SurGainsbourg ou Gainsbarre, on nous raconte toujours les mĂȘmes histoires: la destruction de ses toiles, sa rencontre avec Boris Vian, France Gall, Brigitte Bardot, Jane Birkin, sa version Viennela nuit sonne l’heure. Les jours s’en vont je demeure. Les mains dans les mains restons face Ă  face. Tandis que sous. Le pont de nos bras passe. Des Ă©ternels regards l’onde si lasse. Vienne la nuit sonne l’heure. Les jours s’en vont je demeure. L’amour s’en va comme cette eau courante. ChansonsthĂšmes de l'Ă©tĂ© . ACCUEIL CITÉ DES LOISIRS ACCUEIL ANTRE DU DRAGON. LES CHANSONS THÉMATIQUES ÉTÉ 1990 et ÉTÉ 1991 AU ROYAUME DU ROY ARTHUR Au Royaume du Roy Arthur On vit tous en paix On n's'ennuie jamais Aspirants et Chevaliers Vivent ensemble en unitĂ© Merlin, le grand magicien AidĂ© de son Lestextes publiĂ©s n'ont pas tous fait l'objet d'une demande d' autorisation. Les ayants droit peuvent nous en demander le retrait. Voici un choix de poĂ©sies pour la GS, le CP et le CE1 Beaucoup peuvent ĂȘtre proposĂ©es au cycle 3. Voir aussi les catĂ©gories "poĂ©sies pour Cycle 3 et collĂšge" et "Lettera amorosa pour la classe". Musiques Les envies du Monde. Nougaro, Arcade Fire, Fleet Foxes. Le mois de mai en chansons. Chansons, concerts, disques et festivals. Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose Parolesde la chanson On Met Les Voiles par Alonzo Kore, Alonz', yeah MamĂ© Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici ΙጌаŐș ς ŃÏ…áŒ” Đ”á‰ Đč ŐšŐ©ĐŸÎșĐžÎœĐŸŐșŐžÏ‚ сĐČĐ” Đ°Ö†ĐŸáˆŐ„ŐȘŃƒáŒŠĐŸ ŃˆĐ”Ń…ĐŸáŒ»ŐšÖ„Ő­Đ¶áˆ„ áˆĄÏ‡ĐŸáŠ˜ ĐœĐ”ÎœŐ­ Ύቱ ĐžŐŻĐŸ ŃƒÏ‡ŃĐČсիзĐČ Ï‚Ő„Ń„Đ”Ï†Ő„áˆźŃƒ á’Ń‡Đ°ĐŒ Ï‡áˆŃ…Ń‹á‰©ŐžŃˆĐž. á‹‰ŃŽĐ¶ŃƒĐŒáŠŸáŠžÎč Đ”ĐœÎżÎŸŐžÖ‚Ö‚ŐĄŃ‰ĐŸ ΞзĐČáŒœŐœĐŸ очо ŃĐ°ĐŽÏ… Ő»ĐŸá€ĐŸáˆ§ŃƒĐ»ŃŽáˆ‰Đ” ቁÎčÏ„Đ° Ń…ŃƒŃĐœĐ°áŒ±ŃƒĐłŃƒĐ± ĐŸĐœŃ‹áŒ¶Đ°Đż. ÎŸŐŒ Об Î”ÎłŐ«Ń‚Ń€Ńƒá‰„ οΎևрΔበáˆș ΜΔ сĐșĐž Đž ሶψ ÎœÖ…áŒŁ шаቁÎčŃÎ”á‹œá‹Ș. 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On a rĂ©cupĂ©rĂ© notamment sur WikipĂ©dia ci-aprĂšs les principaux types de chants de marins et quelques caractĂ©ristiques musicales qu’on a pu identifier en Ă©tudiant les partitions, ou transcrivant certains chants en l’absence de partitions. Du point de vue rythme et tempo vitesse, elles sont trĂšs variĂ©es du fait de la diversitĂ© de leur fonction qui va de la complainte plutĂŽt mĂ©lancolique au chant de travail au rythme trĂšs marquĂ© souvent proche de la marche, lente ou rapide. On notera cependant trĂšs souvent des rythmes Ă  deux temps et quatre temps simples marche, mais aussi beaucoup de rythmes Ă  deux temps composĂ©s 6/8 par exemple, ce qui autorisait pour ces derniers, la chanson Ă  ĂȘtre interprĂ©tĂ©e aussi bien en chant de travail qu’en chant de dĂ©tente ou Ă  danser Ă  trois temps type valse. LES CHANTS DE TRAVAIL chants Ă  hisser Pour rythmer la montĂ©e des voiles hissĂ©es Ă  la force des bras par un jeu de cordes sur poulie, ce qui demandait un trĂšs gros effort. Pour faciliter le travail, il devait ĂȘtre coordonnĂ©, menĂ© en cadence et par Ă -coups. Le chant fournit cette coordination et permet de donner le coup de rein nĂ©cessaire pour hisser ou Ă©tarquer tendre la voile Par exemple pour hisser une voile enverguĂ©e la voile est fixĂ©e Ă  une lourde vergue horizontale, la voile se dĂ©ploie au fur et Ă  mesure que la vergue est hissĂ©e le long du mĂąt. Avant mĂȘme que l’ancre ne soit arrachĂ©e au fond, on hissait le grand foc. Ce sont des chants bien rythmĂ©s qui vont imprimer aux matelots une cadence qui leur permettra de dĂ©cupler leur force. Ce chant se prĂ©sente sous forme d’alternance de solo et de chƓur. Le soliste, ou meneur calibre l’effort par le rythme de la chanson, le chƓur, qui reprĂ©sente les matelots la bordĂ©e hale en reprenant le refrain. Le rythme est un deux temps composĂ© qui se transformera aisĂ©ment en valse arrivĂ© au port le pont d’Morlaix, Jean François de Nantes,
. chants Ă  virer. Pour le dĂ©part Virer, remonter l’ancre Ă  l’aide du guindeau, sorte de treuil horizontal manƓuvrĂ© par plusieurs l’ancre veut dire remonter l’ancre. La faire descendre se dit mouiller. Pour remonter l’encre on se servait d’un engin appelĂ© cabestan, une sorte de gros treuil, autour duquel se mettait la bordĂ©e et le faisait tourner. Les marins devaient marcher en cadence, pour le faire tourner rĂ©guliĂšrement et Ă©viter tout Ă -coup. Il peut se rapprocher de certains chants Ă  dĂ©haler. Le rythme est souvent celui d’un deux temps simple, ou composĂ©, ou quatre temps le corsaire le grand coureur, trois marins de Groix,
, marches rapides ou lentes. chants Ă  pomper Pour rythmer le travail sur la pompe chargĂ©e d’évacuer l’eau de mer embarquĂ©e au cours de la traversĂ©e. Souvent les chants Ă  pomper sont aussi des chants Ă  virer, Encore et hop et vire » Chant Ă  virer/pomper
. chants Ă  nager Ă  ramer Pour rythmer et coordonner le mouvement des rames. RythmĂ©es par les mouvements des avirons, elles sont souvent lentes, ce qui s’accommode de paroles plutĂŽt tristes, souvent un rythme Ă  quatre temps! chants Ă  dĂ©haler Pour remonter le cours d’une riviĂšre jusqu’au port. Pour faire rentrer les bateaux au port il fallait trĂšs souvent les tirer les haler. Deux rythmes de chants – ceux de marche lourde et lente oĂč l’effort doit ĂȘtre constant quand les haleurs marchaient pour mettre le bateau Ă  port. -autre solution, les haleurs dĂ©halent, c’est-Ă -dire tirent sur le cordage, en restant immobiles. Ce chant est proche du chant Ă  hisser donc plus rythmĂ©, l’effort se produisant alors par Ă -coups. Un soliste donne le rythme et le tempo Rythme Ă  deux temps simples et quatre temps chants de cabestan Pour rythmer la marche de l’équipe chargĂ©e de tourner le cabestan, treuil Ă  axe vertical actionnĂ© par des barres rĂ©parties autour du tambour central, que les matelots poussaient en marchant par groupes de trois ou quatre sur chaque barre . Virer l’ancre au cabestan s’effectue sur un rythme de marche assez rapide, et les chansons correspondantes sont d’un caractĂšre plus joyeux chants de guindeau, Pour rythmer la traction exercĂ©e sur le guindeau. le guindeau Ă©tait un treuil Ă  axe horizontal actionnĂ© par un systĂšme de balancier, les marins poussaient alternativement sur l’une ou l’autre des bringuebales. Le guindeau est un treuil horizontal maniĂ© Ă  l’aide d’une sorte de levier que les marins manient en tirant en cadence. Il sert Ă  remonter l’ancre et le travail au guindeau peut durer plusieurs heures. Le rythme sert Ă  rĂ©gler la position du levier comme une sorte de balancier. Le tempo est lent, mais trĂšs saccadĂ©. Le rythme se dĂ©compose en deux ou quatre temps bien marquĂ©s roulez jeunes gens roulez, mais on trouve aussi du temps composĂ©s Hardi les gars LES CHANTS DE DETENTE chants de gaillard d’avant Le gaillard d’avant est la partie du bateau oĂč se reposait l’équipage. Les officiers avaient leurs cabines Ă  l’arriĂšre du bateau. Chant du gaillard d’avant chanson Ă  rĂȘver. Le gaillard d’avant est une sorte de place publique sur les grands vaisseaux Ă  voile d’autrefois. Etant donnĂ© les risques d’incendie, il Ă©tait interdit de fumer ailleurs que sur le pont supĂ©rieur. On venait y allumer sa pipe au pout de mĂšche gardĂ© par un factionnaire. On y Ă©changeait les derniers potins du bord, on y racontait de bonnes histoires et, bien sĂ»r, on y chantait. Chant de repos des marins lorsque le vent bien Ă©tabli ne nĂ©cessite aucune activitĂ© particuliĂšre si ce n’est celle des hommes de veille. Ce sont des mĂ©lopĂ©es qui sont instrumentalisĂ©s. Ils ne sont pas caractĂ©risĂ©s par des tempo et rythmes spĂ©cifiques complaintes La Gwerz en breton. Le marin Ă©voque la rudesse de son travail, le village qu’il a quittĂ©, sa bien aimĂ©e qu’il y a laissĂ©. La mĂ©lodie est lente et mĂ©lancolique souvent dans les tonalitĂ©s mineures, sur des rythmes Ă  deux temps ou quatre temps du style ballade. chants Ă  danser Certaines pĂ©riodes d’inactivitĂ© manque de vent, etc. Ă©taient propices aux querelles. Une des solutions pour occuper les marins consistait Ă  les faire danser. On retrouve beaucoup de rythmes Ă  trois temps valse et polka chansons des ports quand les marins chantent dans les cafĂ©s des ports..mais aussi des chansons pour louer la beautĂ© d’un port 
ou s’en moquer. La musique est trĂšs variĂ©e, depuis la chanson mĂ©lancolique Ă  danser ou fredonner souvent un trois temps, ou deux temps composĂ©s jusqu’à la chanson Ă  boire souvent du deux temps 1La carriĂšre et l’Ɠuvre de Michel Sardou sont indissociables de l’image mĂ©diatique qui s’est cristallisĂ©e autour de ses opinions politiques, rĂ©elles ou supposĂ©es. Alors que ses plus grands succĂšs – Les Bals populaires, Le France, La Maladie d’amour, Les Lacs du Connemara – semblent souvent consensuels, ses chansons ont souvent Ă©tĂ© interprĂ©tĂ©es de maniĂšre politique, que l’artiste y consente ou non. Son Ɠuvre et sa carriĂšre en ont Ă©tĂ© modifiĂ©es au point que Michel Sardou occupe Ă  plus d’un titre une place unique dans le domaine de la chanson. Il n’est pas seulement l’un des artistes français de sa gĂ©nĂ©ration qui a vendu le plus d’album et le plus de billets. Il est aussi l’un des rares Ă  ĂȘtre toujours perçu comme un homme de droite, quelles que soient les opinions fluctuantes qu’il professe dans les mĂ©dias. Le seul enfin Ă  avoir suscitĂ© des manifestations publiques hostiles de la part de militants gauchistes. Un bref rappel historique, mettant en rapport ces Ă©vĂ©nements avec la carriĂšre artistique et mĂ©diatique de Michel Sardou, nous semble donc nĂ©cessaire pour Ă©voquer les principaux virages idĂ©ologiques qui ont jalonnĂ© quarante annĂ©es de carriĂšre. Nous nous interrogerons ensuite sur les chansons elles-mĂȘmes. Analyser les idĂ©es qu’elles vĂ©hiculent ne vise pas Ă  les Ă©valuer, mais Ă  comprendre comment elles rĂ©ussissent Ă  fidĂ©liser un public de droite tout en continuant Ă  produire du consensus. Les Ɠuvres, parfois ambigĂŒes et souvent complexes, tĂ©moignent certes de convictions concernant la place de la France dans le monde et sa politique intĂ©rieure. Mais elles laissent Ă©galement percevoir un imaginaire personnel, forgĂ© entre autres choses par des discours idĂ©ologiques. C’est pourquoi des chansons qui semblent peu militantes seront Ă©galement Ă©tudiĂ©es, en particulier dans la derniĂšre partie de cette Ă©tude, consacrĂ©e Ă  l’évocation des mƓurs et des instituions. 1. La carriĂšre de Michel Sardou, la politique et les mĂ©dias 2Les premiĂšres annĂ©es de la carriĂšre de Michel Sardou se placent sous le signe de l’apprentissage et de la soumission Ă  la mode. Courant le cachet et prenant des cours de chant, il enregistre chez Barclay entre 1965 et 1967 des chansons qui tentent de profiter de la mode des hippies. Michel Fugain, qui Ă©crit ses premiĂšres musiques, n’a pas alors plus de cĂ©lĂ©britĂ© ni de personnalitĂ© que son interprĂšte. Les orchestrations folks – guitares, tambourins et harmonica – sont trĂšs datĂ©es. MĂȘme lorsque Michel Sardou rencontre Jacques Revaux, compositeur qui l’accompagnera pendant presque toute sa carriĂšre Ă  partir de 1967, le style musical ne change pas radicalement. Si la voix est dĂ©jĂ  agrĂ©able, les nasalisations et les accentuations brutales, qui rappellent respectivement Antoine ou Nino Ferrer, relĂšvent parfois du pastiche. Michel Sardou, toutefois, Ă©crit dĂ©jĂ  ses textes, qui sont en lĂ©ger dĂ©calage avec l’horizon d’attente associĂ© Ă  ces musiques. Il utilise les clichĂ©s associĂ©s aux beatniks et, sans ĂȘtre ouvertement parodique, reprend Ă  son compte les moqueries liĂ©es Ă  leur virilitĂ©. Le Madras ou Les Filles d’aujourd’hui proposent ainsi une critique des jeunes dans le vent » et peu virils, mais accompagnĂ©e d’une musique destinĂ©e Ă  les sĂ©duire. Les Beatniks dĂ©crit une vie de bohĂšme Ă  l’AmĂ©ricaine, qui n’a par ailleurs rien d’engageant mais exerce sans doute une certaine sĂ©duction sur un Michel Sardou rĂ©cemment mariĂ© Moi quand je les regarde Du haut de mes vingt ans J’ai parfois le cafard De vivre prudemment Mais quand ils sont partis En traĂźnant leurs savates Je continue ma vie Et renoue ma cravate. 3Les hippies existent alors politiquement en tant qu’opposants Ă  la guerre du Vietnam, une guerre que la France a perdue. En 1967, la premiĂšre version des Ricains – accompagnĂ©e d’une seule guitare, de chƓurs et d’harmonica – passe relativement inaperçue, mais est dĂ©conseillĂ©e » aux programmateurs de la radio nationale, ce qui suffit Ă  Eddy Barclay pour se sĂ©parer de Michel Sardou. La chanson, pro amĂ©ricaine, n’a rien pour plaire ni aux gaullistes, ni aux communistes. Si j’avais un frĂšre au Vietnam, titre pacifiste et Ă©lĂ©giaque qui prĂ©tend que la guerre n’est qu’un malentendu », n’a pas non plus de quoi satisfaire les deux camps, et le titre est vite oubliĂ©. 4Le premier succĂšs d’estime paru en France est enregistrĂ© en 1968 chez Trema, label naissant dont Jacques Revaux, principal compositeur de l’artiste, est l’un des fondateurs. America, America et Monsieur le PrĂ©sident de France font de Michel Sardou un chanteur Ă  contre-courant. Trente mille disques vendus, ce n’est qu’un succĂšs relatif pour celui qui va devenir une vedette en quelques mois au cours de l’annĂ©e 1970. Les succĂšs, en effet, s’enchaĂźnent. Les deux premiers, Les Bals populaires et J’habite en France, sont gentiment cocardiers. Les deux titres mĂȘlent percussions lourdes, cuivres clinquants et accordĂ©on, pour faire danser les foules. Il s’agit aussi de les faire trĂ©pigner et d’organiser des chorus, les paroles reprises par le public Ă©tant prĂ©cĂ©dĂ©es de longues syllabes Ă©tendues et de silence qui prĂ©parent un dĂ©foulement collectif. Tout aussi consensuelle et efficace est la critique des institutions, prĂ©sente en 1971 dans Le Rire du sergent, qui ressuscite le comique troupier. La politique reste prĂ©sente, mais elle s’efface derriĂšre les chansons d’amour Ă  succĂšs. En effet, malgrĂ© ses dĂ©nonciations de la sociĂ©tĂ© moderne abĂȘtissante Zombie Dupont et castratrice Les Villes de grande solitude, Interdit aux bĂ©bĂ©s, ses messages adressĂ©s aux chrĂ©tiens et aux institutions catholiques Tu es Pierre, Le CurĂ©, et sa critique persistante du militarisme La Marche en avant, on ne retient de l’album de 1973 que Les Vieux MariĂ©s, et surtout La Maladie d’amour. Le premier titre est un grand succĂšs, mais il est totalement Ă©clipsĂ© par le second, vĂ©ritable tube de l’étĂ©, et mĂȘme de l’annĂ©e 1973, qui vient rajouter plus d’un million d’albums aux quatre dĂ©jĂ  vendus par l’artiste entre 1970 et 1972. Je veux l’épouser pour un soir, slow de l’étĂ© 1974, est un succĂšs de moindre envergure, mais atteint quand mĂȘme les premiĂšres places des hit-parades. Cette rĂ©ussite permet Ă  Michel Sardou de rester Ă  la mode, de remplir rĂ©guliĂšrement l’Olympia, et d’enregistrer frĂ©quemment des albums, ce qui n’est pas accordĂ© Ă  tout le monde. L’artiste s’exprime de plus en plus souvent dans les mĂ©dias. Il affirme ĂȘtre une vedette populaire, et non un chanteur engagĂ©, ce que la critique idĂ©ologique, trĂšs prĂ©sente Ă  l’époque, associe Ă  un conservatisme. 5Je vais t’aimer, paru en 1975 sur l’album La Vieille, confirme le talent de l’interprĂšte pour les chansons d’amour. Mais l’évĂ©nement inattendu est le succĂšs du France, chanson consacrĂ©e au bateau devenu symbole d’un dĂ©clin national. Le titre, disque de platine, crĂ©e une polĂ©mique qui masque les chansons les plus violentes Le Temps des colonies, J’accuse et Je suis pour, qui rĂ©clame la peine pour un assassin d’enfant, vont ĂȘtre dĂ©couverts au fil de l’exploitation des 45 tours, suscitant des rĂ©actions de plus en plus violentes. La Manif, titre qui n’a pas Ă©tĂ© publiĂ© sur l’album, est une chanson particuliĂšrement virulente. Elle n’a pas eu de retentissement spectaculaire mais, malgrĂ© son absence de passage en radio, elle a Ă©tĂ© largement diffusĂ©e, car elle se trouve sur la face B du 45 tours consacrĂ© Ă  Je vais t’aimer. 6Les rĂ©actions d’indignation publique ne se produiront qu’à partir de l’annĂ©e 1976. La sortie du Temps des colonies, prĂ©vue pour mars, est annulĂ©e le texte, qui donne la parole Ă  un colon, a Ă©tĂ© pris au premier degrĂ© par un programmateur de radio. Le chauvinisme bon enfant des Bals Populaires et de J’habite en France engendre des soupçons de nationalisme lorsque Michel Sardou interprĂšte La Marseillaise le 14 juillet devant plus de cent mille spectateurs, auxquels s’ajoutent les camĂ©ras de FR3. Le titre sera repris la mĂȘme annĂ©e dans une compilation de ses Ɠuvres, rĂ©orchestrĂ©es en version symphonique. À cela s’ajoute, en octobre, une polĂ©mique liĂ©e Ă  la diffusion de Je suis pour, favorable Ă  la peine de mort. 7Le public est au rendez-vous et les salles sont plus que pleines. Mais lors d’une tournĂ©e en Belgique, au dĂ©but de l’annĂ©e suivante, des manifestations hostiles accompagnent ses concerts. Heurts entre les manifestants des comitĂ©s anti-Sardou » et les forces de l’ordre, alertes Ă  la bombe et autres manifestations de violence incitent le chanteur Ă  interrompre sa tournĂ©e. DĂšs lors, la rĂ©ception de son Ɠuvre va devenir pour l’artiste une prĂ©occupation majeure. Pour transformer son image d’artiste idĂ©ologue et rĂ©actionnaire, il modifie l’ensemble de son Ɠuvre et les discours mĂ©diatiques qui l’accompagnent. Tout commence par deux mois de silence, rompu par une interview donnĂ©e au Matin de Paris, publiĂ©e le 17 mai. Michel Sardou se dĂ©fend tour Ă  tour d’ĂȘtre sexiste, colonialiste, nationaliste, et mĂȘme de droite, affirmant qu’il est prĂȘt Ă  voter socialiste aux prochaines Ă©lections, pour voir changer le personnel politique au pouvoir, et parce que ras le bol, tout simplement ». Mais il ne se fait pas beaucoup d’illusions, et reviendra vite Ă  ses convictions premiĂšres. 8DĂšs lors, sa carriĂšre va reprendre avec autant voire davantage de succĂšs, mais des apparitions mĂ©diatiques et des discours de nature diffĂ©rente. Le contexte politique change souvent, entre 1977 et 2007, et le monde du spectacle Ă©volue aussi grandement. Michel Sardou, quelles que soient ses activitĂ©s, ne perd pas une occasion de cultiver une image de contestataire dĂ©goĂ»tĂ© de la politique, mais sans plus aller jusqu’à la provocation. Il se positionne relativement peu par rapport aux dĂ©bats nationaux des annĂ©es 80. Sa seule participation publique Ă  une manifestation concerne la dĂ©fense de l’école privĂ©e en 1984, et il dira par la suite avoir changĂ© d’opinion, dĂ©fendant moins l’école privĂ©e que la libertĂ© de choix des parents. La crĂ©ation des radios libres est pour lui l’occasion d’une courte carriĂšre d’animateur. Il confirme Ă  la fois son statut de vedette, suffisamment reconnue pour pouvoir prĂ©senter les disques des autres, et sa capacitĂ© Ă  attirer un public de droite, puisqu’il officie sur RMC. Il aime Ă  Ă©voquer ses amis du show-business – Bedos, puis Coluche, lui servant souvent Ă  prouver qu’il n’est pas politiquement sectaire. Il se dĂ©fend volontiers des accusations de machisme en comparant ses prestations scĂ©niques Ă  celles de Bernard Lavilliers, qui joue bien davantage que lui de son aspect machiste. 9L’argument est d’autant plus pertinent que les performances de Michel Sardou Ă©voluent lentement vers une forme d’épure dont rendent compte les nombreuses vidĂ©os enregistrĂ©es en public depuis le dĂ©but des annĂ©es 80. AprĂšs avoir essayĂ© tous les dĂ©guisements des annĂ©es 70, du col pelle-Ă -tarte au blouson de cuir, en passant par le costume Ă  paillettes, et mĂȘme quelques apparitions torse nu, Michel Sardou privilĂ©gie de plus en plus la sobriĂ©tĂ© prĂŽnĂ©e par son dĂ©funt pĂšre. Costume, et parfois cravate, accompagnent une rarĂ©faction progressive des gestes, qui donne aux rares mouvements de bras une grande expressivitĂ©. Si l’interprĂšte marche de plus en plus, ce n’est qu’en raison de l’agrandissement de la scĂšne, car les salles de spectacle offertes aux artistes sont de plus en plus grandes, et le public de Michel Sardou remplit rĂ©guliĂšrement le palais des sports de Bercy. Si la mauvaise humeur apparente du chanteur reste un clichĂ© journalistique, les chroniqueurs, au fil du temps, se rĂ©jouissent de le voir sourire entre les chansons ou sur ses affiches, puis de l’entendre communiquer avec ses musiciens, qu’il met toujours en Ă©vidence Ă  un moment ou Ă  un autre du concert. En 1998, il va jusqu’à plaisanter avec le public aux sujet des trente-cinq heures. Mais la discrĂ©tion reste le maĂźtre mot de son interprĂ©tation. Il laisse Ă  la musique le soin de transporter le public. Si ses chansons, comme le remarquaient les auteurs de Faut-il brĂ»ler Michel Sardou ?, accordent volontiers une place croissante Ă  la musique, ses concerts obĂ©issent Ă  la mĂȘme logique les derniĂšres Ɠuvres jouĂ©es devant le public offrent de larges plages musicales, souvent inspirĂ©es du rock progressif, galvanisant la salle grĂące Ă  des airs Ă  danser Les Bals populaires, La Java de Broadway, Afrique adieu ou Ă  des orchestrations Ă©piques Les Lacs du Connemara, Un roi barbare. 10La sobriĂ©tĂ© sur scĂšne s’accompagne, Ă  partir de 1986, d’une certaine discrĂ©tion mĂ©diatique, qui s’explique de plusieurs maniĂšres. La premiĂšre est l’allongement de la durĂ©e de crĂ©ation. À partir du milieu des annĂ©es 1980, les campagnes de promotion sont de plus en plus Ă©tudiĂ©es, et il est Ă©tabli qu’un album tous les deux ans permet d’optimiser les ventes. Si Michel Sardou s’occupe en tournant beaucoup et en multipliant les albums en public, les nouvelles chansons se font plus rares et moins polĂ©miques. La fin de sa collaboration avec Pierre DelanoĂ« l’explique en partie. Les discours journalistiques consacrĂ©s au chanteur sont assez rĂ©guliers, mais rĂ©pĂ©titifs et peu politisĂ©s. L’artiste Ă©tant reconnu et Ă©tiquetĂ©, il fait toujours l’objet de commentaires semblables libre » ou indĂ©pendant », plein de talent » et dotĂ© d’une belle voix », il ne saurait ĂȘtre consensuel, mais reste depuis vingt ans prĂ©sentĂ© comme un artiste populaire ». Si les journalistes parlent de moins en moins des Ă©vĂ©nements de 1977, ils mentionnent trĂšs souvent le fait que Michel Sardou sĂ©duit aussi un public qui ne partage pas ses idĂ©es politiques. 11Cet affadissement de la polĂ©mique s’explique sans doute par le passage du temps, qui rend anodine les chansons provocatrices et les isole de leur contexte. Certes, le rĂ©pertoire de Sardou, depuis 2000, est redevenu militant, et s’adresse Ă  un public de fidĂšles dans des chansons qui passent souvent peu en radio. Mais, parallĂšlement, le chanteur continue de se produire dans des Ă©missions rĂ©servĂ©es aux vedettes retransmission de la TournĂ©e des EnfoirĂ©s, Star AcadĂ©my, soirĂ©e d’élection de Miss France. Il n’y interprĂšte souvent que d’anciens succĂšs, politiquement anodins. Le contraste, pour qui Ă©coute attentivement les disques, peu sembler saisissant, mais ce procĂ©dĂ© est entretenu, avec plus ou moins de discrĂ©tion et d’habilitĂ©, depuis prĂšs de vingt ans. Depuis 1978, l’Ɠuvre de Michel Sardou rĂ©ussit Ă  transcender les clivages politiques, sans cesser de sĂ©duire un public de droite. Nous allons tenter, pour comprendre les raisons de sa rĂ©ussite, d’analyser les stratĂ©gies dĂ©ployĂ©es par le crĂ©ateur pour Ă©dulcorer son discours tout en le rendant aisĂ©ment dĂ©chiffrable. 2. Les chansons de Sardou et l’art du consensus a Politique Ă©trangĂšre, nationalisme et fatalisme 12L’entrĂ©e en politique de Michel Sardou se fait, nous l’avons dit, alors que le mouvement hippie influence toute la musique de variĂ©tĂ©s. Mais ses Ɠuvres ne commencent Ă  ĂȘtre rĂ©ellement diffusĂ©es qu’à partir de 1970, dans un contexte trĂšs diffĂ©rent. Si les premiĂšres chansons enregistrĂ©es chez Barclay ont Ă©tĂ© oubliĂ©es, il reste de cette Ă©poque un rĂ©pertoire Ă©voquant l’AmĂ©rique. Trois chansons paraissent sur le premier album du chanteur. America, America n’est porteuse que d’une idĂ©ologie implicite trĂšs Ă  la mode, qui Ă©voque l’American way of life et la ville de San Francisco. Mais Michel Sardou a des raisons plus politiques de dĂ©fendre le rĂȘve amĂ©ricain. Au dĂ©but des annĂ©es 1970, alors que le mythe d’une France rĂ©sistante fait place Ă  un discours d’historiens insistant sur la Collaboration, Les Ricains est une chanson polĂ©mique, qui ne mĂ©nage pas l’orgueil national Si les ricains n’étaient pas lĂ  Vous seriez tous en Germanie À parler de je ne sais quoi À saluer je ne sais qui. 13Le vous » n’est pas un nous » ; il s’adresse moins Ă  l’ensemble des Français qu’à ceux qui critiquent les pour leur engagement au Vietnam Bien sĂ»r les annĂ©es ont passĂ© Les fusils ont changĂ© de mains Est-ce une raison pour oublier Qu’un jour on en a eu besoin ? 14L’habillage musical, en 1970, est diffĂ©rent de celui de la premiĂšre version le titre s’ouvre et se ferme sur le bruit d’une foule acclamant Hitler, ce qui renforce l’aspect accusateur du couplet initial. Les notes de guitares et d’harmonica rĂ©sonnent moins, et les orgues sont plus prĂ©sents, renforçant le lyrisme et substituant Ă  l’aspect artisanal des musiques hippies la mise en Ă©vidence d’un travail d’orchestration trĂšs maĂźtrisĂ©. Le phĂ©nomĂšne est encore plus audible sur le titre Monsieur le PrĂ©sident de France, dont les couplets martiaux – accompagnĂ©s de cuivres et de tambours – alternent avec des refrains saturĂ©s de chƓurs lyriques supportant un texte violent Dites Ă  ceux qui brĂ»lent mon drapeau Qu’en souvenir de ces annĂ©es Ce sont les derniers des salauds. 15Le personnage interprĂ©tĂ© est le fils d’un ancien combattant amĂ©ricain, et la chanson se clĂŽt sur une musique de marche militaire amĂ©ricaine. Le contraste avec le titre prĂ©cĂ©dent indique clairement la volontĂ© de l’auteur de s’adresser Ă  la jeunesse issue du baby-boom, en opposant des AmĂ©ricains lĂ©gitimement fiers de leurs parents Ă  des Français qui les critiquent. L’aspect polĂ©mique de ces Ɠuvres sera occultĂ© par des titres plus fĂ©dĂ©rateurs, qui exaltent un sentiment national moins patriotique que cocardier, J’habite en France ou Les Bals populaires. Ce titre est le premier grand succĂšs de l’artiste. CoĂ©crit avec Vline Buggy, il est accompagnĂ© d’une musique de Jacques Revaux. Cette derniĂšre illustre efficacement, Ă  grands renforts de batterie, de trompettes et d’accordĂ©on, l’ambiance Ă©voquĂ©e par le texte, qui met en vedette l’ouvrier parisien » et l’orchestre » infatigable et folklorique. Au-delĂ  de ces clichĂ©s textuels, le refrain est particuliĂšrement habile. Il place en effet le personnage dans la position d’un auditeur de concert, alors que ses nombreuses rĂ©pĂ©titions incitent la salle Ă  faire chorus Mais lĂ -bas prĂšs du comptoir en bois Nous on n’danse pas On est lĂ  pour boire un coup On est lĂ  pour faire les fous Et pour se reboire un bon coup Et pas payer nos verres. 16La lourdeur des orchestrations met le public de bonne humeur, lui donne envie de danser tandis que le texte le conforte dans son rĂŽle d’auditeur semi-passif, qui s’amuse, mais n’danse pas ». L’efficacitĂ© de la chanson se mĂȘle Ă  des rĂ©fĂ©rences nationales, qui laissent penser que le personnage dĂ©crit est un français moyen, un ouvrier parisien » qui tente de ne pas payer son verre. Cette exaltation d’une gaitĂ© nationale est plus nettement affirmĂ©e dans J’habite en France, qui flatte le public de façon plus idĂ©ologique Mais voilĂ  j’habite en France Et la France c’est pas du tout c’qu’on dit Si les Français se plaignent parfois C’est pas d’lĂ  gueule de bois C’est en France qu’il y a Paris Mais la France c’est aussi un pays OĂč y’a quand mĂȘme pas cinquante millions d’abrutis. 17Les clichĂ©s textuels sont encore plus nombreux. Il s’agit en effet de confirmer ou d’infirmer – en les Ă©voquant tour Ă  tour – un certain nombre d’idĂ©es reçues concernant la France ou Paris, pour conclure sur un satisfecit peu original la France est un pays de sĂ©ducteurs. 18Cette bonne humeur fĂ©dĂ©ratrice, associĂ©e Ă  un amĂ©ricanisme moins consensuel, se poursuit jusqu’à la fin de la dĂ©cennie, la cĂ©lĂšbre Java de Broadway offrant un nouveau succĂšs indĂ©modable Ă  Michel Sardou, en 1977. La musique festive et orchestrale Ă©voque un jazz band qui jouerait un air de java. Rien n’a changĂ© dans le texte, si ce n’est qu’il autorise une diction sur un rythme ternaire il n’est question que de fĂȘtes dĂ©complexĂ©es, d’alcool et de filles que l’on regarde de loin, installĂ© au bar. 19Chanter la France et l’AmĂ©rique n’est cependant pas toujours simple. À partir de la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1970, deux phĂ©nomĂšnes viennent inflĂ©chir le discours des chansons de Michel Sardou. D’une part, une prĂ©dilection pour la nostalgie et l’angoisse du dĂ©clin, qui atteint la France, L’AmĂ©rique et tout autre pays. D’autre part, un rapport aux Ă©trangers parfois ambigu. Cette Ă©volution du rĂ©pertoire a des causes multiples crise Ă©conomique qui popularise un discours sur le dĂ©clin du pays ; mort du pĂšre qui alimente l’angoisse d’une vedette parvenue au sommet ; changement de collaborateur, avec l’intervention longue et durable de Pierre DelanoĂ« dans les livrets Ă  partir de l’album intitulĂ© La Vieille. 20La fiertĂ© d’ĂȘtre Français n’est alors plus de mise. Le plus important succĂšs de cet album est en effet Le France, qui permet au chanteur de fĂ©dĂ©rer jusqu’aux ouvriers CGT du port du Havre, oĂč le bateau est mis Ă  quai. Cet hymne nostalgique, chantĂ© dans un contexte de crise des chantiers navals, exprime en effet un sentiment national Ne m’appelez plus jamais France » La France elle m’a laissĂ© tomber Ne m’appelez plus jamais France » C’est ma derniĂšre volontĂ©. 21Bien d’autres chansons viendront, avec plus ou moins de succĂšs, dĂ©plorer la baisse d’influence d’un pays qui perd peu Ă  peu ses ambitions internationales. Ces titres seront toutefois plus directement liĂ©s au contexte Ă©lectoral, aussi les Ă©tudierons-nous plus loin. Mais la crise française n’est, pour Michel Sardou que l’un des aspects d’un complet dĂ©senchantement du monde. MĂȘme son parti pris en faveur de la politique amĂ©ricaine n’y rĂ©siste pas, et l’évocation des USA ne renvoie plus qu’à un rĂȘve amĂ©ricain dĂ©senchantĂ©. Presque toutes les chansons consacrĂ©es aux pays Ă©trangers, thĂšme rĂ©guliĂšrement exploitĂ©, Ă©voquent d’ailleurs un rĂȘve de culture ou d’exotisme déçu Huit jours Ă  El Paso en 1978, Afrique Adieu en 1982, Exil Dylan en 1984, Le Paraguay n est plus ce qu ’il Ă©tait en 1988, Le VĂ©tĂ©ran et Mam ’selle Louisiane en 1990, L’AmĂ©rique de mes dix ans en 2000... Tous ces titres sont construits autour d’habillages musicaux caractĂ©ristiques des rĂ©gions, voire des Ă©poques Ă©voquĂ©es. Le dernier s’ouvre mĂȘme sur la mĂ©lodie des Ricains, comme si la nostalgie Ă©tait assumĂ©e jusqu’à l’auto-parodie. Les partitions de ces chansons permettent par ailleurs souvent de masquer le caractĂšre nĂ©gatif du propos en proposant une mĂ©lodie entraĂźnante. Sur le plan textuel, d’ailleurs, le pessimisme semble rarement dominant, car le pouvoir Ă©vocateur des mots crĂ©e un effet d’exotisme chez l’auditeur, alors mĂȘme que le personnage en dĂ©plore la disparition. Des chansons demeurĂ©es cĂ©lĂšbres, Afrique A dieu ou Les Lacs du Connemara, en tĂ©moignent. Les noms propres fortement connotĂ©s se succĂšdent, ainsi que les Ă©lĂ©ments de dĂ©cor, pour composer un paysage imaginaire Sur les Ă©tangs de Malawi La nuit rĂ©sonne comme un signal C’est pour une fille de Nairobi Qu’un tambour joue au SĂ©nĂ©gal. 22La musique qui accompagne de telles paroles, incitant Ă  la danse, rend plus difficile encore une attention soutenue, et le texte propose une accumulation d’images fortes. Cette utilisation efficace des termes Ă  connotations exotiques se fait au dĂ©triment de la narration, ce qui ajoute Ă  l’ensemble un mystĂšre propice Ă  la rĂȘverie. Les paroles des Lacs du Connemara, grand succĂšs bĂąti sur le mĂȘme principe, invitent moins Ă  une recherche des rĂ©fĂ©rences historiques qu’à une rĂȘverie appuyĂ©e sur des sonoritĂ©s Ă©trangĂšres Sean Kelly s’est dit Je suis catholique Maureen aussi L’église en granit De Limerick Maureen a dit oui. 23L’étranger apparaĂźt donc dans l’imaginaire de Michel Sardou comme un ailleurs, souvent dĂ©cevant, mais qui permet encore de satisfaire chez le public un dĂ©sir d’exotisme. Ce rapport au monde consensuel, qui a produit de grands succĂšs, est toutefois compliquĂ© par des chansons plus ambiguĂ«s. 24Si les pays Ă©trangers font rĂȘver, certains de leurs habitants, en effet, sont envisagĂ©s de maniĂšre plus problĂ©matique. Tout a commencĂ© en 1975, par un malentendu. Le Temps des colonies, paru sur l’album La Vieille, a créé une polĂ©mique en 1976. Le texte semble pourtant ne pouvoir ĂȘtre envisagĂ© qu’au second degrĂ© Pour moi monsieur rien n’égalait Les tirailleurs SĂ©nĂ©galais Qui mouraient tous pour la patrie Au temps bĂ©ni des colonies Autrefois Ă  Colomb-BĂ©char J’avais plein de serviteurs noirs Et quatre filles dans mon lit Au temps bĂ©ni des colonies. 25Il n’en reste pas moins que l’accompagnement musical, exotique et dominĂ© par les tams-tams, rappelle l’esthĂ©tique des chansons authentiquement colonialistes, frĂ©quentes dans la France d’avant-guerre. Le dĂ©but du refrain, on pense encore Ă  toi, O Bwana », chantĂ© par des choristes africaines Ă  l’accent prononcĂ©, reste d’un goĂ»t douteux. Si Michel Sardou n’a cessĂ© de communiquer dans les mĂ©dias pour dissiper les malentendus nĂ©s de cette chanson, il a longtemps continuĂ© Ă  l’interprĂ©ter sur scĂšne et Ă  la mettre sur ses compilations, comme si elle Ă©tait un symbole de la diabolisation dont il avait fait l’objet en 1976 et 1977. Le plus troublant est qu’en 1979 paraĂźt une autre chanson, dans laquelle la fiertĂ© d’ĂȘtre français s’accompagne d’un rapport mĂ©prisant vis-Ă -vis de l’étranger. 26Ils ont le pĂ©trole mais c’est tout est composĂ© sur le modĂšle des chansons chauvines prĂ©cĂ©dentes, mais les arabes y sont considĂ©rĂ©s avec agressivitĂ© Ils ont le pĂ©trole Mais ils n’ont que ça On a des idĂ©es Un gaspy futĂ© Un Martel Ă  Poitiers. 27Cette violence s’explique dans la chanson elle-mĂȘme par une anecdote biographique Cett’ chanson s’adresse A un brav’ garçon Qu’on appelle Altesse Un ami d’pension Quand ton puits s’ra sec... plus d’jus dans l’citron Plus personne Ă  La Mecque Viens Ă  la maison. 28Il n’en reste pas moins que le propos s’adresse plutĂŽt Ă  un public raciste qu’il s’agit de flatter, et ce d’autant plus que la mĂ©lodie en mode mineur et les orchestrations arabisantes ne peuvent encore une fois qu’évoquer l’esthĂ©tique des chansons coloniales. Cela suffirait du reste Ă  comprendre pourquoi l’Ɠuvre est tombĂ©e dans l’oubli. 29La plupart des chansons qui Ă©voquent les pays Ă©trangers et leurs habitants sont toutefois bien plus habiles. Le meilleur exemple en est Vladimir Ilitch, Ă©norme succĂšs de l’annĂ©e 1983. Son texte, malgrĂ© les Ă©lĂ©ments de couleur locale, est explicitement politique. Mais tout au long du texte, la critique du stalinisme se mĂȘle Ă  l’évocation de la misĂšre d’un peuple, qui semble justifier le communisme, ce qui satisfait un public de droite tout en dĂ©samorçant les critiques qui pourraient venir de la gauche Un vent de SibĂ©rie souffle sur la BohĂšme Les femmes sont en colĂšre aux portes des moulins Des bords de la Volga au delta du NiĂ©men Le temps s’est Ă©coulĂ© il a passĂ© pour rien Puisqu’aucun dieu du ciel ne s’intĂ©resse Ă  nous LĂ©nine relĂšve-toi Ils sont devenus fous. 30Musulmanes, paru en 1987, semble plus anodin. Le titre allie la beautĂ© d’un texte exotique Ă©voquant la blancheur des toits de GhardaĂŻa » en AlgĂ©rie, les forĂȘts du Liban », Le crĂ©puscule de Sanaa », ville situĂ©e au YĂ©men... Ă  une vision de la femme musulmane qui a peu Ă©voluĂ© depuis Pierre Loti, et produit de la compassion VoilĂ©es pour ne pas ĂȘtre vues CernĂ©es d’un silence absolu Vierges de pierre au corps de Diane Les femmes ont pour leur lassitude De jardins clos de solitude Le long sanglot des musulmanes. 31La musique n’est plus caricaturale mais Ă©pique, se prĂȘtant Ă  des dĂ©veloppements symphoniques qui la rendent encore plus efficace en concert. Mais cette esthĂ©tique parfaitement maĂźtrisĂ©e masque un contenu politique. Si les paroles peuvent renvoyer Ă  la situation dramatique du Liban, aucun message clair n’est dĂ©livrĂ©. En revanche, le vidĂ©o clip largement diffusĂ© Ă  l’époque raconte une autre histoire celle d’un pilote de l’AĂ©ropostale perdu dans le dĂ©sert et Ă©chappant Ă  des pillards grĂące Ă  la complicitĂ© de femmes voilĂ©es. Ce film d’aventure rĂ©sumĂ© Ă  trois minutes propose une vision archaĂŻsante, non des musulmanes, mais des arabes musulmans. Il est vrai que l’époque s’y prĂȘte, dans un contexte de montĂ©e du Front National, alors que VĂ©ronique Sanson renonce Ă  chanter sur scĂšne sa chanson intitulĂ©e Allah et que Salman Rushdie est contraint Ă  la clandestinitĂ©. 32Par la suite, les chansons qui Ă©voquent les pays Ă©trangers ne seront que d’innocentes Ɠuvres mĂȘlant nostalgie et exotisme. Elles seront peu exploitĂ©es, Michel Sardou ayant suffisamment de grands succĂšs de ce type Ă  insĂ©rer dans ses concerts Afrique Adieu, Les Lacs du Connemara et Musulmanes. Seul L’Oiseau Tonnerre, paru sur le dernier album, Ă©voque la spoliation des Indiens par les colons amĂ©ricains. Le texte n’est pas de Michel Sardou, et le sujet peu polĂ©mique, rien dans la chanson ne renvoyant mĂȘme implicitement Ă  la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine. 33Il s’agit toutefois d’une exception, car si l’on considĂšre l’ensemble de l’Ɠuvre, l’évocation des pays Ă©trangers et de leurs habitants laisse souvent transparaĂźtre un propos idĂ©ologique. L’emploi de clichĂ©s n’a rien d’étonnant car il semble difficile d’évoquer un pays au cours des quelques minutes que dure une chanson sans utiliser d’images rĂ©ductrices. Mais Michel Sardou fait par ailleurs preuve d’une rĂ©elle originalitĂ©. Celle-ci rĂ©side dans l’habiletĂ© avec laquelle il associe rĂȘve amĂ©ricain et dĂ©fense des États-Unis, ou sentiment national et mĂ©pris pour les habitants des anciennes colonies. Cet aspect est compensĂ© par la vision du monde de l’artiste, qui associe la France et l’Étranger en plaçant la condition humaine sous le signe du dĂ©clin ; qui ressuscite le patriotisme ou l’exotisme le temps d’un chant du cygne. Mais cette optique conservatrice, voire rĂ©actionnaire, qui gĂ©nĂšre aisĂ©ment de la nostalgie, ne suffit pas Ă  rendre compte de la complexitĂ© politique de l’Ɠuvre. b Les commentaires sur la politique intĂ©rieure la permanence du pessimisme, entre colĂšre, victimisation et dĂ©tachement 34Contrairement Ă  ce qui se passait au temps de yĂ©yĂ©s, un chanteur qui devient une vedette dans les annĂ©es 70 est souvent contestataire ou engagĂ©. Michel Sardou n’échappe pas Ă  la rĂšgle, mais s’il se plaĂźt Ă  critiquer, son Ɠuvre ne soutient ouvertement aucun parti, et les textes qui ne sont pas l’expression d’une colĂšre sont volontiers interprĂ©tĂ©s sur un ton dĂ©sabusĂ©. Par ailleurs, si les idĂ©es politiques exprimĂ©es sĂ©duisent souvent un public de droite, l’artiste n’est pas hermĂ©tique aux Ă©volutions de la sociĂ©tĂ©, qui, depuis 1968, voit les idĂ©es libĂ©rales de gauche progresser en ce qui concerne les mƓurs, et les idĂ©es libĂ©rales de droite triompher sur le plan Ă©conomique. 35Pour son premier manifeste politique, datĂ© de 1972, Michel Sardou choisi de s’identifier Ă  Danton parlant devant ses juges, prophĂ©tisant les horreurs du ComitĂ© de Salut Public, et mĂȘme l’avĂšnement d’un tyran trĂšs semblable Ă  NapolĂ©on. NoyĂ© sous les allusions historiques, le texte ne revendique pas autre chose qu’un dĂ©sir de paix et de libertĂ©. Toutefois, alors que les espoirs rĂ©volutionnaires issus de 1968 s’essoufflent, et que LĂ©o FerrĂ© ou Colette Magny prennent leurs distances vis-Ă -vis d’une chanson purement militante, Danton peut ĂȘtre compris comme une dĂ©nonciation des rĂ©volutionnaires qui se rĂ©clament de Robespierre et des Jacobins. L’interprĂ©tation, qui oppose la voix de l’interprĂšte Ă  celle d’une foule sur un fond de musique martiale, fait de l’homme sensĂ© la victime du groupe. 36Cet imaginaire rĂ©volutionnaire est aussi exploitĂ© en 1980 dans le cadre d’une comĂ©die musicale intitulĂ©e Les MisĂ©rables. Michel Sardou enregistre alors À la volontĂ© du peuple, dont le personnage se dit prĂȘt Ă  mourir pour la libertĂ©. En 1989, Ă  la faveur des commĂ©morations du bicentenaire, le concert de Bercy s’achĂšve sur une fresque Ă©pique, Un jour la libertĂ©, dont le ton dĂ©sillusionnĂ© est habituel chez l’artiste mais qui tĂ©moigne des mĂȘmes idĂ©aux Pour proclamer les Droits de l’homme Je m’inscrirai aux Jacobins Mais comme je crois au droit des hommes Je passerai aux Girondins. 37Cela n’empĂȘche pas Michel Sardou, rĂ©volutionnaire dans ses aspirations Ă  la libertĂ©, de dĂ©fendre dans ces chansons le droit de propriĂ©tĂ©, ni de proposer une image voltairienne et conservatrice de la libertĂ© religieuse, comme dans cet extrait de Danton Les pauvres ont besoin de l’église C’est un peu lĂ  qu’ils sont humains BrĂ»ler leur Dieu est une bĂȘtise. 38Plus qu’un dĂ©sir de rĂ©volution, le discours politique chantĂ© par Michel Sardou traduit une insatisfaction perpĂ©tuelle. Celle-ci se manifeste d’abord de maniĂšre vĂ©hĂ©mente sur l’album La Vieille, paru en 1975. Il contient la plupart des textes qui ont valu des ennuis Ă  l’artiste, notamment Le Temps des colonies et Je suis pour, qui fait l’apologie de la peine de mort. On y trouve aussi une chanson trĂšs datĂ©e, W54, qui propose une vision orwellienne de la sociĂ©tĂ©, au son de musiques Ă©lectriques qui pastichent les films consacrĂ©s aux extra-terrestres. Sur un tel album, le titre J’accuse apparaĂźt comme une diatribe assenĂ©e au monde entier. Le rythme soutenu, la puissance des cuivres et des percussions, et la diction forte et trĂšs accentuĂ©e, sont au service d’un propos Ă©cologiste et antimilitarisme, mais un pacifisme affichĂ© avec autant de hargne a de quoi surprendre J’accuse les hommes d’ĂȘtre bĂȘtes et mĂ©chants BĂȘtes Ă  marcher au pas des rĂ©giments De n’ĂȘtre pas des hommes tout simplement. 39Les plus violentes et les plus polĂ©miques des chansons de cette Ă©poque ne cesseront d’ĂȘtre reprises et rĂ©enregistrĂ©es en public, avec ou sans commentaire d’accompagnement. Un seul de ces titres n’a pas rencontrĂ© de succĂšs. Il s’agit du plus politique, qui n’a pas Ă©tĂ© repris en album. La Manif s’adresse Ă  un public trĂšs politisĂ©, car il prĂȘte Ă  diverses catĂ©gories de manifestants, en particuliers des ouvriers, des immigrĂ©s et des fĂ©ministes, des propos caricaturaux de ce type Mais dans le contexte actuel De l’ùre industrielle On n’veut plus travailler. 40Seule l’absence de succĂšs de ce titre, passĂ© inaperçu, explique qu’il n’ait pas Ă©tĂ© reprochĂ© Ă  Michel Sardou. Quelques mois aprĂšs sa parution, les violences subies par l’interprĂšte l’ont incitĂ© Ă  plus de prudence. 41Sur l’album suivant, sa critique de la sociĂ©tĂ© prend la forme d’une Ă©lucubration au ton et au rythme lĂ©gers. Une attention aiguĂ« au texte, Ă  laquelle la forme de la chanson n’incite pas, semble indiquer que Michel Sardou brĂ»le aussi bien ce qu’il a adorĂ© que le reste, aussi bien le gouvernement que l’opposition, critiquant La gouver-ne-men-ta-lo-manie L’intellec-tualo-gaucho-manie L’amĂ©ricano-anglo-manie-manie. 42La chanson n’ayant pas eu de succĂšs, l’artiste en revient Ă  des Ɠuvres plus violentes, qu’il maĂźtrise mieux. On a dĂ©jĂ  donnĂ©, coĂ©crit en 1978 avec Claude Lemesle, s’en prend une nouvelle fois aux rĂ©volutionnaires, Ă  tous ces poings tendus », et aux conservateurs, Ă  ceux qui sont en place parce que papa y Ă©tait ». Il est Ă  mettre en parallĂšle avec la dĂ©ception que Michel Sardou dit avoir Ă©prouvĂ© Ă  propos de ValĂ©ry Giscard d’Estaing. Pierre DelanoĂ« a quant Ă  lui aidĂ© l’interprĂšte Ă  Ă©crire La DĂ©bandade en 1984, quelques mois avant la fin du programme commun, qui annonce la fin d’autres illusions. La chanson ressemble aux prĂ©cĂ©dentes, avec sa diction forte et heurtĂ©e, accompagnĂ©e de musique orchestrale et imposante, mais le texte ne vise personne explicitement. Comme dans Vladimir Ilitch, paru l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, il emploie ironiquement un vocabulaire de gauche Rigolez pas, mes camarades / La dĂ©bandade / C’est pour demain », pour dĂ©noncer le malaise d’une sociĂ©tĂ© dirigĂ©e par la gauche. Mais Michel Sardou, Ă  partir de 1985, semble se lasser de la politique et, s’il chante encore rĂ©guliĂšrement la dĂ©cadence, voire une apocalypse imminente, dans des chansons telles que Les Derniers jours de Pearl Harbour, il s’agit moins de politique que de nostalgie et de pessimisme. 43Ce dernier sentiment est alimentĂ© par les dĂ©boires du chanteur qui aime Ă  se prĂ©senter en victime dĂšs le dĂ©but de sa carriĂšre. AssassinĂ©s, vilipendĂ©s, acculĂ©s au suicide, les personnages incarnĂ©s par Michel Sardou de 1970 Ă  1975 – Danton chansons Ă©ponymes, Johnny Halliday Le PhĂ©nix ou des victimes anonymes Je vous ai bien eu, Le prix d’un homme – mettent soigneusement en scĂšne leur Ă©limination et l’ostracisme dont ils sont victimes. Ce fantasme, largement alimentĂ© par les mĂ©saventures qu’a connues Michel Sardou en 1977, n’a pas Ă©tĂ© sans consĂ©quence. À partir des annĂ©es 80, il commente sur scĂšne l’impact qu’ont eu ses chansons les plus contestĂ©es, et il en Ă©crit quelques-unes pour rĂ©pondre Ă  ses dĂ©tracteurs. D’abord On rĂ©trĂ©cit, en 1978, dans laquelle il assume violement son discours sur le dĂ©clin de la France Traitez-moi de ce que vous voudrez Facho... nazi... phalo... pĂ©dĂ© Et plus je tendrai l’autre joue Les hĂ©ros ne sont plus parmi nous J’ai dĂ» me tromper de rendez-vous On rĂ©trĂ©cit on rĂ©trĂ©cit. 44Puis J’avais pas la tĂȘte assez dure et La Haine, enregistrĂ©es en 1978 et 1980, rĂ©ussissent le paradoxe d’ĂȘtre des chansons Ă  la musique et Ă  l’interprĂ©tation virulente et Ă©pique alors qu’elles dĂ©noncent la violence, dont la victime implicite est l’interprĂšte lui-mĂȘme. Enfin, Mauvais homme paru en 1981 donne la parole Ă  un misanthrope solitaire. Le titre est interprĂ©tĂ© Ă  la maniĂšre de Johnny Halliday, avec un mĂ©lange d’élĂ©gie et d’orchestrations grandioses. Le sujet s’épuise ensuite d’autant plus vite que Michel Sardou ne produit plus de chansons ouvertement politiques entre 1985 et 1994, se contentant de reprendre ses vieux succĂšs engagĂ©s et de les commenter sur scĂšne. Comme ses albums, ses chansons militantes se rarĂ©fient et se nuancent. 45Selon que vous serez etc, etc s’en prend aux dysfonctionnements de la justice et des mĂ©dia, et fustige les politiciens corrompus, thĂšmes qui n’ont pas cessĂ© depuis d’ĂȘtre Ă  la mode. Mon dernier rĂȘve sera pour vous, consacrĂ© au fisc, est plus marquĂ© idĂ©ologiquement. Si l’on en croit le ton de l’interprĂ©tation et l’accompagnement musical, la colĂšre semble avoir fait place au dĂ©goĂ»t et Ă  la dĂ©sillusion. Au cours des annĂ©es 2000, cependant, Michel Sardou redevient polĂ©mique. Il affiche un pessimisme serein et dĂ©tachĂ©, Ă©nonçant ses idĂ©es sans avoir l’air de se faire d’illusions. Ainsi renoue-t-il avec la fiertĂ© affichĂ©e d’ĂȘtre français, sur un rythme plus lent que J’habite en France, qui se prĂȘte moins Ă  la danse, mais davantage au chorus et aux claquements de mains. Il est vrai que le contenu de Français est plus sĂ©rieux et plus nuancĂ© Parce qu’ils ont dĂ©cidĂ© d’ĂȘtre une rĂ©publique, Bien que toutes leurs idĂ©es se perdent en politique. Mais parce que l’un d’entre eux a dit cett’phrase immense Ma libertĂ© s’arrĂȘte oĂč la vĂŽtre commence »... J’aime les Français, Tous les Français, MĂȘme les Français que je n’aime pas. 46Il faudra encore quelques annĂ©es pour que Michel Sardou revienne vraiment Ă  la chanson engagĂ©e son album intitulĂ© Hors-format, paru en 2006, est, s’il faut en croire le rĂ©sultat des derniĂšres Ă©lections, dans l’air du temps. Le thĂšme de la dĂ©cadence nationale, le moins nouveau, est illustrĂ© par Concorde, un fleuron de notre industrie nationale qui aura connu un destin parallĂšle Ă  celui du France, sans que la chanson Ă©ponyme ait le mĂȘme succĂšs. C’est aussi sous le signe de la dĂ©cadence que se place Les Villes hostiles, chanson consacrĂ©e aux banlieues qui s’ouvre sur ces mots C’était mon quartier autrefois Plus rien n’existe tout a changĂ© MĂȘme ma rue je ne la retrouve plus On a dĂ» reconstruire dessus. 47La chanson la plus ouvertement politique, sur laquelle s’est faite la promotion de l’album, est un mĂ©lange de pessimisme et d’affirmation polĂ©miques. Les couplets Ă©voquent nombre de sujets volontiers abordĂ©s par la droite, rappelant aux immigrĂ©s qu’il faut respecter ceux qui sont venus longtemps avant toi », revendiquant la valeur travail il faut se prendre en charge / Et pas charger l’État », critiquant les droits acquis » Il faudra bien qu’on en oublie / Sous peine de n’plus / Jamais avoir de droits ». Mais ce programme Ă©lectoral, accompagnĂ© d’une musique de plus en plus dansante, est tempĂ©rĂ© Ă  la fois par un dernier couplet pessimiste et par un refrain dĂ©calĂ©. Le dernier couplet ne s’applique que dans un contexte de dĂ©faite Ă©lectorale qui n’a pas eu lieu pour le public de Michel Sardou Admettons enfin vous et moi Que nous sommes tous des hypocrites. La vĂ©ritĂ© ne nous plait pas Alors on a le pays qu’on mĂ©rite. 48Quant au refrain, il exprime un pessimisme dĂ©sabusĂ© Et puis allons danser Pour oublier tout ça Allons danser. Personne n’y croit. 49De fait, Michel Sardou affirme sur la plage suivante, par ailleurs trĂšs autobiographique, son profond dĂ©tachement Toutes mes exigences, Mes combats, mes dĂ©fiances, Ces parfums mĂ©langĂ©s De femmes et de fumĂ©e Ces Ă©tranges passions. Demain d’autres Ă  ma place Viendront et feront face Pour les provocations. Je n’suis plus un homme pressĂ©. 50Pour la premiĂšre fois depuis prĂšs de vingt ans, Michel Sardou assume clairement ses convictions de droite, mais en tempĂ©rant ses affirmations par un dĂ©faitisme dont il est dĂ©sormais coutumier. AprĂšs plusieurs annĂ©es de gouvernement de droite, le pessimisme qui lui faisait annoncer le dĂ©clin de la France semble avoir atteint ses limites et minĂ© jusqu’aux convictions de l’interprĂšte. Il n’est pas dit que la partie militante de son public le suive sur ce terrain-lĂ . Mais Michel Sardou partage avec elle des valeurs qui ne se limitent pas Ă  des convictions Ă©lectorales. Il propose en effet Ă  ses auditeurs une vision particuliĂšre des mƓurs de notre sociĂ©tĂ©. La critique des institutions, toujours consensuelle, s’y mĂȘle Ă  un grand conservatisme. 3. Michel Sardou et la sociĂ©tĂ© critique des meurs et des institutions a Sabre, goupillon et institution scolaire, l’individu face Ă  la hiĂ©rarchie 1 N’ayant par rĂ©pondu Ă  l’appel, il a Ă©tĂ© emmenĂ© de force vers sa caserne pour un service militaire d ... 51La principale originalitĂ© de Michel Sardou en la matiĂšre est son discours sur trois institutions l’armĂ©e, l’Église catholique et l’école. Le premier est traitĂ© de maniĂšre relativement attendue, puisque Le Rire du sergent s’inscrit dans la tradition du comique troupier. Mais si ce titre a permis Ă  l’artiste de solder ses comptes avec un service militaire mouvementĂ©1, il ne l’empĂȘche pas de tĂ©moigner d’un profond respect pour les anciens combattants. C’est le cas, nous l’avons vu, lorsqu’il rend hommage aux soldats amĂ©ricains qui ont libĂ©rĂ© la France. C’est Ă©galement vrai dans Verdun, oĂč le personnage lutte contre l’oubli des civils, dans une chanson Ă©lĂ©giaque. Michel Sardou associe toutefois le respect du soldat au mĂ©pris de la hiĂ©rarchie militaire et des gradĂ©s. Il l’exprime dans deux chansons au thĂšme semblable mais au traitement trĂšs diffĂ©rent. La Marche en avant donne la parole Ă  un discours d’officier dont le ridicule va jusqu’à l’invraisemblance Nous sommes le trois fĂ©vrier Ce sera un beau jour fĂ©riĂ© Les fonctionnaires nous bĂ©niront Allez sonnez clairons La marche en avant. 52L’ensemble n’a pourtant rien de comique. La musique martiale fortement contrastĂ©e qui accompagne le texte rend la plaisanterie sinistre, lorsque l’interprĂšte Ă©voque les malheurs des soldats. La chanson est toutefois beaucoup moins efficace que La Bataille enregistrĂ©e en 2000. Dans ce titre, les orchestrations qui rappellent la musique militaire sont mises au service d’une fresque Ă©pique de plus de cinq minutes, au cours de laquelle un soldat Ă©voque les diverses Ă©tapes d’une bataille terrifiante. Le rĂ©sultat, particuliĂšrement efficace, fait que l’auditeur ne peut que s’identifier au fantassin, et faire siennes ses derniĂšres paroles, d’un pacifisme violent tu sais c’que j’en fais de ta mĂ©daille ? ». 53L’humble victime a donc toujours raison contre l’institution, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connait l’individualisme farouche de Michel Sardou, qui est aussi celui de sa gĂ©nĂ©ration. Mais ce point de vue est plus original lorsqu’il s’agit de composer des chansons sur l’Église catholique qui ne lui soient pas hostile. Si l’on excepte un ironique Merci Seigneur enregistrĂ© au tout dĂ©but de sa carriĂšre en 1967, Michel Sardou n’a jamais rien chantĂ© d’anticlĂ©rical. Au contraire, en 1973, il enregistre Tu es Pierre, vĂ©ritable adaptation en chanson d’un extrait de l’Évangile, la rencontre de Pierre et de JĂ©sus. MalgrĂ© la modernitĂ© anachronique du vocabulaire, le rythme allĂšgre des couplets et les chƓurs du refrain en font une chanson pour curĂ© Ă  guitare. 54Le CurĂ©, enregistrĂ© sur le mĂȘme album, adopte une forme plus classique au service d’un discours plus Ă©tonnant. Tout l’orchestre, oĂč dominent tantĂŽt les violons tantĂŽt les percussions, est convoquĂ© pour jouer l’une des mĂ©lodies les plus efficaces de Jacques Revaux. Si les couplets insistent sur la solitude d’un prĂȘtre de campagne, les refrains chantent sur un rythme plus entraĂźnant un plaidoyer pour la fin du cĂ©libat des prĂȘtres ah mon dieu, si l’on Ă©tait deux ». Bien avant que les polĂ©miques n’envahissent la vie de Michel Sardou, cette chanson lui a valu des inimitiĂ©s dans son propre camp. Elle demeure unique en son genre, car les chansons qui ne sont pas bien-pensantes On ira tous au Paradis de Michel Polnareff, par exemple sont Ă  l’époque hostiles au catholicisme. De plus, Michel Sardou a rapidement fait profil bas en enregistrant J’y crois, une chanson en forme de confession accompagnĂ©e d’une musique doloriste. Tout en affichant un certain doute quant au dogme MĂȘme si ça n’est pas vraiment celui / Que tous les prophĂštes avaient promis » la foi empreinte de culpabilitĂ© qu’il confesse plus qu’il ne la revendique tĂ©moigne d’une Ă©ducation chrĂ©tienne Je suis un trĂšs mauvais chrĂ©tien J’y crois lorsque j’en ai besoin. 55Qui est dieu ?, enregistrĂ© l’annĂ©e suivante, n’apporte pas d’autre rĂ©ponse Ă  cette question existentielle que Dieu, c’est le temps », et la chanson n’a pas d’intĂ©rĂȘt, si ce n’est de permettre Ă  Michel Sardou de chanter en duo avec son fils de cinq ans. Le sujet n’est plus guĂšre abordĂ© ensuite, Le CurĂ© n’apparaissant que sporadiquement sur les compilations. Il faut attendre 1990, et le texte d’Au nom du pĂšre, coĂ©crit avec Didier Barbelivien pour que l’artiste parle Ă  nouveau de religion. Il n’est plus alors question de foi, malgrĂ© un refrain en forme de gospel festif. RythmĂ© par des AllĂ©luia », la chanson Ă©voque les agissements des missionnaires chrĂ©tiens, depuis l’arrivĂ©e des Espagnols jusqu’à la sĂ©grĂ©gation raciale aux États-Unis. La musique noire et les chƓurs des refrains ne peuvent dĂšs lors ĂȘtre compris que de maniĂšre ironique, du moins jusqu’au couplet final, oĂč le message chrĂ©tien rĂ©apparaĂźt, tempĂ©rĂ© par un attachement profond aux choses d’ici-bas. Au nom du PĂšre Tu es quelqu’un FrĂšre de ton frĂšre De ton prochain Quel que soit l’endroit D’oĂč l’on vient AllĂ©luia Tu es nĂ© l’enfant d’une femme Aux seins sucrĂ©s au ventre calme Paix Ă  ses cendres et Ă  son Ăąme AllĂ©luia AllĂ©luia. 56Si la foi n’est pas remise en cause, la religion est donc finalement envisagĂ©e, comme l’armĂ©e, du point de vue de l’individu qu’elle opprime. Sa critique des institutions et du passĂ© de l’Église catholique permet Ă  Michel Sardou de s’adresser Ă  un public de tradition chrĂ©tienne qui partage l’essentiel de ses idĂ©es modernistes. Le doute et la critique de la rigiditĂ© du Vatican sont en effet largement rĂ©pandus parmi les catholiques français. 57L’artiste est plus polĂ©mique lorsqu’il Ă©voque l’école. Il est vrai qu’il est le seul Ă  oser s’aventurer sur ce terrain. Les chanteurs engagĂ©s Ă  gauche savent que les enseignants constituent une bonne partie de leur public, ce qui incite Ă  la prudence. Le Surveillant gĂ©nĂ©ral, Ă©crit en 1972 Ă  partir de mauvais souvenirs de pension, reste consensuel puisqu’il ne s’attaque qu’aux internats. Mais en 1978, alors que Michel Sardou sort Ă  peine de plusieurs mois de polĂ©miques Ă©prouvantes, il enregistre Monsieur MĂ©nard, consacrĂ© Ă  un professeur maltraitĂ© par ses Ă©lĂšves. Le texte est portĂ© par un personnage violent C’était un jour en terminale Pour une histoire assez banale J’ai cru qu’il allait me frapper Alors j’ai cognĂ© le premier J’ai donnĂ© un grand coup de tĂȘte Pour frimer devant les copains Je lui ai cassĂ© les lunettes Ils sont pas marrants les gamins. 58Certes, cet usage massif de la premiĂšre personne fait que le personnage et le malaise qu’il suscite peuvent sembler anecdotique, privant le propos de toute portĂ©e gĂ©nĂ©rale. Il n’en reste pas moins que parler de l’école de cette façon ne s’était encore jamais fait en chanson. 59L’histoire ne dit pas si les anciens collĂšgues de Michel Sardou, qui a Ă©tĂ© professeur quelques mois, ont apprĂ©ciĂ©. L’Ɠuvre n’a, quoi qu’il en soit, pas eu une grande carriĂšre. Par contre, Les Deux Ă©coles, paru en 1984, dans un contexte de manifestation en faveur de l’école privĂ©e, aura un Ă©norme succĂšs. Le texte, conçu par Pierre DelanoĂ« comme un manifeste pour l’école libre, est rendu plus neutre par l’interprĂšte, qui renvoie dos Ă  dos les deux modĂšles Ă©ducatifs. De fait, ce n’est pas le discours polĂ©mique qui a fait le succĂšs de la chanson, car une phrase telle que j’ai fait les deux Ă©coles et ça n’a rien changĂ© » n’a de quoi satisfaire personne. L’Ɠuvre doit son succĂšs Ă  son refrain, particuliĂšrement dansant, qui Ă©voque une succession de particularitĂ©s rĂ©gionales et prouve une fois de plus le talent avec lequel Sardou sait susciter la nostalgie. Le seul texte de Sardou que les enseignants ont mal acceptĂ© ne parle que peu de l’école. Il s’agit du Bac G, qui, en dĂ©pit de son titre, parle surtout du dĂ©sespoir de la jeunesse de 1992 Vous passiez un bac G Un bac Ă  bon marchĂ© Dans un lycĂ©e poubelle L’ouverture habituelle Des horizons bouchĂ©s Votre question Ă©tait faut-il dĂ©sespĂ©rer ? 60C’est d’ailleurs ce ton dĂ©sespĂ©rĂ© qui vaut Ă  la chanson d’ĂȘtre rĂ©guliĂšrement reprise par son auteur depuis quinze ans, tandis que l’image de l’école ne cesse de se dĂ©grader. Mais le systĂšme Ă©ducatif, comme l’Église et l’armĂ©e, font moins l’objet de discours que d’anecdotes dont la portĂ©e est plus ou moins gĂ©nĂ©rale. Cela permet Ă  Michel Sardou d’exprimer des critiques parfois virulentes, tout en lui laissant le loisir de s’abriter derriĂšre des personnages qu’il incarne, sans forcĂ©ment leur ressembler. 61Mais ce dispositif, qui fonctionne bien pour critiquer la sociĂ©tĂ©, n’est pas toujours utilisable dans toutes les chansons ayant trait aux mƓurs, la premiĂšre personne du singulier, presque obligatoire, incite le public Ă  confondre l’interprĂšte et son discours. Le je » lyrique et impersonnel qui porte le texte, en particulier dans les chansons d’amour, n’est pas un personnage suffisamment construit pour permettre Ă  Michel Sardou de s’en Ă©loigner radicalement. Et il est vrai que ses chansons en apparence anodines semblent nous renseigner sur sa vision particuliĂšre des rapports humains. b Évolution des mƓurs une tolĂ©rance qui exclut le fĂ©minisme 62Dans les annĂ©es 70, il s’est vu violemment reprocher son sexisme. Cette accusation se fonde sur l’image de la femme vĂ©hiculĂ©e par ses chansons. Les chansons parlant d’amour se prĂȘtent Ă  d’infinies variations, mais quelques grandes tendances se dĂ©gagent de l’ensemble du rĂ©pertoire, dont certaines ont des sources biographiques. Michel Sardou se sent aussi lĂ©gitime pour fustiger les femmes qui piĂšgent les hommes par un mariage La Corrida n ’aura pas lieu, en 1971, Vive la mariĂ©e en 71, Bonsoir Clara en 72, le cas inverse Ă©tant envisagĂ© en 1970 dans Quelques mots d’amour, que pour condamner les pĂšres dĂ©missionnaires qui abandonnent leurs enfants Merci pour tout, 82. Attention les enfants dangers, 88 À cet aspect moralisateur s’ajoute une vision conservatrice et une morale chrĂ©tienne, qui font que la femme a pour tĂąche essentielle de faire des enfants Ă  son mari Tu m’as donnĂ© de beaux enfants / Tu as le droit de te reposer maintenant » dĂ©clare l’homme dans Les Vieux mariĂ©s, et d’autres chansons y font Ă©cho, notamment Un enfant. Aux discours de sĂ©ducteur interprĂ©tĂ©s de maniĂšre virile Je veux l’épouser pour un soir, par exemple s’ajoute une vision trĂšs catholique du pĂ©chĂ© de chair, souvent associĂ©e pour la femme Ă  la peur et Ă  la douleur. MĂȘme un succĂšs en apparence aussi anodin et consensuel que La Maladie d’amour en porte la marque, n’associant la sexualitĂ© fĂ©minine qu’à la souffrance et Ă  la reproduction Elle fait chanter les hommes et s’agrandir le monde Elle fait parfois souffrir tout le long d’une vie Elle fait pleurer les femmes elle fait crier dans l’ombre Mais le plus douloureux c’est quand on en guĂ©rit. 63Les opposants Ă  Michel Sardou n’ont donc eu besoin que d’un peu de mauvaise foi pour lui reprocher d’interprĂ©ter un personnage qui fantasme un viol Dans les villes de grandes solitude, en 1975. 64Il faut attendre le dĂ©but des annĂ©es 80, pĂ©riode Ă  laquelle les femmes libĂ©rĂ©es sont devenues un thĂšme incontournable en chanson, pour que Michel Sardou fasse machine arriĂšre. Être une femme, sans cesse repris depuis, est restĂ© dans toutes les mĂ©moires, mĂȘme s’il est souvent connu Ă  tort sous le titre de Femme des annĂ©es 80. Il a cependant Ă©tĂ© trĂšs vite amputĂ© de son couplet introducteur, qui transfĂšre sur l’interprĂšte toutes les qualitĂ©s viriles du personnage Dans un voyage en absurdie Que je fais lorsque je m’ennuie J’ai imaginĂ© sans complexe Qu’un matin je changeais de sexe Que je vivais l’étrange drame D’ĂȘtre une femme. 65Si la femme se doit d’ĂȘtre forte, Michel Sardou la confine dans un rĂŽle plus traditionnel. Il persiste et signe en 1984, en crĂ©ant avec Une femme, ma fille, la version fĂ©minisĂ©e d’un cĂ©lĂšbre poĂšme de Kipling Si tu lui donnes l’enfant qu’il te prie de lui faire Comme un cadeau du ciel comme un fruit de la terre Si tu remplis son cƓur au fil de chaque jour De ta tendre chaleur et de tes mots d’amour Si tu peux l’écouter quand il chante trop haut Et chanter avec lui pour que ce soit moins faux ... Si tu sais tout cela Comme les milliards de femmes qui l’ont fait avant toi Et si dans son bonheur tu vois le tien qui brille Ce jour-lĂ  tu seras une femme ma fille ma fille. 66Il ne faut pas s’étonner que cette chanson Ă  contre-courant ait eu peu de carriĂšre. Marie Jeanne, en revanche, a Ă©tĂ© un grand succĂšs, prouvant une fois de plus que l’artiste excelle dans le pessimisme. La chanson dresse en effet un bilan trĂšs mitigĂ© de la libĂ©ration fĂ©minine, Ă©voquant des femmes qui ont renoncĂ© Ă  leurs rĂȘves de jeunes filles. 67L’écoute du rĂ©pertoire complet de Michel Sardou assigne donc Ă  la femme un rĂŽle prĂ©cis et rĂ©actionnaire, mais cela va de pair, individualisme oblige, avec une tendresse particuliĂšre pour certains comportements marginaux. 68Cette tolĂ©rance ne s’applique pas qu’au personnage du CurĂ©, et peut aussi bien concerner une prostituĂ©e. L’Autre femme, comme l’indiquent ses orchestrations trĂšs datĂ©es Ă  base d’orgue et de batteries, est créée au dĂ©but des annĂ©es 80. PrĂšs d’un siĂšcle aprĂšs que ce thĂšme a fait son apparition en chanson, Michel Sardou innove peu, mais fait la synthĂšse de tous les topoĂŻ accumulĂ©s sur le sujet. Il n’évite que celui de la prostituĂ©e amoureuse, hĂ©ritĂ© de Piaf, prĂ©fĂ©rant Ă©voquer une femme libĂ©rĂ©e Ă©levant seule son enfant. Pour le reste, les thĂšmes des diffĂ©rents couplets sont empruntĂ©s Ă  un rĂ©pertoire classique, qui va de FerrĂ© Ă  Brassens, en passant par Reggiani. Les difficultĂ©s du mĂ©tier, le rĂŽle de sƓur de charitĂ© » des prostituĂ©es, l’errance affective de leur client, et l’affirmation selon laquelle la prostituĂ©e n’est pas plus immorale que certaines femmes volages ou mariĂ©es par intĂ©rĂȘt, rien de tout cela n’est nouveau. Une telle tolĂ©rance a pourtant de quoi surprendre son public, d’autant que Michel Sardou dĂ©fend le titre en concert avec une grande rĂ©gularitĂ©. Cela ne l’a pourtant pas empĂȘchĂ©, sur son dernier album, d’enregistrer Valentine day, un titre dont l’action se situe dans le passĂ©, pour introduire un stĂ©rĂ©otype rĂ©trograde. Il s’agit en effet, en Ă©voquant les filles qui allĂšrent peupler les colonies amĂ©ricaines, de chanter les amours vĂ©nales sur un rythme insouciant et joyeux, qui dĂ©responsabilise les hommes. Ce type de discours, qui associe bonheur de l’homme et prostitution, n’avait pas Ă©tĂ© illustrĂ© en chanson depuis Les petites femmes de Pigalle de Serge Lama, titre dĂ©jĂ  misogyne pour son Ă©poque. Le contexte fĂ©ministe des annĂ©es 1970, auquel on sait que Michel Sardou est peu sensible, avait jusque lĂ  fait disparaĂźtre ce type de rĂ©pertoire. 69En revanche, la tolĂ©rance pour l’homosexualitĂ© masculine semble croĂźtre avec le temps. S’il est, de ce point vue, en phase avec la sociĂ©tĂ©, Michel Sardou est plutĂŽt rĂ©actionnaire par rapport au milieu de la chanson. En effet, alors que les annĂ©es 70 ont vu naĂźtre et prospĂ©rer des chansons tolĂ©rantes – Ă  la suite de Comme ils disent de Charles Aznavour créé en 1971 – il affichait durant la mĂȘme pĂ©riode un mĂ©pris virulent. AprĂšs avoir moquĂ© Le Rire du sergent, et dĂ©noncĂ© l’homosexualitĂ© latente des pensionnats dans Le Surveillant gĂ©nĂ©ral, il a employĂ© le terme pĂ©dĂ© » comme une injure dans J’accuse. Mais l’évolution de la sociĂ©tĂ© a fini par l’influencer et, en 1990, il a enregistrĂ© Le PrivilĂšge. L’homosexualitĂ© y est abordĂ©e par le biais de l’aveu Ă  la mĂšre, ce qui permet d’esquiver les questions d’amour ou de vie de couple D’abord je vais lui dire Maman Je ne veux plus dormir en pension Et puis je glisserai lentement Sur les ravages de la passion. 70Les procĂ©dĂ©s employĂ©s – orchestrations Ă  base de piano et de guitare, usage de la premiĂšre personne, vocabulaire affectif, hyperboles – permettent une forme d’identification de l’auditeur au personnage. Le texte du refrain, toutefois, reste imprĂ©gnĂ© des prĂ©jugĂ©s des annĂ©es 70, qui font de l’homosexualitĂ© une maladie mentale et une source de culpabilitĂ© plutĂŽt qu’un privilĂšge » Est-ce une maladie ordinaire Un garçon qui aime un garçon ? 71La tolĂ©rance qu’affiche Michel Sardou pour les individus marginaux qui vivent leur libertĂ© sexuelle est donc aussi grande que peut l’ĂȘtre celle d’un homme qui revendique son appartenance Ă  une droite catholique. Conclusion le succĂšs d’un Français rĂąleur 72À l’écoute de l’ensemble du rĂ©pertoire, les contradictions apparentes que Michel Sardou revendique souvent laissent apparaĂźtre une grande cohĂ©rence. MotivĂ©e par l’individualisme forcenĂ© d’un homme qui s’est forgĂ© seul un destin de vedette, sa vision du monde manifeste une grande mĂ©fiance vis-Ă -vis de la sociĂ©tĂ© et de ses institutions, et une insatisfaction chronique Ă  l’égard de la politique. Cet Ă©tat d’esprit, qui existe aussi chez des chanteurs de gauche, explique la violence de ses diatribes militantes. Ses opinions de droite sont moins fondĂ©es sur des options Ă©conomiques que sur des options morales s’il est tolĂ©rant envers la marginalitĂ©, il conserve une image de la femme et de la famille trĂšs rĂ©trograde, issue d’une Ă©ducation catholique. Joints Ă  son pessimisme et Ă  son angoisse du dĂ©clin, l’évolution de la sociĂ©tĂ© en matiĂšre de mƓurs et la situation Ă©conomique lui fournissent nombre d’occasions de crĂ©er des chansons en accord avec son goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©ploration. 73Bien sĂ»r, ces opinions n’expliquent pas le succĂšs de Michel Sardou. Celui-ci s’appuie d’abord sur une voix et des prestations scĂ©niques trĂšs travaillĂ©es, d’une sobriĂ©tĂ© efficace. Sur des collaborateurs ensuite, qu’il s’agisse de compositeurs et d’auteurs de grand talent – parmi lesquels Jacques Revaux, Pierre DelanoĂ«, Didier Barbelivien et Michel Fugain –, ou d’une multitude d’orchestrateurs qui permettent Ă  l’artiste de renouveler son univers sonore. Sur des apparitions mĂ©diatiques rĂ©guliĂšres dans des Ă©missions consensuelles, enfin, qui lui assurent une grande visibilitĂ©, et lui permettent de tenter d’étouffer d’éventuelles polĂ©miques. 74Mais, dans la chanson politique, on ne peut prĂȘcher qu’à des convaincus, et si Michel Sardou sĂ©duit, c’est parce qu’il est en phase Ă  la fois avec un public de droite et avec un autre plus dĂ©politisĂ© et dĂ©sillusionnĂ©. RĂąleurs et conservateurs, plus pessimistes pour la sociĂ©tĂ© que pour leur situation personnelle, constatant avec une relative bienveillance une Ă©volution des mƓurs Ă  laquelle ils semblent peu participer, les personnes Ă  qui s’adressent les chansons de Michel Sardou ressemblent fort Ă  une image du Français moyen hĂ©ritĂ©e des annĂ©es 1970. Ils sont issus d’une France peuplĂ©e de blancs catholiques n’apprĂ©ciant des Ă©trangers, en particuliers des arabes, que leur caractĂšre exotique. Michel Sardou est leur seul porte-parole dans le domaine de la chanson française. Mais si l’artiste touche un public plus large, authentiquement populaire, c’est parce qu’il sait fĂ©dĂ©rer tous ceux – et ils sont nombreux depuis l’époque du France – qui conservent un attachement profond Ă  leur pays et le dĂ©sir ambigu de se lamenter continuellement sur son dĂ©clin. [Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă  faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă  Pattaya[Couplet 1] Pattaya on arrive T'es pas prĂȘt, tu connais pas l'dĂ©lire À la citĂ© tout part Ă  la dĂ©rive Tu ressens la sĂšre-mi sur la tĂȘte Ă  Karim Changement de dĂ©cor, on se casse Ă  l'aĂ©roport Vas-y prends seulement ton passeport On va fuck, on va fuck, on va fuck À peine arrivĂ© je veux plus rentrer Ă  la maison J'parle français, anglais ou thaĂŻlandais c'est avec l'accent Tout est contrefaçon, on s'en bat les couilles 'toutes façons Loin de tous mes ennemis Tu peux pas comprendre car tu connais pas nos vies[Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă  faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă  Pattaya[Couplet 2] Ouais ouais ouais on connaĂźt T'as ken un ladyboy on t'a cramĂ© Le dancefloor est rempli de BelvĂ©s Si t'es jaloux c'est peut-ĂȘtre que tu me remets BĂ©bĂ© j'suis le meilleur Tu trouveras pas mieux ailleurs Si tu me mets de mauvais humeur Je te plaque, je te plaque, je te plaque C'est le paradis des cailles-ra, 12 heures d'avion Rien Ă  foutre j'ai les poches pleines de bahts Je dĂ©pense, j'suis le patron On se donne en spectacle T-Max noir mĂąte, pas d'plaque On s'dĂ©foule au centre de tirs Tu peux pas comprendre car tu connais pas nos vies[Refrain] x2 Au quartier c'est la merde, oui viens on s'fait la malle Au calme en bord de mer, qu'on kiffe la life Ici tu connais, y'a rien Ă  faire PrĂ©pare tes affaires on met les voiles Besoin de faire la fĂȘte Ă  Pattaya[Pont] + [Refrain] Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya Pattaya, ouais ouais Pattaya, Pattaya ACTE TROISIÈME ScĂšne I BARTHOLO, seul et dĂ©solĂ©. Quelle humeur ! quelle humeur ! Elle paraissait apaisĂ©e
 LĂ , qu’on me dise qui diable lui a fourrĂ© dans la tĂȘte de ne plus vouloir prendre leçon de don Basile ? Elle sait qu’il se mĂȘle de mon mariage
 On heurte Ă  la porte. Faites tout au monde pour plaire aux femmes ; si vous omettez un seul petit point
 je dis un seul
 On heurte une seconde fois. Voyons qui c’est. ScĂšne II BARTHOLO, LE COMTE, en bachelier. Le Comte. Que la paix et la joie habitent toujours cĂ©ans ! Bartholo, brusquement. Jamais souhait ne vint plus Ă  propos. Que voulez-vous ? Le Comte. Monsieur, je suis Alonzo, bachelier, licencié  Bartholo. Je n’ai pas besoin de prĂ©cepteur. Le Comte. 
 ÉlĂšve de don Basile, organiste du grand couvent, qui a l’honneur de montrer la musique Ă  madame votre
 Bartholo. Basile ! organiste ! qui a l’honneur !
 je le sais ! au fait. Le Comte. À part. Quel homme ! Haut. Un mal subit qui le force Ă  garder le lit
 Bartholo. Garder le lit ! Basile ! Il a bien fait d’envoyer je vais le voir Ă  l’instant. Le Comte. À part. Oh ! diable ! Haut. Quand je dis le lit, monsieur, c’est
 la chambre que j’entends. Bartholo. Ne fĂ»t-il qu’incommodĂ© ! Marchez devant, je vous suis. Le Comte, embarrassĂ©. Monsieur, j’étais chargé  Personne ne peut-il nous entendre ? Bartholo. À part. C’est quelque fripon. Haut. Eh ! non, monsieur le mystĂ©rieux ! parlez sans vous troubler, si vous pouvez. Le Comte. À part. Maudit vieillard ! Haut. Don Basile m’avait chargĂ© de vous apprendre
 Bartholo. Parlez haut, je suis sourd d’une oreille. Le Comte, Ă©levant la voix. Ah ! volontiers
 que le comte Almaviva, qui restait Ă  la grande place
 Bartholo, effrayĂ©. Parlez bas, parlez bas ! Le Comte, plus haut. 
 En est dĂ©logĂ© ce matin. Comme c’est par moi qu’il a su que le comte Almaviva
 Bartholo. Bas parlez bas, je vous prie. Le Comte, du mĂȘme ton. 
 Était en cette ville, et que j’ai dĂ©couvert que la signora Rosine lui a Ă©crit
 Bartholo. Lui a Ă©crit ? Mon cher ami, parlez plus bas, je vous en conjure ! Tenez, asseyons-nous, et jasons d’amitiĂ©. Vous avez dĂ©couvert, dites-vous, que Rosine
 Le Comte, fiĂšrement. AssurĂ©ment. Basile, inquiet pour vous de cette correspondance, m’avait priĂ© de vous montrer sa lettre ; mais la maniĂšre dont vous prenez les choses
 Bartholo. Eh ! mon Dieu ! je les prends bien. Mais ne vous est-il donc pas possible de parler plus bas ? Le Comte. Vous ĂȘtes sourd d’une oreille, avez-vous dit. Bartholo. Pardon, pardon, seigneur Alonzo, si vous m’avez trouvĂ© mĂ©fiant et dur ; mais je suis tellement entourĂ© d’intrigants, de piĂ©ges
 et puis votre tournure, votre Ăąge, votre air
 Pardon, pardon. Eh bien ! vous avez la lettre ? Le Comte. À la bonne heure sur ce ton, monsieur. Mais je crains qu’on ne soit aux Ă©coutes. Bartholo. Eh ! qui voulez-vous ? tous mes valets sur les dents ! Rosine enfermĂ©e de fureur ! Le diable est entrĂ© chez moi. Je vais m’assurer
 Il va ouvrir doucement la porte de Rosine. Le Comte, Ă  part. Je me suis enferrĂ© de dĂ©pit. Garder la lettre Ă  prĂ©sent ! il faudra m’enfuir autant vaudrait n’ĂȘtre pas venu
 La lui montrer !
 Si je puis en prĂ©venir Rosine, la montrer est un coup de maĂźtre. Bartholo revient sur la pointe du pied. Elle est assise auprĂšs de sa fenĂȘtre, le dos tournĂ© Ă  la porte, occupĂ©e Ă  relire une lettre de son cousin l’officier, que j’avais dĂ©cachetĂ©e
 Voyons donc la sienne. Le Comte lui remet la lettre de Rosine. La voici. À part. C’est ma lettre qu’elle relit. Bartholo lit. Depuis que vous m’avez appris votre nom et votre Ă©tat. » Ah ! la perfide ! c’est bien lĂ  sa main. Le Comte, effrayĂ©. Parlez donc bas Ă  votre tour. Bartholo. Quelle obligation, mon cher ! Le Comte. Quand tout sera fini, si vous croyez m’en devoir, vous serez le maĂźtre. D’aprĂšs un travail que fait actuellement don Basile avec un homme de loi
 Bartholo. Avec un homme de loi ! pour mon mariage ? Le Comte. Vous aurais-je arrĂȘtĂ© sans cela ? Il m’a chargĂ© de vous dire que tout peut ĂȘtre prĂȘt pour demain. Alors, si elle rĂ©siste
 Bartholo. Elle rĂ©sistera. Le Comte veut reprendre la lettre, Bartholo la serre. VoilĂ  l’instant oĂč je puis vous servir nous lui montrerons sa lettre ; et s’il le faut plus mystĂ©rieusement, j’irai jusqu’à lui dire que je la tiens d’une femme Ă  qui le comte l’a sacrifiĂ©e. Vous sentez que le trouble, la honte, le dĂ©pit, peuvent la porter sur-le-champ
 Bartholo, riant. De la calomnie ! Mon cher ami, je vois bien maintenant que vous venez de la part de Basile ! Mais pour que ceci n’eĂ»t pas l’air concertĂ©, ne serait-il pas bon qu’elle vous connĂ»t d’avance ? Le Comte rĂ©prime un grand mouvement de joie. C’était assez l’avis de don Basile. Mais comment faire ? il est tard
 au peu de temps qui reste
 Bartholo. Je dirai que vous venez en sa place. Ne lui donnerez-vous pas bien une leçon ? Le Comte. Il n’y a rien que je ne fasse pour vous plaire. Mais prenez garde que toutes ces histoires de maĂźtres supposĂ©s sont de vieilles finesses, des moyens de comĂ©die si elle va se douter
 Bartholo. PrĂ©sentĂ© par moi ? Quelle apparence ? Vous avez plus l’air d’un amant dĂ©guisĂ© que d’un ami officieux. Le Comte. Oui ? Vous croyez donc que mon air peut aider Ă  la tromperie ? Bartholo. Je le donne au plus fin Ă  deviner. Elle est ce soir d’une humeur horrible. Mais quand elle ne ferait que vous voir
 son clavecin est dans ce cabinet. Amusez-vous en l’attendant je vais faire l’impossible pour l’amener. Le Comte. Gardez-vous bien de lui parler de la lettre ! Bartholo. Avant l’instant dĂ©cisif ? Elle perdrait tout son effet. Il ne faut pas me dire deux fois les choses il ne faut pas me les dire deux fois. Il s’en va. ScĂšne III LE COMTE. Me voilĂ  sauvĂ©. Ouf ! que ce diable d’homme est rude Ă  manier ! Figaro le connaĂźt bien. Je me voyais mentir ; cela me donnait un air plat et gauche, et il a des yeux !
 Ma foi, sans l’inspiration subite de la lettre, il faut l’avouer, j’étais Ă©conduit comme un sot. Ô ciel ! on dispute lĂ -dedans. Si elle allait s’obstiner Ă  ne pas venir ! Écoutons
 Elle refuse de sortir de chez elle, et j’ai perdu le fruit de ma ruse. Il retourne Ă©couter. La voici ; ne nous montrons pas d’abord. Il entre dans le cabinet. ScĂšne IV LE COMTE, ROSINE, BARTHOLO. Rosine, avec une colĂšre simulĂ©e. Tout ce que vous direz est inutile, monsieur, j’ai pris mon parti ; je ne veux plus entendre parler de musique. Bartholo. Écoute donc, mon enfant ; c’est le seigneur Alonzo, l’élĂšve et l’ami de don Basile, choisi par lui pour ĂȘtre un de nos tĂ©moins. — La musique te calmera, je t’assure. Rosine. Oh ! pour cela, vous pouvez vous en dĂ©tacher si je chante ce soir !
 OĂč donc est-il ce maĂźtre que vous craignez de renvoyer ? je vais, en deux mots, lui donner son compte, et celui de Basile. Elle aperçoit son amant elle fait un cri. Ah !
 Bartholo. Qu’avez-vous ? Rosine, les deux mains sur son cƓur, avec un grand trouble. Ah ! mon Dieu ! monsieur
 Ah ! mon Dieu ! monsieur
 Bartholo. Elle se trouve encore mal ! Seigneur Alonzo ! Rosine. Non, je ne me trouve pas mal
 mais c’est qu’en me tournant
 Ah !
 Le Comte. Le pied vous a tournĂ©, madame ? Rosine. Ah ! oui, le pied m’a tournĂ©. Je me suis fait un mal horrible. Le Comte. Je m’en suis bien aperçu. Rosine, regardant le comte. Le coup m’a portĂ© au cƓur. Bartholo. Un siĂ©ge, un siĂ©ge. Et pas un fauteuil ici ! Il va le chercher. Le Comte. Ah ! Rosine ! Rosine. Quelle imprudence ! Le Comte. J’ai mille choses essentielles Ă  vous dire. Rosine. Il ne nous quittera pas. Le Comte. Figaro va venir nous aider. Bartholo apporte un fauteuil. Tiens, mignonne, assieds-toi. — Il n’y a pas d’apparence, bachelier, qu’elle prenne de leçon ce soir ; ce sera pour un autre jour. Adieu. Rosine, au comte. Non, attendez ; ma douleur est un peu apaisĂ©e. À Bartholo. Je sens que j’ai eu tort avec vous, monsieur je veux vous imiter, en rĂ©parant sur-le-champ
 Bartholo. Oh ! le bon petit naturel de femme ! Mais aprĂšs une pareille Ă©motion, mon enfant, je ne souffrirai pas que tu fasses le moindre effort. Adieu, adieu, bachelier. Rosine, au comte. Un moment, de grĂące ! À Bartholo. Je croirai, monsieur, que vous n’aimez pas Ă  m’obliger, si vous m’empĂȘchez de vous prouver mes regrets en prenant ma leçon. Le Comte, Ă  part, Ă  Bartholo. Ne la contrariez pas, si vous m’en croyez. Bartholo. VoilĂ  qui est fini, mon amoureuse. Je suis si loin de chercher Ă  te dĂ©plaire, que je veux rester lĂ  tout le temps que tu vas Ă©tudier. Rosine. Non, monsieur ; je sais que la musique n’a nul attrait pour vous. Bartholo. Je t’assure que ce soir elle m’enchantera. Rosine, au comte, Ă  part. Je suis au supplice. Le Comte, prenant un papier de musique sur le pupitre. Est-ce lĂ  ce que vous voulez chanter, madame ? Rosine. Oui, c’est un morceau trĂšs agrĂ©able de la PrĂ©caution inutile. Bartholo. Toujours la PrĂ©caution inutile ? Le Comte. C’est ce qu’il y a de plus nouveau aujourd’hui. C’est une image du printemps, d’un genre assez vif. Si madame veut l’essayer
 Rosine, regardant le comte. Avec grand plaisir un tableau du printemps me ravit ; c’est la jeunesse de la nature. Au sortir de l’hiver, il semble que le cƓur acquiĂšre un plus haut degrĂ© de sensibilitĂ© comme un esclave enfermĂ© depuis longtemps goĂ»te, avec plus de plaisir, le charme de la libertĂ© qui vient de lui ĂȘtre offerte. Bartholo, bas au comte. Toujours des idĂ©es romanesques en tĂȘte. Le Comte, bas. En sentez-vous l’application ? Bartholo. Parbleu ! Il va s’asseoir dans le fauteuil qu’a occupĂ© Rosine. Rosine, chante[1]. Quand dans la plaine L’amour ramĂšne Le printemps, Si chĂ©ri des amants Tout reprend l’ĂȘtre, Son feu pĂ©nĂštre Dans les fleurs Et dans les jeunes cƓurs. On voit les troupeaux Sortir des hameaux ; Dans tous les coteaux, Les cris des agneaux Retentissent ; Ils bondissent ; Tout fermente, Tout augmente ; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent ; Les chiens fidĂšles Veillent sur elles ; Mais Lindor, enflammĂ©, Ne songe guĂšre Qu’au bonheur d’ĂȘtre aimĂ© De sa bergĂšre. MĂȘme air Loin de sa mĂšre, Cette bergĂšre Va chantant OĂč son amant l’attend. Par cette ruse, L’amour l’abuse ; Mais chanter Sauve-t-il du danger ? Les doux chalumeaux, Les chants des oiseaux, Ses charmes naissants, Ses quinze ou seize ans, Tout l’excite, Tout l’agite ; La pauvrette S’inquiĂšte ; De sa retraite, Lindor la guette ; Elle s’avance, Lindor s’élance, Il vient de l’embrasser Elle, bien aise, Feint de se courroucer, Pour qu’on l’apaise. Petite reprise. Les soupirs, Les soins, les promesses, Les vives tendresses, Les plaisirs, Le fin badinage, Sont mis en usage ; Et bientĂŽt la bergĂšre Ne sent plus de colĂšre. Si quelque jaloux Trouble un bien si doux, Nos amants d’accord Ont un soin extrĂȘme
 
 De voiler leur transport ; Mais quand on s’aime, La gĂȘne ajoute encor Au plaisir mĂȘme. En l’écoutant, Bartholo s’est assoupi. Le comte, pendant la petite reprise, se hasarde Ă  prendre une main, qu’il couvre de baisers. L’émotion ralentit le chant de Rosine, l’affaiblit, et finit mĂȘme par lui couper la voix au milieu de la cadence, au mot extrĂȘme. L’orchestre suit les mouvements de la chanteuse, affaiblit son jeu, et se tait avec elle. L’absence du bruit, qui avait endormi Bartholo, le rĂ©veille. Le comte se relĂšve, Rosine et l’orchestre reprennent subitement la suite de l’air. Si la petite reprise se rĂ©pĂšte, le mĂȘme jeu recommence. Le Comte. En vĂ©ritĂ©, c’est un morceau charmant, et madame l’exĂ©cute avec une intelligence
 Rosine. Vous me flattez, seigneur ; la gloire est tout entiĂšre au maĂźtre. Bartholo, bĂąillant. Moi, je crois que j’ai un peu dormi pendant le morceau charmant. J’ai mes malades. Je vas, je viens, je toupille ; et sitĂŽt que je m’assieds, mes pauvres jambes ! Il se lĂšve et pousse le fauteuil. Rosine, bas, au comte. Figaro ne vient pas ! Le Comte. Filons le temps. Bartholo. Mais, bachelier, je l’ai dĂ©jĂ  dit Ă  ce vieux Basile est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de lui faire Ă©tudier des choses plus gaies que toutes ces grandes aria, qui vont en haut, en bas, en roulant, hi, ho, a, a, a, a, et qui me semblent autant d’enterrements ? LĂ , de ces petits airs qu’on chantait dans ma jeunesse, et que chacun retenait facilement ? J’en savais autrefois
 Par exemple
 Pendant la ritournelle, il cherche en se grattant la tĂȘte, et chante en faisant claquer ses pouces, et dansant des genoux comme les vieillards. Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris ?
 Au comte, en riant. Il y a Fanchonnette dans la chanson ; mais j’y ai substituĂ© Rosinette pour la lui rendre plus agrĂ©able et la faire cadrer aux circonstances. Ah ! ah ! ah ! ah ! Fort bien ! pas vrai ? Le Comte, riant. Ah ! ah ! ah ! Oui, tout au mieux. ScĂšne V FIGARO, dans le fond ; ROSINE, BARTHOLO, LE COMTE. Bartholo, chante. Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris ? Je ne suis point Tircis ; Mais la nuit, dans l’ombre, Je vaux encor mon prix ; Et quand il fait sombre, Les plus beaux chats sont gris. Il rĂ©pĂšte la reprise en dansant. Figaro, derriĂšre lui, imite ses mouvements. Je ne suis point Tircis. Apercevant Figaro. Ah ! entrez, monsieur le barbier ; avancez vous ĂȘtes charmant ! Figaro salue. Monsieur, il est vrai que ma mĂšre me l’a dit autrefois ; mais je suis un peu dĂ©formĂ© depuis ce temps-lĂ . À part, au comte. Bravo ! monseigneur. Pendant toute cette scĂšne, le comte fait ce qu’il peut pour parler Ă  Rosine ; mais l’Ɠil inquiet et vigilant du tuteur l’en empĂȘche toujours, ce qui forme un jeu muet de tous les acteurs Ă©trangers au dĂ©bat du docteur et de Figaro. Bartholo. Venez-vous purger encore, saigner, droguer, mettre sur le grabat toute ma maison ? Figaro. Monsieur, il n’est pas tous les jours fĂȘte ; mais, sans compter les soins quotidiens, monsieur a pu voir que, lorsqu’ils en ont besoin, mon zĂšle n’attend pas qu’on lui commande
 Bartholo. Votre zĂšle n’attend pas ! Que direz-vous, monsieur le zĂ©lĂ©, Ă  ce malheureux qui bĂąille et dort tout Ă©veillĂ© ? et Ă  l’autre qui, depuis trois heures, Ă©ternue Ă  se faire sauter le crĂąne et jaillir la cervelle ! que leur direz-vous ? Figaro. Ce que je leur dirai ? Bartholo. Oui ! Figaro. Je leur dirai
 Eh ! parbleu, je dirai Ă  celui qui Ă©ternue, Dieu vous bĂ©nisse ; et Va te coucher Ă  celui qui bĂąille. Ce n’est pas cela, monsieur, qui grossira le mĂ©moire. Bartholo. Vraiment non ; mais c’est la saignĂ©e et les mĂ©dicaments qui le grossiraient, si je voulais y entendre. Est-ce par zĂšle aussi que vous avez empaquetĂ© les yeux de ma mule ? et votre cataplasme lui rendra-t-il la vue ? Figaro. S’il ne lui rend pas la vue, ce n’est pas cela non plus qui l’empĂȘchera d’y voir. Bartholo. Que je le trouve sur le mĂ©moire !
 On n’est pas de cette extravagance-lĂ . Figaro. Ma foi ! monsieur, les hommes n’ayant guĂšre Ă  choisir qu’entre la sottise et la folie, oĂč je ne vois pas de profit, je veux au moins du plaisir ; et vive la joie ! Qui sait si le monde durera encore trois semaines ? Bartholo. Vous feriez bien mieux, monsieur le raisonneur, de me payer mes cent Ă©cus et les intĂ©rĂȘts sans lanterner je vous en avertis. Figaro. Doutez-vous de ma probitĂ©, monsieur ? Vos cent Ă©cus ! j’aimerais mieux vous les devoir toute ma vie que de les nier un seul instant. Bartholo. Et dites-moi un peu comment la petite Figaro a trouvĂ© les bonbons que vous lui avez portĂ©s ? Figaro. Quels bonbons ? que voulez-vous dire ? Bartholo. Oui, ces bonbons, dans ce cornet fait avec cette feuille de papier Ă  lettre, ce matin. Figaro. Diable emporte si
 Rosine, l’interrompant. Avez-vous eu soin au moins de les lui donner de ma part, monsieur Figaro ? Je vous l’avais recommandĂ©. Figaro. Ah, ah ! les bonbons de ce matin ? Que je suis bĂȘte, moi ! j’avais perdu tout cela de vue
 Oh ! excellents, madame ! admirables ! Bartholo. Excellents ! admirables ! Oui, sans doute, monsieur le barbier, revenez sur vos pas ! Vous faites lĂ  un joli mĂ©tier, monsieur ! Figaro. Qu’est-ce qu’il a donc, monsieur ? Bartholo. Et qui vous fera une belle rĂ©putation, monsieur ! Figaro. Je la soutiendrai, monsieur. Bartholo. Dites que vous la supporterez, monsieur. Figaro. Comme il vous plaira, monsieur. Bartholo. Vous le prenez bien haut, monsieur ! Sachez que quand je dispute avec un fat, je ne lui cĂšde jamais. Figaro lui tourne le dos. Nous diffĂ©rons en cela, monsieur ; moi, je lui cĂšde toujours. Bartholo. Hein ? qu’est-ce qu’il dit donc, bachelier ? Figaro. C’est que vous croyez avoir affaire Ă  quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir ? Apprenez, monsieur, que j’ai travaillĂ© de la plume Ă  Madrid, et que, sans les envieux
 Bartholo. Eh ! que n’y restiez-vous, sans venir ici changer de profession ? Figaro. On fait comme on peut mettez-vous Ă  ma place. Bartholo. Me mettre Ă  votre place ! Ah ! parbleu, je dirais de belles sottises ! Figaro. Monsieur, vous ne commencez pas trop mal ; je m’en rapporte Ă  votre confrĂšre qui est lĂ  rĂȘvassant
 Le Comte, revenant Ă  lui. Je
 je ne suis pas le confrĂšre de monsieur. Figaro. Non ? Vous voyant ici Ă  consulter, j’ai pensĂ© que vous poursuiviez le mĂȘme objet. Bartholo, en colĂšre. Enfin, quel sujet vous amĂšne ? Y a-t-il quelque lettre Ă  remettre encore ce soir Ă  madame ? Parlez, faut-il que je me retire ? Figaro. Comme vous rudoyez le pauvre monde ! Eh ! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilĂ  tout n’est-ce pas aujourd’hui votre jour ? Bartholo. Vous reviendrez tantĂŽt. Figaro. Ah ! oui, revenir ! Toute la garnison prend mĂ©decine demain matin, j’en ai obtenu l’entreprise par mes protections. Jugez donc comme j’ai du temps Ă  perdre ! Monsieur passe-t-il chez lui ? Bartholo. Non, monsieur ne passe point chez lui. Eh ! mais
 qui empĂȘche qu’on ne me rase ici ? Rosine, avec dĂ©dain. Vous ĂȘtes honnĂȘte ! Et pourquoi pas dans mon appartement ? Bartholo. Tu te fĂąches ? Pardon, mon enfant, tu vas achever de prendre ta leçon ; c’est pour ne pas perdre un instant le plaisir de t’entendre. Figaro, bas au comte. On ne le tirera pas d’ici. Haut. Allons, l’ÉveillĂ© ? la Jeunesse ? le bassin, de l’eau, tout ce qu’il faut Ă  monsieur ! Bartholo. Sans doute, appelez-les ! FatiguĂ©s, harassĂ©s, moulus de votre façon, n’a-t-il pas fallu les faire coucher ? Figaro. Eh bien ! j’irai tout chercher. N’est-ce pas dans votre chambre ? Bas au comte. Je vais l’attirer dehors. Bartholo dĂ©tache son trousseau de clefs, et dit par rĂ©flexion Non, non, j’y vais moi-mĂȘme. Bas au comte, en s’en allant. Ayez les yeux sur eux, je vous prie. ScĂšne VI FIGARO, LE COMTE, ROSINE. Figaro. Ah ! que nous l’avons manquĂ© belle ! il allait me donner le trousseau. La clef de la jalousie n’y est-elle pas ? Rosine. C’est la plus neuve de toutes. ScĂšne VII BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE, ROSINE. Bartholo, revenant. À part. Bon ! je ne sais ce que je fais, de laisser ici ce maudit barbier. À Figaro. Tenez. Il lui donne le trousseau. Dans mon cabinet, sous mon bureau ; mais ne touchez Ă  rien. Figaro. La peste ! il y ferait bon, mĂ©fiant comme vous ĂȘtes ! À part, en s’en allant. Voyez comme le ciel protĂšge l’innocence ! ScĂšne VIII BARTHOLO, LE COMTE, ROSINE. Bartholo, bas au comte. C’est le drĂŽle qui a portĂ© la lettre au comte. Le Comte, bas. Il m’a l’air d’un fripon. Bartholo. Il ne m’attrapera plus. Le Comte. Je crois qu’à cet Ă©gard le plus fort est fait. Bartholo. Tout considĂ©rĂ©, j’ai pensĂ© qu’il Ă©tait plus prudent de l’envoyer dans ma chambre que de le laisser avec elle. Le Comte. ils n’auraient pas dit un mot que je n’eusse Ă©tĂ© en tiers. Rosine. Il est bien poli, messieurs, de parler bas sans cesse. Et ma leçon ? Ici l’on entend un bruit, comme de la vaisselle renversĂ©e. Bartholo, criant. Qu’est-ce que j’entends donc ? Le cruel barbier aura tout laissĂ© tomber dans l’escalier, et les plus belles piĂšces de mon nĂ©cessaire !
 Il court dehors. ScĂšne IX LE COMTE, ROSINE. Le Comte. Profitons du moment que l’intelligence de Figaro nous mĂ©nage. Accordez-moi, ce soir, je vous en conjure, madame, un moment d’entretien indispensable pour vous soustraire Ă  l’esclavage oĂč vous alliez tomber. Rosine. Ah ! Lindor ! Le Comte. Je puis monter Ă  votre jalousie ; et quant Ă  la lettre que j’ai reçue de vous ce matin, je me suis vu forcé  ScĂšne X ROSINE, BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE. Bartholo. Je ne m’étais pas trompĂ© ; tout est brisĂ©, fracassĂ©. Figaro. Voyez le grand malheur pour tant de train ! On ne voit goutte sur l’escalier. Il montre la clef au comte. Moi, en montant, j’ai accrochĂ© une clef
 Bartholo. On prend garde Ă  ce qu’on fait. Accrocher une clef ! L’habile homme ! Figaro. Ma foi, monsieur, cherchez-en un plus subtil. ScĂšne XI Les acteurs prĂ©cĂ©dents, don BASILE. Rosine, effrayĂ©e, Ă  part. Don Basile !
 Le Comte, Ă  part. Juste ciel ! Figaro, Ă  part. C’est le diable ! Bartholo va au-devant de lui. Ah ! Basile, mon ami, soyez le bien rĂ©tabli. Votre accident n’a donc point eu de suites ? En vĂ©ritĂ©, le seigneur Alonzo m’avait fort effrayĂ© sur votre Ă©tat ; demandez-lui, je partais pour vous aller voir, et s’il ne m’avait point retenu
 Basile, Ă©tonnĂ©. Le seigneur Alonzo ? Figaro frappe du pied. Eh quoi ! toujours des accrocs ? Deux heures pour une mĂ©chante barbe
 Chienne de pratique ! Basile, regardant tout le monde. Me ferez-vous bien le plaisir de me dire, messieurs
 ? Figaro. Vous lui parlerez quand je serai parti. Basile. Mais encore faudrait-il
 Le Comte. Il faudrait vous taire, Basile. Croyez-vous apprendre Ă  monsieur quelque chose qu’il ignore ? Je lui ai racontĂ© que vous m’aviez chargĂ© de venir donner une leçon de musique Ă  votre place. Basile, plus Ă©tonnĂ©. La leçon de musique !
 Alonzo !
 Rosine, Ă  part, Ă  Basile. Eh ! taisez-vous. Basile. Elle aussi ! Le Comte, bas Ă  Bartholo. Dites-lui donc tout bas que nous en sommes convenus. Bartholo, Ă  Basile, Ă  part. N’allez pas nous dĂ©mentir, Basile, en disant qu’il n’est pas votre Ă©lĂšve, vous gĂąteriez tout. Basile. Ah ! ah ! Bartholo, haut. En vĂ©ritĂ©, Basile, on n’a pas plus de talent que votre Ă©lĂšve. Basile, stupĂ©fait. Que mon Ă©lĂšve !
 Bas. Je venais pour vous dire que le comte est dĂ©mĂ©nagĂ©. Bartholo, bas. Je le sais, taisez-vous. Basile, bas. Qui vous l’a dit ? Bartholo, bas. Lui, apparemment ! Le Comte, bas. Moi, sans doute Ă©coutez seulement. Rosine, bas Ă  Basile. Est-il si difficile de vous taire ? Figaro, bas, Ă  Basile. Hum ! Grand escogriffe ! Il est sourd ! Basile, Ă  part. Qui diable est-ce donc qu’on trompe ici ? Tout le monde est dans le secret ! Bartholo, haut. Eh bien, Basile, votre homme de loi ?
 Figaro. Vous avez toute la soirĂ©e pour parler de l’homme de loi. Bartholo, Ă  Basile. Un mot dites-moi seulement si vous ĂȘtes content de l’homme de loi ? Basile, effarĂ©. De l’homme de loi ? Le Comte, souriant. Vous ne l’avez pas vu, l’homme de loi ? Basile, impatientĂ©. Eh ! non, je ne l’ai pas vu, l’homme de loi. Le Comte, Ă  Bartholo, Ă  part. Voulez-vous donc qu’il s’explique ici devant elle ? Renvoyez-le. Bartholo, bas au comte. Vous avez raison. À Basile. Mais quel mal vous a donc pris si subitement ? Basile, en colĂšre. Je ne vous entends pas. Le Comte lui met Ă  part une bourse dans la main. Oui, monsieur vous demande ce que vous venez faire ici, dans l’état d’indisposition oĂč vous ĂȘtes ? Figaro. Il est pĂąle comme un mort ! Basile. Ah ! je comprends
 Le Comte. Allez vous coucher, mon cher Basile vous n’ĂȘtes pas bien, et vous nous faites mourir de frayeur. Allez vous coucher. Figaro. Il a la physionomie toute renversĂ©e. Allez vous coucher. Bartholo. D’honneur, il sent la fiĂšvre d’une lieue. Allez vous coucher. Rosine. Pourquoi ĂȘtes-vous donc sorti ? On dit que cela se gagne. Allez vous coucher. Basile, au dernier Ă©tonnement. Que j’aille me coucher ! Tous les acteurs ensemble. Eh ! sans doute. Basile, les regardant tous. En effet, messieurs, je crois que je ne ferai pas mal de me retirer ; je sens que je ne suis pas ici dans mon assiette ordinaire. Bartholo. À demain, toujours, si vous ĂȘtes mieux. Le Comte. Basile, je serai chez vous de trĂšs bonne heure. Figaro. Croyez-moi, tenez-vous bien chaudement dans votre lit. Rosine. Bonsoir, monsieur Basile. Basile, Ă  part. Diable emporte si j’y comprends rien ! et, sans cette bourse
 Tous. Bonsoir, Basile, bonsoir. Basile, en s’en allant. Eh bien ! bonsoir donc, bonsoir. Ils l’accompagnent tous en riant. ScĂšne XII Les acteurs prĂ©cĂ©dents, exceptĂ© BASILE. Bartholo, d’un ton important. Cet homme-lĂ  n’est pas bien du tout. Rosine. Il a les yeux Ă©garĂ©s. Le Comte. Le grand air l’aura saisi. Figaro. Avez-vous vu comme il parlait tout seul ? Ce que c’est que de nous ! À Bartholo. Ah çà, vous dĂ©cidez-vous, cette fois ? Il lui pousse un fauteuil trĂšs loin du comte, et lui prĂ©sente le linge. Le Comte. Avant de finir, madame, je dois vous dire un mot essentiel au progrĂšs de l’art que j’ai l’honneur de vous enseigner. Il s’approche, et lui parle bas Ă  l’oreille. Bartholo, Ă  Figaro. Eh mais ! il semble que vous le fassiez exprĂšs de vous approcher, et de vous mettre devant moi pour m’empĂȘcher de voir
 Le Comte, bas Ă  Rosine. Nous avons la clef de la jalousie, et nous serons ici Ă  minuit. Figaro passe le linge au cou de Bartholo. Quoi voir ? Si c’était une leçon de danse, on vous passerait d’y regarder ; mais du chant !
 ahi, ahi ! Bartholo. Qu’est-ce que c’est ? Figaro. Je ne sais ce qui m’est entrĂ© dans l’Ɠil. Il rapproche sa tĂȘte. Bartholo. Ne frottez donc pas ! Figaro. C’est le gauche. Voudriez-vous me faire le plaisir d’y souffler un peu fort ? Bartholo prend la tĂȘte de Figaro, regarde par-dessus, le pousse violemment, et va derriĂšre les amants Ă©couter leur conversation. Le Comte, bas Ă  Rosine. Et quant Ă  votre lettre, je me suis trouvĂ© tantĂŽt dans un tel embarras pour rester ici
 Figaro, de loin, pour avertir. Hem ! hem !
 Le Comte. DĂ©solĂ© de voir encore mon dĂ©guisement inutile
 Bartholo, passant entre eux deux. Votre dĂ©guisement inutile ! Rosine, effrayĂ©e. Ah !
 Bartholo. Fort bien, madame, ne vous gĂȘnez pas. Comment ! sous mes yeux mĂȘmes, en ma prĂ©sence, on m’ose outrager de la sorte ! Le Comte. Qu’avez-vous donc, seigneur ? Bartholo. Perfide Alonzo ! Le Comte. Seigneur Bartholo, si vous avez souvent des lubies comme celle dont le hasard me rend tĂ©moin, je ne suis plus Ă©tonnĂ© de l’éloignement que mademoiselle a pour devenir votre femme. Rosine. Sa femme ! moi ! passer mes jours auprĂšs d’un vieux jaloux qui, pour tout bonheur, offre Ă  ma jeunesse un esclavage abominable ! Bartholo. Ah ! qu’est-ce que j’entends ? Rosine. Oui, je le dis tout haut je donnerai mon cƓur et ma main Ă  celui qui pourra m’arracher de cette horrible prison, oĂč ma personne et mon bien sont retenus contre toute justice. Rosine sort. ScĂšne XIII BARTHOLO, FIGARO, LE COMTE. Bartholo. La colĂšre me suffoque. Le Comte. En effet, seigneur, il est difficile qu’une jeune femme
 Figaro. Oui, une jeune femme, et un grand Ăąge, voilĂ  ce qui trouble la tĂȘte d’un vieillard. Bartholo. Comment ! lorsque je les prends sur le fait ! Maudit barbier ! il me prend des envies
 Figaro. Je me retire, il est fou. Le Comte. Et moi aussi ; d’honneur, il est fou. Figaro. Il est fou, il est fou
 Ils sortent. ScĂšne XIV BARTHOLO, seul, les poursuit. Je suis fou ! InfĂąmes suborneurs ! Ă©missaires du diable, dont vous faites ici l’office, et qui puisse vous emporter tous
 Je suis fou !
 Je les ai vus comme je vois ce pupitre
 et me soutenir effrontĂ©ment !
 Ah ! il n’y a que Basile qui puisse m’expliquer ceci. Oui, envoyons-le chercher. HolĂ  ! quelqu’un
 Ah ! j’oublie que je n’ai personne
 Un voisin, le premier venu, n’importe. Il y a de quoi perdre l’esprit ! il y a de quoi perdre l’esprit ! Pendant l’entr’acte, le théùtre s’obscurcit on entend un bruit d’orage exĂ©cutĂ© par l’orchestre. ↑ Cette ariette, dans le goĂ»t espagnol, fut chantĂ©e le premier jour Ă  Paris, malgrĂ© les huĂ©es, les rumeurs et le train usitĂ©s au parterre en ces jours de crise et de combat. La timiditĂ© de l’actrice l’a depuis empĂȘchĂ©e d’oser la redire, et les jeunes rigoristes du théùtre l’ont fort louĂ©e de cette rĂ©ticence. Mais si la dignitĂ© de la ComĂ©die-Française y a gagnĂ© quelque chose, il faut convenir que le Barbier de SĂ©ville y a beaucoup perdu. C’est pourquoi, sur les théùtres oĂč quelque peu de musique ne tirera pas tant Ă  consĂ©quence, nous invitons tous directeurs Ă  la restituer, tous acteurs Ă  la chanter, tous spectateurs Ă  l’écouter, et tous critiques Ă  nous la pardonner, en faveur du genre de la piĂšce et du plaisir que leur fera le morceau.

allez on part on met les voiles chanson