin, installĂ© au bar. 19Chanter la France et lâAmĂ©rique nâest cependant pas toujours simple. Ă partir de la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1970, deux phĂ©nomĂšnes viennent inflĂ©chir le discours des chansons de Michel Sardou. Dâune part, une prĂ©dilection pour la nostalgie et lâangoisse du dĂ©clin, qui atteint la France, LâAmĂ©rique et tout autre pays. Dâautre part, un rapport aux Ă©trangers parfois ambigu. Cette Ă©volution du rĂ©pertoire a des causes multiples crise Ă©conomique qui popularise un discours sur le dĂ©clin du pays ; mort du pĂšre qui alimente lâangoisse dâune vedette parvenue au sommet ; changement de collaborateur, avec lâintervention longue et durable de Pierre DelanoĂ« dans les livrets Ă partir de lâalbum intitulĂ© La Vieille. 20La fiertĂ© dâĂȘtre Français nâest alors plus de mise. Le plus important succĂšs de cet album est en effet Le France, qui permet au chanteur de fĂ©dĂ©rer jusquâaux ouvriers CGT du port du Havre, oĂč le bateau est mis Ă quai. Cet hymne nostalgique, chantĂ© dans un contexte de crise des chantiers navals, exprime en effet un sentiment national Ne mâappelez plus jamais France » La France elle mâa laissĂ© tomber Ne mâappelez plus jamais France » Câest ma derniĂšre volontĂ©. 21Bien dâautres chansons viendront, avec plus ou moins de succĂšs, dĂ©plorer la baisse dâinfluence dâun pays qui perd peu Ă peu ses ambitions internationales. Ces titres seront toutefois plus directement liĂ©s au contexte Ă©lectoral, aussi les Ă©tudierons-nous plus loin. Mais la crise française nâest, pour Michel Sardou que lâun des aspects dâun complet dĂ©senchantement du monde. MĂȘme son parti pris en faveur de la politique amĂ©ricaine nây rĂ©siste pas, et lâĂ©vocation des USA ne renvoie plus quâĂ un rĂȘve amĂ©ricain dĂ©senchantĂ©. Presque toutes les chansons consacrĂ©es aux pays Ă©trangers, thĂšme rĂ©guliĂšrement exploitĂ©, Ă©voquent dâailleurs un rĂȘve de culture ou dâexotisme déçu Huit jours Ă El Paso en 1978, Afrique Adieu en 1982, Exil Dylan en 1984, Le Paraguay n est plus ce qu âil Ă©tait en 1988, Le VĂ©tĂ©ran et Mam âselle Louisiane en 1990, LâAmĂ©rique de mes dix ans en 2000... Tous ces titres sont construits autour dâhabillages musicaux caractĂ©ristiques des rĂ©gions, voire des Ă©poques Ă©voquĂ©es. Le dernier sâouvre mĂȘme sur la mĂ©lodie des Ricains, comme si la nostalgie Ă©tait assumĂ©e jusquâĂ lâauto-parodie. Les partitions de ces chansons permettent par ailleurs souvent de masquer le caractĂšre nĂ©gatif du propos en proposant une mĂ©lodie entraĂźnante. Sur le plan textuel, dâailleurs, le pessimisme semble rarement dominant, car le pouvoir Ă©vocateur des mots crĂ©e un effet dâexotisme chez lâauditeur, alors mĂȘme que le personnage en dĂ©plore la disparition. Des chansons demeurĂ©es cĂ©lĂšbres, Afrique A dieu ou Les Lacs du Connemara, en tĂ©moignent. Les noms propres fortement connotĂ©s se succĂšdent, ainsi que les Ă©lĂ©ments de dĂ©cor, pour composer un paysage imaginaire Sur les Ă©tangs de Malawi La nuit rĂ©sonne comme un signal Câest pour une fille de Nairobi Quâun tambour joue au SĂ©nĂ©gal. 22La musique qui accompagne de telles paroles, incitant Ă la danse, rend plus difficile encore une attention soutenue, et le texte propose une accumulation dâimages fortes. Cette utilisation efficace des termes Ă connotations exotiques se fait au dĂ©triment de la narration, ce qui ajoute Ă lâensemble un mystĂšre propice Ă la rĂȘverie. Les paroles des Lacs du Connemara, grand succĂšs bĂąti sur le mĂȘme principe, invitent moins Ă une recherche des rĂ©fĂ©rences historiques quâĂ une rĂȘverie appuyĂ©e sur des sonoritĂ©s Ă©trangĂšres Sean Kelly sâest dit Je suis catholique Maureen aussi LâĂ©glise en granit De Limerick Maureen a dit oui. 23LâĂ©tranger apparaĂźt donc dans lâimaginaire de Michel Sardou comme un ailleurs, souvent dĂ©cevant, mais qui permet encore de satisfaire chez le public un dĂ©sir dâexotisme. Ce rapport au monde consensuel, qui a produit de grands succĂšs, est toutefois compliquĂ© par des chansons plus ambiguĂ«s. 24Si les pays Ă©trangers font rĂȘver, certains de leurs habitants, en effet, sont envisagĂ©s de maniĂšre plus problĂ©matique. Tout a commencĂ© en 1975, par un malentendu. Le Temps des colonies, paru sur lâalbum La Vieille, a créé une polĂ©mique en 1976. Le texte semble pourtant ne pouvoir ĂȘtre envisagĂ© quâau second degrĂ© Pour moi monsieur rien nâĂ©galait Les tirailleurs SĂ©nĂ©galais Qui mouraient tous pour la patrie Au temps bĂ©ni des colonies Autrefois Ă Colomb-BĂ©char Jâavais plein de serviteurs noirs Et quatre filles dans mon lit Au temps bĂ©ni des colonies. 25Il nâen reste pas moins que lâaccompagnement musical, exotique et dominĂ© par les tams-tams, rappelle lâesthĂ©tique des chansons authentiquement colonialistes, frĂ©quentes dans la France dâavant-guerre. Le dĂ©but du refrain, on pense encore Ă toi, O Bwana », chantĂ© par des choristes africaines Ă lâaccent prononcĂ©, reste dâun goĂ»t douteux. Si Michel Sardou nâa cessĂ© de communiquer dans les mĂ©dias pour dissiper les malentendus nĂ©s de cette chanson, il a longtemps continuĂ© Ă lâinterprĂ©ter sur scĂšne et Ă la mettre sur ses compilations, comme si elle Ă©tait un symbole de la diabolisation dont il avait fait lâobjet en 1976 et 1977. Le plus troublant est quâen 1979 paraĂźt une autre chanson, dans laquelle la fiertĂ© dâĂȘtre français sâaccompagne dâun rapport mĂ©prisant vis-Ă -vis de lâĂ©tranger. 26Ils ont le pĂ©trole mais câest tout est composĂ© sur le modĂšle des chansons chauvines prĂ©cĂ©dentes, mais les arabes y sont considĂ©rĂ©s avec agressivitĂ© Ils ont le pĂ©trole Mais ils nâont que ça On a des idĂ©es Un gaspy futĂ© Un Martel Ă Poitiers. 27Cette violence sâexplique dans la chanson elle-mĂȘme par une anecdote biographique Cettâ chanson sâadresse A un bravâ garçon Quâon appelle Altesse Un ami dâpension Quand ton puits sâra sec... plus dâjus dans lâcitron Plus personne Ă La Mecque Viens Ă la maison. 28Il nâen reste pas moins que le propos sâadresse plutĂŽt Ă un public raciste quâil sâagit de flatter, et ce dâautant plus que la mĂ©lodie en mode mineur et les orchestrations arabisantes ne peuvent encore une fois quâĂ©voquer lâesthĂ©tique des chansons coloniales. Cela suffirait du reste Ă comprendre pourquoi lâĆuvre est tombĂ©e dans lâoubli. 29La plupart des chansons qui Ă©voquent les pays Ă©trangers et leurs habitants sont toutefois bien plus habiles. Le meilleur exemple en est Vladimir Ilitch, Ă©norme succĂšs de lâannĂ©e 1983. Son texte, malgrĂ© les Ă©lĂ©ments de couleur locale, est explicitement politique. Mais tout au long du texte, la critique du stalinisme se mĂȘle Ă lâĂ©vocation de la misĂšre dâun peuple, qui semble justifier le communisme, ce qui satisfait un public de droite tout en dĂ©samorçant les critiques qui pourraient venir de la gauche Un vent de SibĂ©rie souffle sur la BohĂšme Les femmes sont en colĂšre aux portes des moulins Des bords de la Volga au delta du NiĂ©men Le temps sâest Ă©coulĂ© il a passĂ© pour rien Puisquâaucun dieu du ciel ne sâintĂ©resse Ă nous LĂ©nine relĂšve-toi Ils sont devenus fous. 30Musulmanes, paru en 1987, semble plus anodin. Le titre allie la beautĂ© dâun texte exotique Ă©voquant la blancheur des toits de GhardaĂŻa » en AlgĂ©rie, les forĂȘts du Liban », Le crĂ©puscule de Sanaa », ville situĂ©e au YĂ©men... Ă une vision de la femme musulmane qui a peu Ă©voluĂ© depuis Pierre Loti, et produit de la compassion VoilĂ©es pour ne pas ĂȘtre vues CernĂ©es dâun silence absolu Vierges de pierre au corps de Diane Les femmes ont pour leur lassitude De jardins clos de solitude Le long sanglot des musulmanes. 31La musique nâest plus caricaturale mais Ă©pique, se prĂȘtant Ă des dĂ©veloppements symphoniques qui la rendent encore plus efficace en concert. Mais cette esthĂ©tique parfaitement maĂźtrisĂ©e masque un contenu politique. Si les paroles peuvent renvoyer Ă la situation dramatique du Liban, aucun message clair nâest dĂ©livrĂ©. En revanche, le vidĂ©o clip largement diffusĂ© Ă lâĂ©poque raconte une autre histoire celle dâun pilote de lâAĂ©ropostale perdu dans le dĂ©sert et Ă©chappant Ă des pillards grĂące Ă la complicitĂ© de femmes voilĂ©es. Ce film dâaventure rĂ©sumĂ© Ă trois minutes propose une vision archaĂŻsante, non des musulmanes, mais des arabes musulmans. Il est vrai que lâĂ©poque sây prĂȘte, dans un contexte de montĂ©e du Front National, alors que VĂ©ronique Sanson renonce Ă chanter sur scĂšne sa chanson intitulĂ©e Allah et que Salman Rushdie est contraint Ă la clandestinitĂ©. 32Par la suite, les chansons qui Ă©voquent les pays Ă©trangers ne seront que dâinnocentes Ćuvres mĂȘlant nostalgie et exotisme. Elles seront peu exploitĂ©es, Michel Sardou ayant suffisamment de grands succĂšs de ce type Ă insĂ©rer dans ses concerts Afrique Adieu, Les Lacs du Connemara et Musulmanes. Seul LâOiseau Tonnerre, paru sur le dernier album, Ă©voque la spoliation des Indiens par les colons amĂ©ricains. Le texte nâest pas de Michel Sardou, et le sujet peu polĂ©mique, rien dans la chanson ne renvoyant mĂȘme implicitement Ă la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine. 33Il sâagit toutefois dâune exception, car si lâon considĂšre lâensemble de lâĆuvre, lâĂ©vocation des pays Ă©trangers et de leurs habitants laisse souvent transparaĂźtre un propos idĂ©ologique. Lâemploi de clichĂ©s nâa rien dâĂ©tonnant car il semble difficile dâĂ©voquer un pays au cours des quelques minutes que dure une chanson sans utiliser dâimages rĂ©ductrices. Mais Michel Sardou fait par ailleurs preuve dâune rĂ©elle originalitĂ©. Celle-ci rĂ©side dans lâhabiletĂ© avec laquelle il associe rĂȘve amĂ©ricain et dĂ©fense des Ătats-Unis, ou sentiment national et mĂ©pris pour les habitants des anciennes colonies. Cet aspect est compensĂ© par la vision du monde de lâartiste, qui associe la France et lâĂtranger en plaçant la condition humaine sous le signe du dĂ©clin ; qui ressuscite le patriotisme ou lâexotisme le temps dâun chant du cygne. Mais cette optique conservatrice, voire rĂ©actionnaire, qui gĂ©nĂšre aisĂ©ment de la nostalgie, ne suffit pas Ă rendre compte de la complexitĂ© politique de lâĆuvre. b Les commentaires sur la politique intĂ©rieure la permanence du pessimisme, entre colĂšre, victimisation et dĂ©tachement 34Contrairement Ă ce qui se passait au temps de yĂ©yĂ©s, un chanteur qui devient une vedette dans les annĂ©es 70 est souvent contestataire ou engagĂ©. Michel Sardou nâĂ©chappe pas Ă la rĂšgle, mais sâil se plaĂźt Ă critiquer, son Ćuvre ne soutient ouvertement aucun parti, et les textes qui ne sont pas lâexpression dâune colĂšre sont volontiers interprĂ©tĂ©s sur un ton dĂ©sabusĂ©. Par ailleurs, si les idĂ©es politiques exprimĂ©es sĂ©duisent souvent un public de droite, lâartiste nâest pas hermĂ©tique aux Ă©volutions de la sociĂ©tĂ©, qui, depuis 1968, voit les idĂ©es libĂ©rales de gauche progresser en ce qui concerne les mĆurs, et les idĂ©es libĂ©rales de droite triompher sur le plan Ă©conomique. 35Pour son premier manifeste politique, datĂ© de 1972, Michel Sardou choisi de sâidentifier Ă Danton parlant devant ses juges, prophĂ©tisant les horreurs du ComitĂ© de Salut Public, et mĂȘme lâavĂšnement dâun tyran trĂšs semblable Ă NapolĂ©on. NoyĂ© sous les allusions historiques, le texte ne revendique pas autre chose quâun dĂ©sir de paix et de libertĂ©. Toutefois, alors que les espoirs rĂ©volutionnaires issus de 1968 sâessoufflent, et que LĂ©o FerrĂ© ou Colette Magny prennent leurs distances vis-Ă -vis dâune chanson purement militante, Danton peut ĂȘtre compris comme une dĂ©nonciation des rĂ©volutionnaires qui se rĂ©clament de Robespierre et des Jacobins. LâinterprĂ©tation, qui oppose la voix de lâinterprĂšte Ă celle dâune foule sur un fond de musique martiale, fait de lâhomme sensĂ© la victime du groupe. 36Cet imaginaire rĂ©volutionnaire est aussi exploitĂ© en 1980 dans le cadre dâune comĂ©die musicale intitulĂ©e Les MisĂ©rables. Michel Sardou enregistre alors Ă la volontĂ© du peuple, dont le personnage se dit prĂȘt Ă mourir pour la libertĂ©. En 1989, Ă la faveur des commĂ©morations du bicentenaire, le concert de Bercy sâachĂšve sur une fresque Ă©pique, Un jour la libertĂ©, dont le ton dĂ©sillusionnĂ© est habituel chez lâartiste mais qui tĂ©moigne des mĂȘmes idĂ©aux Pour proclamer les Droits de lâhomme Je mâinscrirai aux Jacobins Mais comme je crois au droit des hommes Je passerai aux Girondins. 37Cela nâempĂȘche pas Michel Sardou, rĂ©volutionnaire dans ses aspirations Ă la libertĂ©, de dĂ©fendre dans ces chansons le droit de propriĂ©tĂ©, ni de proposer une image voltairienne et conservatrice de la libertĂ© religieuse, comme dans cet extrait de Danton Les pauvres ont besoin de lâĂ©glise Câest un peu lĂ quâils sont humains BrĂ»ler leur Dieu est une bĂȘtise. 38Plus quâun dĂ©sir de rĂ©volution, le discours politique chantĂ© par Michel Sardou traduit une insatisfaction perpĂ©tuelle. Celle-ci se manifeste dâabord de maniĂšre vĂ©hĂ©mente sur lâalbum La Vieille, paru en 1975. Il contient la plupart des textes qui ont valu des ennuis Ă lâartiste, notamment Le Temps des colonies et Je suis pour, qui fait lâapologie de la peine de mort. On y trouve aussi une chanson trĂšs datĂ©e, W54, qui propose une vision orwellienne de la sociĂ©tĂ©, au son de musiques Ă©lectriques qui pastichent les films consacrĂ©s aux extra-terrestres. Sur un tel album, le titre Jâaccuse apparaĂźt comme une diatribe assenĂ©e au monde entier. Le rythme soutenu, la puissance des cuivres et des percussions, et la diction forte et trĂšs accentuĂ©e, sont au service dâun propos Ă©cologiste et antimilitarisme, mais un pacifisme affichĂ© avec autant de hargne a de quoi surprendre Jâaccuse les hommes dâĂȘtre bĂȘtes et mĂ©chants BĂȘtes Ă marcher au pas des rĂ©giments De nâĂȘtre pas des hommes tout simplement. 39Les plus violentes et les plus polĂ©miques des chansons de cette Ă©poque ne cesseront dâĂȘtre reprises et rĂ©enregistrĂ©es en public, avec ou sans commentaire dâaccompagnement. Un seul de ces titres nâa pas rencontrĂ© de succĂšs. Il sâagit du plus politique, qui nâa pas Ă©tĂ© repris en album. La Manif sâadresse Ă un public trĂšs politisĂ©, car il prĂȘte Ă diverses catĂ©gories de manifestants, en particuliers des ouvriers, des immigrĂ©s et des fĂ©ministes, des propos caricaturaux de ce type Mais dans le contexte actuel De lâĂšre industrielle On nâveut plus travailler. 40Seule lâabsence de succĂšs de ce titre, passĂ© inaperçu, explique quâil nâait pas Ă©tĂ© reprochĂ© Ă Michel Sardou. Quelques mois aprĂšs sa parution, les violences subies par lâinterprĂšte lâont incitĂ© Ă plus de prudence. 41Sur lâalbum suivant, sa critique de la sociĂ©tĂ© prend la forme dâune Ă©lucubration au ton et au rythme lĂ©gers. Une attention aiguĂ« au texte, Ă laquelle la forme de la chanson nâincite pas, semble indiquer que Michel Sardou brĂ»le aussi bien ce quâil a adorĂ© que le reste, aussi bien le gouvernement que lâopposition, critiquant La gouver-ne-men-ta-lo-manie Lâintellec-tualo-gaucho-manie LâamĂ©ricano-anglo-manie-manie. 42La chanson nâayant pas eu de succĂšs, lâartiste en revient Ă des Ćuvres plus violentes, quâil maĂźtrise mieux. On a dĂ©jĂ donnĂ©, coĂ©crit en 1978 avec Claude Lemesle, sâen prend une nouvelle fois aux rĂ©volutionnaires, Ă tous ces poings tendus », et aux conservateurs, Ă ceux qui sont en place parce que papa y Ă©tait ». Il est Ă mettre en parallĂšle avec la dĂ©ception que Michel Sardou dit avoir Ă©prouvĂ© Ă propos de ValĂ©ry Giscard dâEstaing. Pierre DelanoĂ« a quant Ă lui aidĂ© lâinterprĂšte Ă Ă©crire La DĂ©bandade en 1984, quelques mois avant la fin du programme commun, qui annonce la fin dâautres illusions. La chanson ressemble aux prĂ©cĂ©dentes, avec sa diction forte et heurtĂ©e, accompagnĂ©e de musique orchestrale et imposante, mais le texte ne vise personne explicitement. Comme dans Vladimir Ilitch, paru lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente, il emploie ironiquement un vocabulaire de gauche Rigolez pas, mes camarades / La dĂ©bandade / Câest pour demain », pour dĂ©noncer le malaise dâune sociĂ©tĂ© dirigĂ©e par la gauche. Mais Michel Sardou, Ă partir de 1985, semble se lasser de la politique et, sâil chante encore rĂ©guliĂšrement la dĂ©cadence, voire une apocalypse imminente, dans des chansons telles que Les Derniers jours de Pearl Harbour, il sâagit moins de politique que de nostalgie et de pessimisme. 43Ce dernier sentiment est alimentĂ© par les dĂ©boires du chanteur qui aime Ă se prĂ©senter en victime dĂšs le dĂ©but de sa carriĂšre. AssassinĂ©s, vilipendĂ©s, acculĂ©s au suicide, les personnages incarnĂ©s par Michel Sardou de 1970 Ă 1975 â Danton chansons Ă©ponymes, Johnny Halliday Le PhĂ©nix ou des victimes anonymes Je vous ai bien eu, Le prix dâun homme â mettent soigneusement en scĂšne leur Ă©limination et lâostracisme dont ils sont victimes. Ce fantasme, largement alimentĂ© par les mĂ©saventures quâa connues Michel Sardou en 1977, nâa pas Ă©tĂ© sans consĂ©quence. Ă partir des annĂ©es 80, il commente sur scĂšne lâimpact quâont eu ses chansons les plus contestĂ©es, et il en Ă©crit quelques-unes pour rĂ©pondre Ă ses dĂ©tracteurs. Dâabord On rĂ©trĂ©cit, en 1978, dans laquelle il assume violement son discours sur le dĂ©clin de la France Traitez-moi de ce que vous voudrez Facho... nazi... phalo... pĂ©dĂ© Et plus je tendrai lâautre joue Les hĂ©ros ne sont plus parmi nous Jâai dĂ» me tromper de rendez-vous On rĂ©trĂ©cit on rĂ©trĂ©cit. 44Puis Jâavais pas la tĂȘte assez dure et La Haine, enregistrĂ©es en 1978 et 1980, rĂ©ussissent le paradoxe dâĂȘtre des chansons Ă la musique et Ă lâinterprĂ©tation virulente et Ă©pique alors quâelles dĂ©noncent la violence, dont la victime implicite est lâinterprĂšte lui-mĂȘme. Enfin, Mauvais homme paru en 1981 donne la parole Ă un misanthrope solitaire. Le titre est interprĂ©tĂ© Ă la maniĂšre de Johnny Halliday, avec un mĂ©lange dâĂ©lĂ©gie et dâorchestrations grandioses. Le sujet sâĂ©puise ensuite dâautant plus vite que Michel Sardou ne produit plus de chansons ouvertement politiques entre 1985 et 1994, se contentant de reprendre ses vieux succĂšs engagĂ©s et de les commenter sur scĂšne. Comme ses albums, ses chansons militantes se rarĂ©fient et se nuancent. 45Selon que vous serez etc, etc sâen prend aux dysfonctionnements de la justice et des mĂ©dia, et fustige les politiciens corrompus, thĂšmes qui nâont pas cessĂ© depuis dâĂȘtre Ă la mode. Mon dernier rĂȘve sera pour vous, consacrĂ© au fisc, est plus marquĂ© idĂ©ologiquement. Si lâon en croit le ton de lâinterprĂ©tation et lâaccompagnement musical, la colĂšre semble avoir fait place au dĂ©goĂ»t et Ă la dĂ©sillusion. Au cours des annĂ©es 2000, cependant, Michel Sardou redevient polĂ©mique. Il affiche un pessimisme serein et dĂ©tachĂ©, Ă©nonçant ses idĂ©es sans avoir lâair de se faire dâillusions. Ainsi renoue-t-il avec la fiertĂ© affichĂ©e dâĂȘtre français, sur un rythme plus lent que Jâhabite en France, qui se prĂȘte moins Ă la danse, mais davantage au chorus et aux claquements de mains. Il est vrai que le contenu de Français est plus sĂ©rieux et plus nuancĂ© Parce quâils ont dĂ©cidĂ© dâĂȘtre une rĂ©publique, Bien que toutes leurs idĂ©es se perdent en politique. Mais parce que lâun dâentre eux a dit cettâphrase immense Ma libertĂ© sâarrĂȘte oĂč la vĂŽtre commence »... Jâaime les Français, Tous les Français, MĂȘme les Français que je nâaime pas. 46Il faudra encore quelques annĂ©es pour que Michel Sardou revienne vraiment Ă la chanson engagĂ©e son album intitulĂ© Hors-format, paru en 2006, est, sâil faut en croire le rĂ©sultat des derniĂšres Ă©lections, dans lâair du temps. Le thĂšme de la dĂ©cadence nationale, le moins nouveau, est illustrĂ© par Concorde, un fleuron de notre industrie nationale qui aura connu un destin parallĂšle Ă celui du France, sans que la chanson Ă©ponyme ait le mĂȘme succĂšs. Câest aussi sous le signe de la dĂ©cadence que se place Les Villes hostiles, chanson consacrĂ©e aux banlieues qui sâouvre sur ces mots CâĂ©tait mon quartier autrefois Plus rien nâexiste tout a changĂ© MĂȘme ma rue je ne la retrouve plus On a dĂ» reconstruire dessus. 47La chanson la plus ouvertement politique, sur laquelle sâest faite la promotion de lâalbum, est un mĂ©lange de pessimisme et dâaffirmation polĂ©miques. Les couplets Ă©voquent nombre de sujets volontiers abordĂ©s par la droite, rappelant aux immigrĂ©s quâil faut respecter ceux qui sont venus longtemps avant toi », revendiquant la valeur travail il faut se prendre en charge / Et pas charger lâĂtat », critiquant les droits acquis » Il faudra bien quâon en oublie / Sous peine de nâplus / Jamais avoir de droits ». Mais ce programme Ă©lectoral, accompagnĂ© dâune musique de plus en plus dansante, est tempĂ©rĂ© Ă la fois par un dernier couplet pessimiste et par un refrain dĂ©calĂ©. Le dernier couplet ne sâapplique que dans un contexte de dĂ©faite Ă©lectorale qui nâa pas eu lieu pour le public de Michel Sardou Admettons enfin vous et moi Que nous sommes tous des hypocrites. La vĂ©ritĂ© ne nous plait pas Alors on a le pays quâon mĂ©rite. 48Quant au refrain, il exprime un pessimisme dĂ©sabusĂ© Et puis allons danser Pour oublier tout ça Allons danser. Personne nây croit. 49De fait, Michel Sardou affirme sur la plage suivante, par ailleurs trĂšs autobiographique, son profond dĂ©tachement Toutes mes exigences, Mes combats, mes dĂ©fiances, Ces parfums mĂ©langĂ©s De femmes et de fumĂ©e Ces Ă©tranges passions. Demain dâautres Ă ma place Viendront et feront face Pour les provocations. Je nâsuis plus un homme pressĂ©. 50Pour la premiĂšre fois depuis prĂšs de vingt ans, Michel Sardou assume clairement ses convictions de droite, mais en tempĂ©rant ses affirmations par un dĂ©faitisme dont il est dĂ©sormais coutumier. AprĂšs plusieurs annĂ©es de gouvernement de droite, le pessimisme qui lui faisait annoncer le dĂ©clin de la France semble avoir atteint ses limites et minĂ© jusquâaux convictions de lâinterprĂšte. Il nâest pas dit que la partie militante de son public le suive sur ce terrain-lĂ . Mais Michel Sardou partage avec elle des valeurs qui ne se limitent pas Ă des convictions Ă©lectorales. Il propose en effet Ă ses auditeurs une vision particuliĂšre des mĆurs de notre sociĂ©tĂ©. La critique des institutions, toujours consensuelle, sây mĂȘle Ă un grand conservatisme. 3. Michel Sardou et la sociĂ©tĂ© critique des meurs et des institutions a Sabre, goupillon et institution scolaire, lâindividu face Ă la hiĂ©rarchie 1 Nâayant par rĂ©pondu Ă lâappel, il a Ă©tĂ© emmenĂ© de force vers sa caserne pour un service militaire d ... 51La principale originalitĂ© de Michel Sardou en la matiĂšre est son discours sur trois institutions lâarmĂ©e, lâĂglise catholique et lâĂ©cole. Le premier est traitĂ© de maniĂšre relativement attendue, puisque Le Rire du sergent sâinscrit dans la tradition du comique troupier. Mais si ce titre a permis Ă lâartiste de solder ses comptes avec un service militaire mouvementĂ©1, il ne lâempĂȘche pas de tĂ©moigner dâun profond respect pour les anciens combattants. Câest le cas, nous lâavons vu, lorsquâil rend hommage aux soldats amĂ©ricains qui ont libĂ©rĂ© la France. Câest Ă©galement vrai dans Verdun, oĂč le personnage lutte contre lâoubli des civils, dans une chanson Ă©lĂ©giaque. Michel Sardou associe toutefois le respect du soldat au mĂ©pris de la hiĂ©rarchie militaire et des gradĂ©s. Il lâexprime dans deux chansons au thĂšme semblable mais au traitement trĂšs diffĂ©rent. La Marche en avant donne la parole Ă un discours dâofficier dont le ridicule va jusquâĂ lâinvraisemblance Nous sommes le trois fĂ©vrier Ce sera un beau jour fĂ©riĂ© Les fonctionnaires nous bĂ©niront Allez sonnez clairons La marche en avant. 52Lâensemble nâa pourtant rien de comique. La musique martiale fortement contrastĂ©e qui accompagne le texte rend la plaisanterie sinistre, lorsque lâinterprĂšte Ă©voque les malheurs des soldats. La chanson est toutefois beaucoup moins efficace que La Bataille enregistrĂ©e en 2000. Dans ce titre, les orchestrations qui rappellent la musique militaire sont mises au service dâune fresque Ă©pique de plus de cinq minutes, au cours de laquelle un soldat Ă©voque les diverses Ă©tapes dâune bataille terrifiante. Le rĂ©sultat, particuliĂšrement efficace, fait que lâauditeur ne peut que sâidentifier au fantassin, et faire siennes ses derniĂšres paroles, dâun pacifisme violent tu sais câque jâen fais de ta mĂ©daille ? ». 53Lâhumble victime a donc toujours raison contre lâinstitution, ce qui nâa rien dâĂ©tonnant quand on connait lâindividualisme farouche de Michel Sardou, qui est aussi celui de sa gĂ©nĂ©ration. Mais ce point de vue est plus original lorsquâil sâagit de composer des chansons sur lâĂglise catholique qui ne lui soient pas hostile. Si lâon excepte un ironique Merci Seigneur enregistrĂ© au tout dĂ©but de sa carriĂšre en 1967, Michel Sardou nâa jamais rien chantĂ© dâanticlĂ©rical. Au contraire, en 1973, il enregistre Tu es Pierre, vĂ©ritable adaptation en chanson dâun extrait de lâĂvangile, la rencontre de Pierre et de JĂ©sus. MalgrĂ© la modernitĂ© anachronique du vocabulaire, le rythme allĂšgre des couplets et les chĆurs du refrain en font une chanson pour curĂ© Ă guitare. 54Le CurĂ©, enregistrĂ© sur le mĂȘme album, adopte une forme plus classique au service dâun discours plus Ă©tonnant. Tout lâorchestre, oĂč dominent tantĂŽt les violons tantĂŽt les percussions, est convoquĂ© pour jouer lâune des mĂ©lodies les plus efficaces de Jacques Revaux. Si les couplets insistent sur la solitude dâun prĂȘtre de campagne, les refrains chantent sur un rythme plus entraĂźnant un plaidoyer pour la fin du cĂ©libat des prĂȘtres ah mon dieu, si lâon Ă©tait deux ». Bien avant que les polĂ©miques nâenvahissent la vie de Michel Sardou, cette chanson lui a valu des inimitiĂ©s dans son propre camp. Elle demeure unique en son genre, car les chansons qui ne sont pas bien-pensantes On ira tous au Paradis de Michel Polnareff, par exemple sont Ă lâĂ©poque hostiles au catholicisme. De plus, Michel Sardou a rapidement fait profil bas en enregistrant Jây crois, une chanson en forme de confession accompagnĂ©e dâune musique doloriste. Tout en affichant un certain doute quant au dogme MĂȘme si ça nâest pas vraiment celui / Que tous les prophĂštes avaient promis » la foi empreinte de culpabilitĂ© quâil confesse plus quâil ne la revendique tĂ©moigne dâune Ă©ducation chrĂ©tienne Je suis un trĂšs mauvais chrĂ©tien Jây crois lorsque jâen ai besoin. 55Qui est dieu ?, enregistrĂ© lâannĂ©e suivante, nâapporte pas dâautre rĂ©ponse Ă cette question existentielle que Dieu, câest le temps », et la chanson nâa pas dâintĂ©rĂȘt, si ce nâest de permettre Ă Michel Sardou de chanter en duo avec son fils de cinq ans. Le sujet nâest plus guĂšre abordĂ© ensuite, Le CurĂ© nâapparaissant que sporadiquement sur les compilations. Il faut attendre 1990, et le texte dâAu nom du pĂšre, coĂ©crit avec Didier Barbelivien pour que lâartiste parle Ă nouveau de religion. Il nâest plus alors question de foi, malgrĂ© un refrain en forme de gospel festif. RythmĂ© par des AllĂ©luia », la chanson Ă©voque les agissements des missionnaires chrĂ©tiens, depuis lâarrivĂ©e des Espagnols jusquâĂ la sĂ©grĂ©gation raciale aux Ătats-Unis. La musique noire et les chĆurs des refrains ne peuvent dĂšs lors ĂȘtre compris que de maniĂšre ironique, du moins jusquâau couplet final, oĂč le message chrĂ©tien rĂ©apparaĂźt, tempĂ©rĂ© par un attachement profond aux choses dâici-bas. Au nom du PĂšre Tu es quelquâun FrĂšre de ton frĂšre De ton prochain Quel que soit lâendroit DâoĂč lâon vient AllĂ©luia Tu es nĂ© lâenfant dâune femme Aux seins sucrĂ©s au ventre calme Paix Ă ses cendres et Ă son Ăąme AllĂ©luia AllĂ©luia. 56Si la foi nâest pas remise en cause, la religion est donc finalement envisagĂ©e, comme lâarmĂ©e, du point de vue de lâindividu quâelle opprime. Sa critique des institutions et du passĂ© de lâĂglise catholique permet Ă Michel Sardou de sâadresser Ă un public de tradition chrĂ©tienne qui partage lâessentiel de ses idĂ©es modernistes. Le doute et la critique de la rigiditĂ© du Vatican sont en effet largement rĂ©pandus parmi les catholiques français. 57Lâartiste est plus polĂ©mique lorsquâil Ă©voque lâĂ©cole. Il est vrai quâil est le seul Ă oser sâaventurer sur ce terrain. Les chanteurs engagĂ©s Ă gauche savent que les enseignants constituent une bonne partie de leur public, ce qui incite Ă la prudence. Le Surveillant gĂ©nĂ©ral, Ă©crit en 1972 Ă partir de mauvais souvenirs de pension, reste consensuel puisquâil ne sâattaque quâaux internats. Mais en 1978, alors que Michel Sardou sort Ă peine de plusieurs mois de polĂ©miques Ă©prouvantes, il enregistre Monsieur MĂ©nard, consacrĂ© Ă un professeur maltraitĂ© par ses Ă©lĂšves. Le texte est portĂ© par un personnage violent CâĂ©tait un jour en terminale Pour une histoire assez banale Jâai cru quâil allait me frapper Alors jâai cognĂ© le premier Jâai donnĂ© un grand coup de tĂȘte Pour frimer devant les copains Je lui ai cassĂ© les lunettes Ils sont pas marrants les gamins. 58Certes, cet usage massif de la premiĂšre personne fait que le personnage et le malaise quâil suscite peuvent sembler anecdotique, privant le propos de toute portĂ©e gĂ©nĂ©rale. Il nâen reste pas moins que parler de lâĂ©cole de cette façon ne sâĂ©tait encore jamais fait en chanson. 59Lâhistoire ne dit pas si les anciens collĂšgues de Michel Sardou, qui a Ă©tĂ© professeur quelques mois, ont apprĂ©ciĂ©. LâĆuvre nâa, quoi quâil en soit, pas eu une grande carriĂšre. Par contre, Les Deux Ă©coles, paru en 1984, dans un contexte de manifestation en faveur de lâĂ©cole privĂ©e, aura un Ă©norme succĂšs. Le texte, conçu par Pierre DelanoĂ« comme un manifeste pour lâĂ©cole libre, est rendu plus neutre par lâinterprĂšte, qui renvoie dos Ă dos les deux modĂšles Ă©ducatifs. De fait, ce nâest pas le discours polĂ©mique qui a fait le succĂšs de la chanson, car une phrase telle que jâai fait les deux Ă©coles et ça nâa rien changĂ© » nâa de quoi satisfaire personne. LâĆuvre doit son succĂšs Ă son refrain, particuliĂšrement dansant, qui Ă©voque une succession de particularitĂ©s rĂ©gionales et prouve une fois de plus le talent avec lequel Sardou sait susciter la nostalgie. Le seul texte de Sardou que les enseignants ont mal acceptĂ© ne parle que peu de lâĂ©cole. Il sâagit du Bac G, qui, en dĂ©pit de son titre, parle surtout du dĂ©sespoir de la jeunesse de 1992 Vous passiez un bac G Un bac Ă bon marchĂ© Dans un lycĂ©e poubelle Lâouverture habituelle Des horizons bouchĂ©s Votre question Ă©tait faut-il dĂ©sespĂ©rer ? 60Câest dâailleurs ce ton dĂ©sespĂ©rĂ© qui vaut Ă la chanson dâĂȘtre rĂ©guliĂšrement reprise par son auteur depuis quinze ans, tandis que lâimage de lâĂ©cole ne cesse de se dĂ©grader. Mais le systĂšme Ă©ducatif, comme lâĂglise et lâarmĂ©e, font moins lâobjet de discours que dâanecdotes dont la portĂ©e est plus ou moins gĂ©nĂ©rale. Cela permet Ă Michel Sardou dâexprimer des critiques parfois virulentes, tout en lui laissant le loisir de sâabriter derriĂšre des personnages quâil incarne, sans forcĂ©ment leur ressembler. 61Mais ce dispositif, qui fonctionne bien pour critiquer la sociĂ©tĂ©, nâest pas toujours utilisable dans toutes les chansons ayant trait aux mĆurs, la premiĂšre personne du singulier, presque obligatoire, incite le public Ă confondre lâinterprĂšte et son discours. Le je » lyrique et impersonnel qui porte le texte, en particulier dans les chansons dâamour, nâest pas un personnage suffisamment construit pour permettre Ă Michel Sardou de sâen Ă©loigner radicalement. Et il est vrai que ses chansons en apparence anodines semblent nous renseigner sur sa vision particuliĂšre des rapports humains. b Ăvolution des mĆurs une tolĂ©rance qui exclut le fĂ©minisme 62Dans les annĂ©es 70, il sâest vu violemment reprocher son sexisme. Cette accusation se fonde sur lâimage de la femme vĂ©hiculĂ©e par ses chansons. Les chansons parlant dâamour se prĂȘtent Ă dâinfinies variations, mais quelques grandes tendances se dĂ©gagent de lâensemble du rĂ©pertoire, dont certaines ont des sources biographiques. Michel Sardou se sent aussi lĂ©gitime pour fustiger les femmes qui piĂšgent les hommes par un mariage La Corrida n âaura pas lieu, en 1971, Vive la mariĂ©e en 71, Bonsoir Clara en 72, le cas inverse Ă©tant envisagĂ© en 1970 dans Quelques mots dâamour, que pour condamner les pĂšres dĂ©missionnaires qui abandonnent leurs enfants Merci pour tout, 82. Attention les enfants dangers, 88 Ă cet aspect moralisateur sâajoute une vision conservatrice et une morale chrĂ©tienne, qui font que la femme a pour tĂąche essentielle de faire des enfants Ă son mari Tu mâas donnĂ© de beaux enfants / Tu as le droit de te reposer maintenant » dĂ©clare lâhomme dans Les Vieux mariĂ©s, et dâautres chansons y font Ă©cho, notamment Un enfant. Aux discours de sĂ©ducteur interprĂ©tĂ©s de maniĂšre virile Je veux lâĂ©pouser pour un soir, par exemple sâajoute une vision trĂšs catholique du pĂ©chĂ© de chair, souvent associĂ©e pour la femme Ă la peur et Ă la douleur. MĂȘme un succĂšs en apparence aussi anodin et consensuel que La Maladie dâamour en porte la marque, nâassociant la sexualitĂ© fĂ©minine quâĂ la souffrance et Ă la reproduction Elle fait chanter les hommes et sâagrandir le monde Elle fait parfois souffrir tout le long dâune vie Elle fait pleurer les femmes elle fait crier dans lâombre Mais le plus douloureux câest quand on en guĂ©rit. 63Les opposants Ă Michel Sardou nâont donc eu besoin que dâun peu de mauvaise foi pour lui reprocher dâinterprĂ©ter un personnage qui fantasme un viol Dans les villes de grandes solitude, en 1975. 64Il faut attendre le dĂ©but des annĂ©es 80, pĂ©riode Ă laquelle les femmes libĂ©rĂ©es sont devenues un thĂšme incontournable en chanson, pour que Michel Sardou fasse machine arriĂšre. Ătre une femme, sans cesse repris depuis, est restĂ© dans toutes les mĂ©moires, mĂȘme sâil est souvent connu Ă tort sous le titre de Femme des annĂ©es 80. Il a cependant Ă©tĂ© trĂšs vite amputĂ© de son couplet introducteur, qui transfĂšre sur lâinterprĂšte toutes les qualitĂ©s viriles du personnage Dans un voyage en absurdie Que je fais lorsque je mâennuie Jâai imaginĂ© sans complexe Quâun matin je changeais de sexe Que je vivais lâĂ©trange drame DâĂȘtre une femme. 65Si la femme se doit dâĂȘtre forte, Michel Sardou la confine dans un rĂŽle plus traditionnel. Il persiste et signe en 1984, en crĂ©ant avec Une femme, ma fille, la version fĂ©minisĂ©e dâun cĂ©lĂšbre poĂšme de Kipling Si tu lui donnes lâenfant quâil te prie de lui faire Comme un cadeau du ciel comme un fruit de la terre Si tu remplis son cĆur au fil de chaque jour De ta tendre chaleur et de tes mots dâamour Si tu peux lâĂ©couter quand il chante trop haut Et chanter avec lui pour que ce soit moins faux ... Si tu sais tout cela Comme les milliards de femmes qui lâont fait avant toi Et si dans son bonheur tu vois le tien qui brille Ce jour-lĂ tu seras une femme ma fille ma fille. 66Il ne faut pas sâĂ©tonner que cette chanson Ă contre-courant ait eu peu de carriĂšre. Marie Jeanne, en revanche, a Ă©tĂ© un grand succĂšs, prouvant une fois de plus que lâartiste excelle dans le pessimisme. La chanson dresse en effet un bilan trĂšs mitigĂ© de la libĂ©ration fĂ©minine, Ă©voquant des femmes qui ont renoncĂ© Ă leurs rĂȘves de jeunes filles. 67LâĂ©coute du rĂ©pertoire complet de Michel Sardou assigne donc Ă la femme un rĂŽle prĂ©cis et rĂ©actionnaire, mais cela va de pair, individualisme oblige, avec une tendresse particuliĂšre pour certains comportements marginaux. 68Cette tolĂ©rance ne sâapplique pas quâau personnage du CurĂ©, et peut aussi bien concerner une prostituĂ©e. LâAutre femme, comme lâindiquent ses orchestrations trĂšs datĂ©es Ă base dâorgue et de batteries, est créée au dĂ©but des annĂ©es 80. PrĂšs dâun siĂšcle aprĂšs que ce thĂšme a fait son apparition en chanson, Michel Sardou innove peu, mais fait la synthĂšse de tous les topoĂŻ accumulĂ©s sur le sujet. Il nâĂ©vite que celui de la prostituĂ©e amoureuse, hĂ©ritĂ© de Piaf, prĂ©fĂ©rant Ă©voquer une femme libĂ©rĂ©e Ă©levant seule son enfant. Pour le reste, les thĂšmes des diffĂ©rents couplets sont empruntĂ©s Ă un rĂ©pertoire classique, qui va de FerrĂ© Ă Brassens, en passant par Reggiani. Les difficultĂ©s du mĂ©tier, le rĂŽle de sĆur de charitĂ© » des prostituĂ©es, lâerrance affective de leur client, et lâaffirmation selon laquelle la prostituĂ©e nâest pas plus immorale que certaines femmes volages ou mariĂ©es par intĂ©rĂȘt, rien de tout cela nâest nouveau. Une telle tolĂ©rance a pourtant de quoi surprendre son public, dâautant que Michel Sardou dĂ©fend le titre en concert avec une grande rĂ©gularitĂ©. Cela ne lâa pourtant pas empĂȘchĂ©, sur son dernier album, dâenregistrer Valentine day, un titre dont lâaction se situe dans le passĂ©, pour introduire un stĂ©rĂ©otype rĂ©trograde. Il sâagit en effet, en Ă©voquant les filles qui allĂšrent peupler les colonies amĂ©ricaines, de chanter les amours vĂ©nales sur un rythme insouciant et joyeux, qui dĂ©responsabilise les hommes. Ce type de discours, qui associe bonheur de lâhomme et prostitution, nâavait pas Ă©tĂ© illustrĂ© en chanson depuis Les petites femmes de Pigalle de Serge Lama, titre dĂ©jĂ misogyne pour son Ă©poque. Le contexte fĂ©ministe des annĂ©es 1970, auquel on sait que Michel Sardou est peu sensible, avait jusque lĂ fait disparaĂźtre ce type de rĂ©pertoire. 69En revanche, la tolĂ©rance pour lâhomosexualitĂ© masculine semble croĂźtre avec le temps. Sâil est, de ce point vue, en phase avec la sociĂ©tĂ©, Michel Sardou est plutĂŽt rĂ©actionnaire par rapport au milieu de la chanson. En effet, alors que les annĂ©es 70 ont vu naĂźtre et prospĂ©rer des chansons tolĂ©rantes â Ă la suite de Comme ils disent de Charles Aznavour créé en 1971 â il affichait durant la mĂȘme pĂ©riode un mĂ©pris virulent. AprĂšs avoir moquĂ© Le Rire du sergent, et dĂ©noncĂ© lâhomosexualitĂ© latente des pensionnats dans Le Surveillant gĂ©nĂ©ral, il a employĂ© le terme pĂ©dĂ© » comme une injure dans Jâaccuse. Mais lâĂ©volution de la sociĂ©tĂ© a fini par lâinfluencer et, en 1990, il a enregistrĂ© Le PrivilĂšge. LâhomosexualitĂ© y est abordĂ©e par le biais de lâaveu Ă la mĂšre, ce qui permet dâesquiver les questions dâamour ou de vie de couple Dâabord je vais lui dire Maman Je ne veux plus dormir en pension Et puis je glisserai lentement Sur les ravages de la passion. 70Les procĂ©dĂ©s employĂ©s â orchestrations Ă base de piano et de guitare, usage de la premiĂšre personne, vocabulaire affectif, hyperboles â permettent une forme dâidentification de lâauditeur au personnage. Le texte du refrain, toutefois, reste imprĂ©gnĂ© des prĂ©jugĂ©s des annĂ©es 70, qui font de lâhomosexualitĂ© une maladie mentale et une source de culpabilitĂ© plutĂŽt quâun privilĂšge » Est-ce une maladie ordinaire Un garçon qui aime un garçon ? 71La tolĂ©rance quâaffiche Michel Sardou pour les individus marginaux qui vivent leur libertĂ© sexuelle est donc aussi grande que peut lâĂȘtre celle dâun homme qui revendique son appartenance Ă une droite catholique. Conclusion le succĂšs dâun Français rĂąleur 72Ă lâĂ©coute de lâensemble du rĂ©pertoire, les contradictions apparentes que Michel Sardou revendique souvent laissent apparaĂźtre une grande cohĂ©rence. MotivĂ©e par lâindividualisme forcenĂ© dâun homme qui sâest forgĂ© seul un destin de vedette, sa vision du monde manifeste une grande mĂ©fiance vis-Ă -vis de la sociĂ©tĂ© et de ses institutions, et une insatisfaction chronique Ă lâĂ©gard de la politique. Cet Ă©tat dâesprit, qui existe aussi chez des chanteurs de gauche, explique la violence de ses diatribes militantes. Ses opinions de droite sont moins fondĂ©es sur des options Ă©conomiques que sur des options morales sâil est tolĂ©rant envers la marginalitĂ©, il conserve une image de la femme et de la famille trĂšs rĂ©trograde, issue dâune Ă©ducation catholique. Joints Ă son pessimisme et Ă son angoisse du dĂ©clin, lâĂ©volution de la sociĂ©tĂ© en matiĂšre de mĆurs et la situation Ă©conomique lui fournissent nombre dâoccasions de crĂ©er des chansons en accord avec son goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©ploration. 73Bien sĂ»r, ces opinions nâexpliquent pas le succĂšs de Michel Sardou. Celui-ci sâappuie dâabord sur une voix et des prestations scĂ©niques trĂšs travaillĂ©es, dâune sobriĂ©tĂ© efficace. Sur des collaborateurs ensuite, quâil sâagisse de compositeurs et dâauteurs de grand talent â parmi lesquels Jacques Revaux, Pierre DelanoĂ«, Didier Barbelivien et Michel Fugain â, ou dâune multitude dâorchestrateurs qui permettent Ă lâartiste de renouveler son univers sonore. Sur des apparitions mĂ©diatiques rĂ©guliĂšres dans des Ă©missions consensuelles, enfin, qui lui assurent une grande visibilitĂ©, et lui permettent de tenter dâĂ©touffer dâĂ©ventuelles polĂ©miques. 74Mais, dans la chanson politique, on ne peut prĂȘcher quâĂ des convaincus, et si Michel Sardou sĂ©duit, câest parce quâil est en phase Ă la fois avec un public de droite et avec un autre plus dĂ©politisĂ© et dĂ©sillusionnĂ©. RĂąleurs et conservateurs, plus pessimistes pour la sociĂ©tĂ© que pour leur situation personnelle, constatant avec une relative bienveillance une Ă©volution des mĆurs Ă laquelle ils semblent peu participer, les personnes Ă qui sâadressent les chansons de Michel Sardou ressemblent fort Ă une image du Français moyen hĂ©ritĂ©e des annĂ©es 1970. Ils sont issus dâune France peuplĂ©e de blancs catholiques nâapprĂ©ciant des Ă©trangers, en particuliers des arabes, que leur caractĂšre exotique. Michel Sardou est leur seul porte-parole dans le domaine de la chanson française. Mais si lâartiste touche un public plus large, authentiquement populaire, câest parce quâil sait fĂ©dĂ©rer tous ceux â et ils sont nombreux depuis lâĂ©poque du France â qui conservent un attachement profond Ă leur pays et le dĂ©sir ambigu de se lamenter continuellement sur son dĂ©clin.
[Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă Pattaya[Couplet 1] Pattaya on arrive T'es pas prĂȘt, tu connais pas l'dĂ©lire Ă la citĂ© tout part Ă la dĂ©rive Tu ressens la sĂšre-mi sur la tĂȘte Ă Karim Changement de dĂ©cor, on se casse Ă l'aĂ©roport Vas-y prends seulement ton passeport On va fuck, on va fuck, on va fuck Ă peine arrivĂ© je veux plus rentrer Ă la maison J'parle français, anglais ou thaĂŻlandais c'est avec l'accent Tout est contrefaçon, on s'en bat les couilles 'toutes façons Loin de tous mes ennemis Tu peux pas comprendre car tu connais pas nos vies[Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă Pattaya[Couplet 2] Ouais ouais ouais on connaĂźt T'as ken un ladyboy on t'a cramĂ© Le dancefloor est rempli de BelvĂ©s Si t'es jaloux c'est peut-ĂȘtre que tu me remets BĂ©bĂ© j'suis le meilleur Tu trouveras pas mieux ailleurs Si tu me mets de mauvais humeur Je te plaque, je te plaque, je te plaque C'est le paradis des cailles-ra, 12 heures d'avion Rien Ă foutre j'ai les poches pleines de bahts Je dĂ©pense, j'suis le patron On se donne en spectacle T-Max noir mĂąte, pas d'plaque On s'dĂ©foule au centre de tirs Tu peux pas comprendre car tu connais pas nos vies[Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă Pattaya[Pont] + [Refrain] Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya
ACTE TROISIĂME ScĂšne I BARTHOLO, seul et dĂ©solĂ©. Quelle humeur ! quelle humeur ! Elle paraissait apaisĂ©e⊠LĂ , quâon me dise qui diable lui a fourrĂ© dans la tĂȘte de ne plus vouloir prendre leçon de don Basile ? Elle sait quâil se mĂȘle de mon mariage⊠On heurte Ă la porte. Faites tout au monde pour plaire aux femmes ; si vous omettez un seul petit point⊠je dis un seul⊠On heurte une seconde fois. Voyons qui câest. ScĂšne II BARTHOLO, LE COMTE, en bachelier. Le Comte. Que la paix et la joie habitent toujours cĂ©ans ! Bartholo, brusquement. Jamais souhait ne vint plus Ă propos. Que voulez-vous ? Le Comte. Monsieur, je suis Alonzo, bachelier, licencié⊠Bartholo. Je nâai pas besoin de prĂ©cepteur. Le Comte. ⊠ĂlĂšve de don Basile, organiste du grand couvent, qui a lâhonneur de montrer la musique Ă madame votre⊠Bartholo. Basile ! organiste ! qui a lâhonneur !⊠je le sais ! au fait. Le Comte. Ă part. Quel homme ! Haut. Un mal subit qui le force Ă garder le lit⊠Bartholo. Garder le lit ! Basile ! Il a bien fait dâenvoyer je vais le voir Ă lâinstant. Le Comte. Ă part. Oh ! diable ! Haut. Quand je dis le lit, monsieur, câest⊠la chambre que jâentends. Bartholo. Ne fĂ»t-il quâincommodĂ© ! Marchez devant, je vous suis. Le Comte, embarrassĂ©. Monsieur, jâĂ©tais chargé⊠Personne ne peut-il nous entendre ? Bartholo. Ă part. Câest quelque fripon. Haut. Eh ! non, monsieur le mystĂ©rieux ! parlez sans vous troubler, si vous pouvez. Le Comte. Ă part. Maudit vieillard ! Haut. Don Basile mâavait chargĂ© de vous apprendre⊠Bartholo. Parlez haut, je suis sourd dâune oreille. Le Comte, Ă©levant la voix. Ah ! volontiers⊠que le comte Almaviva, qui restait Ă la grande place⊠Bartholo, effrayĂ©. Parlez bas, parlez bas ! Le Comte, plus haut. ⊠En est dĂ©logĂ© ce matin. Comme câest par moi quâil a su que le comte Almaviva⊠Bartholo. Bas parlez bas, je vous prie. Le Comte, du mĂȘme ton. ⊠Ătait en cette ville, et que jâai dĂ©couvert que la signora Rosine lui a Ă©crit⊠Bartholo. Lui a Ă©crit ? Mon cher ami, parlez plus bas, je vous en conjure ! Tenez, asseyons-nous, et jasons dâamitiĂ©. Vous avez dĂ©couvert, dites-vous, que Rosine⊠Le Comte, fiĂšrement. AssurĂ©ment. Basile, inquiet pour vous de cette correspondance, mâavait priĂ© de vous montrer sa lettre ; mais la maniĂšre dont vous prenez les choses⊠Bartholo. Eh ! mon Dieu ! je les prends bien. Mais ne vous est-il donc pas possible de parler plus bas ? Le Comte. Vous ĂȘtes sourd dâune oreille, avez-vous dit. Bartholo. Pardon, pardon, seigneur Alonzo, si vous mâavez trouvĂ© mĂ©fiant et dur ; mais je suis tellement entourĂ© dâintrigants, de piĂ©ges⊠et puis votre tournure, votre Ăąge, votre air⊠Pardon, pardon. Eh bien ! vous avez la lettre ? Le Comte. Ă la bonne heure sur ce ton, monsieur. Mais je crains quâon ne soit aux Ă©coutes. Bartholo. Eh ! qui voulez-vous ? tous mes valets sur les dents ! Rosine enfermĂ©e de fureur ! Le diable est entrĂ© chez moi. Je vais mâassurer⊠Il va ouvrir doucement la porte de Rosine. Le Comte, Ă part. Je me suis enferrĂ© de dĂ©pit. Garder la lettre Ă prĂ©sent ! il faudra mâenfuir autant vaudrait nâĂȘtre pas venu⊠La lui montrer !⊠Si je puis en prĂ©venir Rosine, la montrer est un coup de maĂźtre. Bartholo revient sur la pointe du pied. Elle est assise auprĂšs de sa fenĂȘtre, le dos tournĂ© Ă la porte, occupĂ©e Ă relire une lettre de son cousin lâofficier, que jâavais dĂ©cachetĂ©e⊠Voyons donc la sienne. Le Comte lui remet la lettre de Rosine. La voici. Ă part. Câest ma lettre quâelle relit. Bartholo lit. Depuis que vous mâavez appris votre nom et votre Ă©tat. » Ah ! la perfide ! câest bien lĂ sa main. Le Comte, effrayĂ©. Parlez donc bas Ă votre tour. Bartholo. Quelle obligation, mon cher ! Le Comte. Quand tout sera fini, si vous croyez mâen devoir, vous serez le maĂźtre. DâaprĂšs un travail que fait actuellement don Basile avec un homme de loi⊠Bartholo. Avec un homme de loi ! pour mon mariage ? Le Comte. Vous aurais-je arrĂȘtĂ© sans cela ? Il mâa chargĂ© de vous dire que tout peut ĂȘtre prĂȘt pour demain. Alors, si elle rĂ©siste⊠Bartholo. Elle rĂ©sistera. Le Comte veut reprendre la lettre, Bartholo la serre. VoilĂ lâinstant oĂč je puis vous servir nous lui montrerons sa lettre ; et sâil le faut plus mystĂ©rieusement, jâirai jusquâĂ lui dire que je la tiens dâune femme Ă qui le comte lâa sacrifiĂ©e. Vous sentez que le trouble, la honte, le dĂ©pit, peuvent la porter sur-le-champ⊠Bartholo, riant. De la calomnie ! Mon cher ami, je vois bien maintenant que vous venez de la part de Basile ! Mais pour que ceci nâeĂ»t pas lâair concertĂ©, ne serait-il pas bon quâelle vous connĂ»t dâavance ? Le Comte rĂ©prime un grand mouvement de joie. CâĂ©tait assez lâavis de don Basile. Mais comment faire ? il est tard⊠au peu de temps qui reste⊠Bartholo. Je dirai que vous venez en sa place. Ne lui donnerez-vous pas bien une leçon ? Le Comte. Il nây a rien que je ne fasse pour vous plaire. Mais prenez garde que toutes ces histoires de maĂźtres supposĂ©s sont de vieilles finesses, des moyens de comĂ©die si elle va se douter⊠Bartholo. PrĂ©sentĂ© par moi ? Quelle apparence ? Vous avez plus lâair dâun amant dĂ©guisĂ© que dâun ami officieux. Le Comte. Oui ? Vous croyez donc que mon air peut aider Ă la tromperie ? Bartholo. Je le donne au plus fin Ă deviner. Elle est ce soir dâune humeur horrible. Mais quand elle ne ferait que vous voir⊠son clavecin est dans ce cabinet. Amusez-vous en lâattendant je vais faire lâimpossible pour lâamener. Le Comte. Gardez-vous bien de lui parler de la lettre ! Bartholo. Avant lâinstant dĂ©cisif ? Elle perdrait tout son effet. Il ne faut pas me dire deux fois les choses il ne faut pas me les dire deux fois. Il sâen va. ScĂšne III LE COMTE. Me voilĂ sauvĂ©. Ouf ! que ce diable dâhomme est rude Ă manier ! Figaro le connaĂźt bien. Je me voyais mentir ; cela me donnait un air plat et gauche, et il a des yeux !⊠Ma foi, sans lâinspiration subite de la lettre, il faut lâavouer, jâĂ©tais Ă©conduit comme un sot. Ă ciel ! on dispute lĂ -dedans. Si elle allait sâobstiner Ă ne pas venir ! Ăcoutons⊠Elle refuse de sortir de chez elle, et jâai perdu le fruit de ma ruse. Il retourne Ă©couter. La voici ; ne nous montrons pas dâabord. Il entre dans le cabinet. ScĂšne IV LE COMTE, ROSINE, BARTHOLO. Rosine, avec une colĂšre simulĂ©e. Tout ce que vous direz est inutile, monsieur, jâai pris mon parti ; je ne veux plus entendre parler de musique. Bartholo. Ăcoute donc, mon enfant ; câest le seigneur Alonzo, lâĂ©lĂšve et lâami de don Basile, choisi par lui pour ĂȘtre un de nos tĂ©moins. â La musique te calmera, je tâassure. Rosine. Oh ! pour cela, vous pouvez vous en dĂ©tacher si je chante ce soir !⊠OĂč donc est-il ce maĂźtre que vous craignez de renvoyer ? je vais, en deux mots, lui donner son compte, et celui de Basile. Elle aperçoit son amant elle fait un cri. Ah !⊠Bartholo. Quâavez-vous ? Rosine, les deux mains sur son cĆur, avec un grand trouble. Ah ! mon Dieu ! monsieur⊠Ah ! mon Dieu ! monsieur⊠Bartholo. Elle se trouve encore mal ! Seigneur Alonzo ! Rosine. Non, je ne me trouve pas mal⊠mais câest quâen me tournant⊠Ah !⊠Le Comte. Le pied vous a tournĂ©, madame ? Rosine. Ah ! oui, le pied mâa tournĂ©. Je me suis fait un mal horrible. Le Comte. Je mâen suis bien aperçu. Rosine, regardant le comte. Le coup mâa portĂ© au cĆur. Bartholo. Un siĂ©ge, un siĂ©ge. Et pas un fauteuil ici ! Il va le chercher. Le Comte. Ah ! Rosine ! Rosine. Quelle imprudence ! Le Comte. Jâai mille choses essentielles Ă vous dire. Rosine. Il ne nous quittera pas. Le Comte. Figaro va venir nous aider. Bartholo apporte un fauteuil. Tiens, mignonne, assieds-toi. â Il nây a pas dâapparence, bachelier, quâelle prenne de leçon ce soir ; ce sera pour un autre jour. Adieu. Rosine, au comte. Non, attendez ; ma douleur est un peu apaisĂ©e. Ă Bartholo. Je sens que jâai eu tort avec vous, monsieur je veux vous imiter, en rĂ©parant sur-le-champ⊠Bartholo. Oh ! le bon petit naturel de femme ! Mais aprĂšs une pareille Ă©motion, mon enfant, je ne souffrirai pas que tu fasses le moindre effort. Adieu, adieu, bachelier. Rosine, au comte. Un moment, de grĂące ! Ă Bartholo. Je croirai, monsieur, que vous nâaimez pas Ă mâobliger, si vous mâempĂȘchez de vous prouver mes regrets en prenant ma leçon. Le Comte, Ă part, Ă Bartholo. Ne la contrariez pas, si vous mâen croyez. Bartholo. VoilĂ qui est fini, mon amoureuse. Je suis si loin de chercher Ă te dĂ©plaire, que je veux rester lĂ tout le temps que tu vas Ă©tudier. Rosine. Non, monsieur ; je sais que la musique nâa nul attrait pour vous. Bartholo. Je tâassure que ce soir elle mâenchantera. Rosine, au comte, Ă part. Je suis au supplice. Le Comte, prenant un papier de musique sur le pupitre. Est-ce lĂ ce que vous voulez chanter, madame ? Rosine. Oui, câest un morceau trĂšs agrĂ©able de la PrĂ©caution inutile. Bartholo. Toujours la PrĂ©caution inutile ? Le Comte. Câest ce quâil y a de plus nouveau aujourdâhui. Câest une image du printemps, dâun genre assez vif. Si madame veut lâessayer⊠Rosine, regardant le comte. Avec grand plaisir un tableau du printemps me ravit ; câest la jeunesse de la nature. Au sortir de lâhiver, il semble que le cĆur acquiĂšre un plus haut degrĂ© de sensibilitĂ© comme un esclave enfermĂ© depuis longtemps goĂ»te, avec plus de plaisir, le charme de la libertĂ© qui vient de lui ĂȘtre offerte. Bartholo, bas au comte. Toujours des idĂ©es romanesques en tĂȘte. Le Comte, bas. En sentez-vous lâapplication ? Bartholo. Parbleu ! Il va sâasseoir dans le fauteuil quâa occupĂ© Rosine. Rosine, chante[1]. Quand dans la plaine Lâamour ramĂšne Le printemps, Si chĂ©ri des amants Tout reprend lâĂȘtre, Son feu pĂ©nĂštre Dans les fleurs Et dans les jeunes cĆurs. On voit les troupeaux Sortir des hameaux ; Dans tous les coteaux, Les cris des agneaux Retentissent ; Ils bondissent ; Tout fermente, Tout augmente ; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent ; Les chiens fidĂšles Veillent sur elles ; Mais Lindor, enflammĂ©, Ne songe guĂšre Quâau bonheur dâĂȘtre aimĂ© De sa bergĂšre. MĂȘme air Loin de sa mĂšre, Cette bergĂšre Va chantant OĂč son amant lâattend. Par cette ruse, Lâamour lâabuse ; Mais chanter Sauve-t-il du danger ? Les doux chalumeaux, Les chants des oiseaux, Ses charmes naissants, Ses quinze ou seize ans, Tout lâexcite, Tout lâagite ; La pauvrette SâinquiĂšte ; De sa retraite, Lindor la guette ; Elle sâavance, Lindor sâĂ©lance, Il vient de lâembrasser Elle, bien aise, Feint de se courroucer, Pour quâon lâapaise. Petite reprise. Les soupirs, Les soins, les promesses, Les vives tendresses, Les plaisirs, Le fin badinage, Sont mis en usage ; Et bientĂŽt la bergĂšre Ne sent plus de colĂšre. Si quelque jaloux Trouble un bien si doux, Nos amants dâaccord Ont un soin extrĂȘme⊠⊠De voiler leur transport ; Mais quand on sâaime, La gĂȘne ajoute encor Au plaisir mĂȘme. En lâĂ©coutant, Bartholo sâest assoupi. Le comte, pendant la petite reprise, se hasarde Ă prendre une main, quâil couvre de baisers. LâĂ©motion ralentit le chant de Rosine, lâaffaiblit, et finit mĂȘme par lui couper la voix au milieu de la cadence, au mot extrĂȘme. Lâorchestre suit les mouvements de la chanteuse, affaiblit son jeu, et se tait avec elle. Lâabsence du bruit, qui avait endormi Bartholo, le rĂ©veille. Le comte se relĂšve, Rosine et lâorchestre reprennent subitement la suite de lâair. Si la petite reprise se rĂ©pĂšte, le mĂȘme jeu recommence. Le Comte. En vĂ©ritĂ©, câest un morceau charmant, et madame lâexĂ©cute avec une intelligence⊠Rosine. Vous me flattez, seigneur ; la gloire est tout entiĂšre au maĂźtre. Bartholo, bĂąillant. Moi, je crois que jâai un peu dormi pendant le morceau charmant. Jâai mes malades. Je vas, je viens, je toupille ; et sitĂŽt que je mâassieds, mes pauvres jambes ! Il se lĂšve et pousse le fauteuil. Rosine, bas, au comte. Figaro ne vient pas ! Le Comte. Filons le temps. Bartholo. Mais, bachelier, je lâai dĂ©jĂ dit Ă ce vieux Basile est-ce quâil nây aurait pas moyen de lui faire Ă©tudier des choses plus gaies que toutes ces grandes aria, qui vont en haut, en bas, en roulant, hi, ho, a, a, a, a, et qui me semblent autant dâenterrements ? LĂ , de ces petits airs quâon chantait dans ma jeunesse, et que chacun retenait facilement ? Jâen savais autrefois⊠Par exemple⊠Pendant la ritournelle, il cherche en se grattant la tĂȘte, et chante en faisant claquer ses pouces, et dansant des genoux comme les vieillards. Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris ?⊠Au comte, en riant. Il y a Fanchonnette dans la chanson ; mais jây ai substituĂ© Rosinette pour la lui rendre plus agrĂ©able et la faire cadrer aux circonstances. Ah ! ah ! ah ! ah ! Fort bien ! pas vrai ? Le Comte, riant. Ah ! ah ! ah ! Oui, tout au mieux. ScĂšne V FIGARO, dans le fond ; ROSINE, BARTHOLO, LE COMTE. Bartholo, chante. Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris ? Je ne suis point Tircis ; Mais la nuit, dans lâombre, Je vaux encor mon prix ; Et quand il fait sombre, Les plus beaux chats sont gris. Il rĂ©pĂšte la reprise en dansant. Figaro, derriĂšre lui, imite ses mouvements. Je ne suis point Tircis. Apercevant Figaro. Ah ! entrez, monsieur le barbier ; avancez vous ĂȘtes charmant ! Figaro salue. Monsieur, il est vrai que ma mĂšre me lâa dit autrefois ; mais je suis un peu dĂ©formĂ© depuis ce temps-lĂ . Ă part, au comte. Bravo ! monseigneur. Pendant toute cette scĂšne, le comte fait ce quâil peut pour parler Ă Rosine ; mais lâĆil inquiet et vigilant du tuteur lâen empĂȘche toujours, ce qui forme un jeu muet de tous les acteurs Ă©trangers au dĂ©bat du docteur et de Figaro. Bartholo. Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison ? Figaro. Monsieur, il nâest pas tous les jours fĂȘte ; mais, sans compter les soins quotidiens, monsieur a pu voir que, lorsquâils en ont besoin, mon zĂšle nâattend pas quâon lui commande⊠Bartholo. Votre zĂšle nâattend pas ! Que direz-vous, monsieur le zĂ©lĂ©, Ă ce malheureux qui bĂąille et dort tout Ă©veillĂ© ? et Ă lâautre qui, depuis trois heures, Ă©ternue Ă se faire sauter le crĂąne et jaillir la cervelle ! que leur direz-vous ? Figaro. Ce que je leur dirai ? Bartholo. Oui ! Figaro. Je leur dirai⊠Eh ! parbleu, je dirai Ă celui qui Ă©ternue, Dieu vous bĂ©nisse ; et Va te coucher Ă celui qui bĂąille. Ce nâest pas cela, monsieur, qui grossira le mĂ©moire. Bartholo. Vraiment non ; mais câest la saignĂ©e et les mĂ©dicaments qui le grossiraient, si je voulais y entendre. Est-ce par zĂšle aussi que vous avez empaquetĂ© les yeux de ma mule ? et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue ? Figaro. Sâil ne lui rend pas la vue, ce nâest pas cela non plus qui lâempĂȘchera dây voir. Bartholo. Que je le trouve sur le mĂ©moire !⊠On nâest pas de cette extravagance-lĂ . Figaro. Ma foi ! monsieur, les hommes nâayant guĂšre Ă choisir quâentre la sottise et la folie, oĂč je ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir ; et vive la joie ! Qui sait si le monde durera encore trois semaines ? Bartholo. Vous feriez bien mieux, monsieur le raisonneur, de me payer mes cent Ă©cus et les intĂ©rĂȘts sans lanterner je vous en avertis. Figaro. Doutez-vous de ma probitĂ©, monsieur ? Vos cent Ă©cus ! jâaimerais mieux vous les devoir toute ma vie que de les nier un seul instant. Bartholo. Et dites-moi un peu comment la petite Figaro a trouvĂ© les bonbons que vous lui avez portĂ©s ? Figaro. Quels bonbons ? que voulez-vous dire ? Bartholo. Oui, ces bonbons, dans ce cornet fait avec cette feuille de papier Ă lettre, ce matin. Figaro. Diable emporte si⊠Rosine, lâinterrompant. Avez-vous eu soin au moins de les lui donner de ma part, monsieur Figaro ? Je vous lâavais recommandĂ©. Figaro. Ah, ah ! les bonbons de ce matin ? Que je suis bĂȘte, moi ! jâavais perdu tout cela de vue⊠Oh ! excellents, madame ! admirables ! Bartholo. Excellents ! admirables ! Oui, sans doute, monsieur le barbier, revenez sur vos pas ! Vous faites lĂ un joli mĂ©tier, monsieur ! Figaro. Quâest-ce quâil a donc, monsieur ? Bartholo. Et qui vous fera une belle rĂ©putation, monsieur ! Figaro. Je la soutiendrai, monsieur. Bartholo. Dites que vous la supporterez, monsieur. Figaro. Comme il vous plaira, monsieur. Bartholo. Vous le prenez bien haut, monsieur ! Sachez que quand je dispute avec un fat, je ne lui cĂšde jamais. Figaro lui tourne le dos. Nous diffĂ©rons en cela, monsieur ; moi, je lui cĂšde toujours. Bartholo. Hein ? quâest-ce quâil dit donc, bachelier ? Figaro. Câest que vous croyez avoir affaire Ă quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir ? Apprenez, monsieur, que jâai travaillĂ© de la plume Ă Madrid, et que, sans les envieux⊠Bartholo. Eh ! que nây restiez-vous, sans venir ici changer de profession ? Figaro. On fait comme on peut mettez-vous Ă ma place. Bartholo. Me mettre Ă votre place ! Ah ! parbleu, je dirais de belles sottises ! Figaro. Monsieur, vous ne commencez pas trop mal ; je mâen rapporte Ă votre confrĂšre qui est lĂ rĂȘvassant⊠Le Comte, revenant Ă lui. Je⊠je ne suis pas le confrĂšre de monsieur. Figaro. Non ? Vous voyant ici Ă consulter, jâai pensĂ© que vous poursuiviez le mĂȘme objet. Bartholo, en colĂšre. Enfin, quel sujet vous amĂšne ? Y a-t-il quelque lettre Ă remettre encore ce soir Ă madame ? Parlez, faut-il que je me retire ? Figaro. Comme vous rudoyez le pauvre monde ! Eh ! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilĂ tout nâest-ce pas aujourdâhui votre jour ? Bartholo. Vous reviendrez tantĂŽt. Figaro. Ah ! oui, revenir ! Toute la garnison prend mĂ©decine demain matin, jâen ai obtenu lâentreprise par mes protections. Jugez donc comme jâai du temps Ă perdre ! Monsieur passe-t-il chez lui ? Bartholo. Non, monsieur ne passe point chez lui. Eh ! mais⊠qui empĂȘche quâon ne me rase ici ? Rosine, avec dĂ©dain. Vous ĂȘtes honnĂȘte ! Et pourquoi pas dans mon appartement ? Bartholo. Tu te fĂąches ? Pardon, mon enfant, tu vas achever de prendre ta leçon ; câest pour ne pas perdre un instant le plaisir de tâentendre. Figaro, bas au comte. On ne le tirera pas dâici. Haut. Allons, lâĂveillĂ© ? la Jeunesse ? le bassin, de lâeau, tout ce quâil faut Ă monsieur ! Bartholo. Sans doute, appelez-les ! FatiguĂ©s, harassĂ©s, moulus de votre façon, nâa-t-il pas fallu les faire coucher ? Figaro. Eh bien ! jâirai tout chercher. Nâest-ce pas dans votre chambre ? Bas au comte. Je vais lâattirer dehors. Bartholo dĂ©tache son trousseau de clefs, et dit par rĂ©flexion Non, non, jây vais moi-mĂȘme. Bas au comte, en sâen allant. Ayez les yeux sur eux, je vous prie. ScĂšne VI FIGARO, LE COMTE, ROSINE. Figaro. Ah ! que nous lâavons manquĂ© belle ! il allait me donner le trousseau. La clef de la jalousie nây est-elle pas ? Rosine. Câest la plus neuve de toutes. ScĂšne VII BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE, ROSINE. Bartholo, revenant. Ă part. Bon ! je ne sais ce que je fais, de laisser ici ce maudit barbier. Ă Figaro. Tenez. Il lui donne le trousseau. Dans mon cabinet, sous mon bureau ; mais ne touchez Ă rien. Figaro. La peste ! il y ferait bon, mĂ©fiant comme vous ĂȘtes ! Ă part, en sâen allant. Voyez comme le ciel protĂšge lâinnocence ! ScĂšne VIII BARTHOLO, LE COMTE, ROSINE. Bartholo, bas au comte. Câest le drĂŽle qui a portĂ© la lettre au comte. Le Comte, bas. Il mâa lâair dâun fripon. Bartholo. Il ne mâattrapera plus. Le Comte. Je crois quâĂ cet Ă©gard le plus fort est fait. Bartholo. Tout considĂ©rĂ©, jâai pensĂ© quâil Ă©tait plus prudent de lâenvoyer dans ma chambre que de le laisser avec elle. Le Comte. ils nâauraient pas dit un mot que je nâeusse Ă©tĂ© en tiers. Rosine. Il est bien poli, messieurs, de parler bas sans cesse. Et ma leçon ? Ici lâon entend un bruit, comme de la vaisselle renversĂ©e. Bartholo, criant. Quâest-ce que jâentends donc ? Le cruel barbier aura tout laissĂ© tomber dans lâescalier, et les plus belles piĂšces de mon nĂ©cessaire !⊠Il court dehors. ScĂšne IX LE COMTE, ROSINE. Le Comte. Profitons du moment que lâintelligence de Figaro nous mĂ©nage. Accordez-moi, ce soir, je vous en conjure, madame, un moment dâentretien indispensable pour vous soustraire Ă lâesclavage oĂč vous alliez tomber. Rosine. Ah ! Lindor ! Le Comte. Je puis monter Ă votre jalousie ; et quant Ă la lettre que jâai reçue de vous ce matin, je me suis vu forcé⊠ScĂšne X ROSINE, BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE. Bartholo. Je ne mâĂ©tais pas trompĂ© ; tout est brisĂ©, fracassĂ©. Figaro. Voyez le grand malheur pour tant de train ! On ne voit goutte sur lâescalier. Il montre la clef au comte. Moi, en montant, jâai accrochĂ© une clef⊠Bartholo. On prend garde Ă ce quâon fait. Accrocher une clef ! Lâhabile homme ! Figaro. Ma foi, monsieur, cherchez-en un plus subtil. ScĂšne XI Les acteurs prĂ©cĂ©dents, don BASILE. Rosine, effrayĂ©e, Ă part. Don Basile !⊠Le Comte, Ă part. Juste ciel ! Figaro, Ă part. Câest le diable ! Bartholo va au-devant de lui. Ah ! Basile, mon ami, soyez le bien rĂ©tabli. Votre accident nâa donc point eu de suites ? En vĂ©ritĂ©, le seigneur Alonzo mâavait fort effrayĂ© sur votre Ă©tat ; demandez-lui, je partais pour vous aller voir, et sâil ne mâavait point retenu⊠Basile, Ă©tonnĂ©. Le seigneur Alonzo ? Figaro frappe du pied. Eh quoi ! toujours des accrocs ? Deux heures pour une mĂ©chante barbe⊠Chienne de pratique ! Basile, regardant tout le monde. Me ferez-vous bien le plaisir de me dire, messieurs⊠? Figaro. Vous lui parlerez quand je serai parti. Basile. Mais encore faudrait-il⊠Le Comte. Il faudrait vous taire, Basile. Croyez-vous apprendre Ă monsieur quelque chose quâil ignore ? Je lui ai racontĂ© que vous mâaviez chargĂ© de venir donner une leçon de musique Ă votre place. Basile, plus Ă©tonnĂ©. La leçon de musique !⊠Alonzo !⊠Rosine, Ă part, Ă Basile. Eh ! taisez-vous. Basile. Elle aussi ! Le Comte, bas Ă Bartholo. Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus. Bartholo, Ă Basile, Ă part. Nâallez pas nous dĂ©mentir, Basile, en disant quâil nâest pas votre Ă©lĂšve, vous gĂąteriez tout. Basile. Ah ! ah ! Bartholo, haut. En vĂ©ritĂ©, Basile, on nâa pas plus de talent que votre Ă©lĂšve. Basile, stupĂ©fait. Que mon Ă©lĂšve !⊠Bas. Je venais pour vous dire que le comte est dĂ©mĂ©nagĂ©. Bartholo, bas. Je le sais, taisez-vous. Basile, bas. Qui vous lâa dit ? Bartholo, bas. Lui, apparemment ! Le Comte, bas. Moi, sans doute Ă©coutez seulement. Rosine, bas Ă Basile. Est-il si difficile de vous taire ? Figaro, bas, Ă Basile. Hum ! Grand escogriffe ! Il est sourd ! Basile, Ă part. Qui diable est-ce donc quâon trompe ici ? Tout le monde est dans le secret ! Bartholo, haut. Eh bien, Basile, votre homme de loi ?⊠Figaro. Vous avez toute la soirĂ©e pour parler de lâhomme de loi. Bartholo, Ă Basile. Un mot dites-moi seulement si vous ĂȘtes content de lâhomme de loi ? Basile, effarĂ©. De lâhomme de loi ? Le Comte, souriant. Vous ne lâavez pas vu, lâhomme de loi ? Basile, impatientĂ©. Eh ! non, je ne lâai pas vu, lâhomme de loi. Le Comte, Ă Bartholo, Ă part. Voulez-vous donc quâil sâexplique ici devant elle ? Renvoyez-le. Bartholo, bas au comte. Vous avez raison. Ă Basile. Mais quel mal vous a donc pris si subitement ? Basile, en colĂšre. Je ne vous entends pas. Le Comte lui met Ă part une bourse dans la main. Oui, monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans lâĂ©tat dâindisposition oĂč vous ĂȘtes ? Figaro. Il est pĂąle comme un mort ! Basile. Ah ! je comprends⊠Le Comte. Allez vous coucher, mon cher Basile vous nâĂȘtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez vous coucher. Figaro. Il a la physionomie toute renversĂ©e. Allez vous coucher. Bartholo. Dâhonneur, il sent la fiĂšvre dâune lieue. Allez vous coucher. Rosine. Pourquoi ĂȘtes-vous donc sorti ? On dit que cela se gagne. Allez vous coucher. Basile, au dernier Ă©tonnement. Que jâaille me coucher ! Tous les acteurs ensemble. Eh ! sans doute. Basile, les regardant tous. En effet, messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer ; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire. Bartholo. Ă demain, toujours, si vous ĂȘtes mieux. Le Comte. Basile, je serai chez vous de trĂšs bonne heure. Figaro. Croyez-moi, tenez-vous bien chaudement dans votre lit. Rosine. Bonsoir, monsieur Basile. Basile, Ă part. Diable emporte si jây comprends rien ! et, sans cette bourse⊠Tous. Bonsoir, Basile, bonsoir. Basile, en sâen allant. Eh bien ! bonsoir donc, bonsoir. Ils lâaccompagnent tous en riant. ScĂšne XII Les acteurs prĂ©cĂ©dents, exceptĂ© BASILE. Bartholo, dâun ton important. Cet homme-lĂ nâest pas bien du tout. Rosine. Il a les yeux Ă©garĂ©s. Le Comte. Le grand air lâaura saisi. Figaro. Avez-vous vu comme il parlait tout seul ? Ce que câest que de nous ! Ă Bartholo. Ah çà , vous dĂ©cidez-vous, cette fois ? Il lui pousse un fauteuil trĂšs loin du comte, et lui prĂ©sente le linge. Le Comte. Avant de finir, madame, je dois vous dire un mot essentiel au progrĂšs de lâart que jâai lâhonneur de vous enseigner. Il sâapproche, et lui parle bas Ă lâoreille. Bartholo, Ă Figaro. Eh mais ! il semble que vous le fassiez exprĂšs de vous approcher, et de vous mettre devant moi pour mâempĂȘcher de voir⊠Le Comte, bas Ă Rosine. Nous avons la clef de la jalousie, et nous serons ici Ă minuit. Figaro passe le linge au cou de Bartholo. Quoi voir ? Si câĂ©tait une leçon de danse, on vous passerait dây regarder ; mais du chant !⊠ahi, ahi ! Bartholo. Quâest-ce que câest ? Figaro. Je ne sais ce qui mâest entrĂ© dans lâĆil. Il rapproche sa tĂȘte. Bartholo. Ne frottez donc pas ! Figaro. Câest le gauche. Voudriez-vous me faire le plaisir dây souffler un peu fort ? Bartholo prend la tĂȘte de Figaro, regarde par-dessus, le pousse violemment, et va derriĂšre les amants Ă©couter leur conversation. Le Comte, bas Ă Rosine. Et quant Ă votre lettre, je me suis trouvĂ© tantĂŽt dans un tel embarras pour rester ici⊠Figaro, de loin, pour avertir. Hem ! hem !⊠Le Comte. DĂ©solĂ© de voir encore mon dĂ©guisement inutile⊠Bartholo, passant entre eux deux. Votre dĂ©guisement inutile ! Rosine, effrayĂ©e. Ah !⊠Bartholo. Fort bien, madame, ne vous gĂȘnez pas. Comment ! sous mes yeux mĂȘmes, en ma prĂ©sence, on mâose outrager de la sorte ! Le Comte. Quâavez-vous donc, seigneur ? Bartholo. Perfide Alonzo ! Le Comte. Seigneur Bartholo, si vous avez souvent des lubies comme celle dont le hasard me rend tĂ©moin, je ne suis plus Ă©tonnĂ© de lâĂ©loignement que mademoiselle a pour devenir votre femme. Rosine. Sa femme ! moi ! passer mes jours auprĂšs dâun vieux jaloux qui, pour tout bonheur, offre Ă ma jeunesse un esclavage abominable ! Bartholo. Ah ! quâest-ce que jâentends ? Rosine. Oui, je le dis tout haut je donnerai mon cĆur et ma main Ă celui qui pourra mâarracher de cette horrible prison, oĂč ma personne et mon bien sont retenus contre toute justice. Rosine sort. ScĂšne XIII BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE. Bartholo. La colĂšre me suffoque. Le Comte. En effet, seigneur, il est difficile quâune jeune femme⊠Figaro. Oui, une jeune femme, et un grand Ăąge, voilĂ ce qui trouble la tĂȘte dâun vieillard. Bartholo. Comment ! lorsque je les prends sur le fait ! Maudit barbier ! il me prend des envies⊠Figaro. Je me retire, il est fou. Le Comte. Et moi aussi ; dâhonneur, il est fou. Figaro. Il est fou, il est fou⊠Ils sortent. ScĂšne XIV BARTHOLO, seul, les poursuit. Je suis fou ! InfĂąmes suborneurs ! Ă©missaires du diable, dont vous faites ici lâoffice, et qui puisse vous emporter tous⊠Je suis fou !⊠Je les ai vus comme je vois ce pupitre⊠et me soutenir effrontĂ©ment !⊠Ah ! il nây a que Basile qui puisse mâexpliquer ceci. Oui, envoyons-le chercher. HolĂ ! quelquâun⊠Ah ! jâoublie que je nâai personne⊠Un voisin, le premier venu, nâimporte. Il y a de quoi perdre lâesprit ! il y a de quoi perdre lâesprit ! Pendant lâentrâacte, le théùtre sâobscurcit on entend un bruit dâorage exĂ©cutĂ© par lâorchestre. â Cette ariette, dans le goĂ»t espagnol, fut chantĂ©e le premier jour Ă Paris, malgrĂ© les huĂ©es, les rumeurs et le train usitĂ©s au parterre en ces jours de crise et de combat. La timiditĂ© de lâactrice lâa depuis empĂȘchĂ©e dâoser la redire, et les jeunes rigoristes du théùtre lâont fort louĂ©e de cette rĂ©ticence. Mais si la dignitĂ© de la ComĂ©die-Française y a gagnĂ© quelque chose, il faut convenir que le Barbier de SĂ©ville y a beaucoup perdu. Câest pourquoi, sur les théùtres oĂč quelque peu de musique ne tirera pas tant Ă consĂ©quence, nous invitons tous directeurs Ă la restituer, tous acteurs Ă la chanter, tous spectateurs Ă lâĂ©couter, et tous critiques Ă nous la pardonner, en faveur du genre de la piĂšce et du plaisir que leur fera le morceau.
allez on part on met les voiles chanson